Alors que les inégalités mondiales restent encore criantes au XXIe siècle, nous, jeunes Ambassadeurs et Ambassadrices de ONE, nous mobilisons chaque année à l’Assemblée nationale, dans le cadre de nos Journées de plaidoyer, afin de défendre un budget de l’aide publique au développement (APD) à la hauteur des grands enjeux mondiaux actuels.
La tenue de ces journées précède toujours le vote du Projet de loi de finances (PLF) à l’Assemblée nationale et représente une des grandes occasions de rappeler aux décideurs et décideuses politiques que la France a un engagement historique en matière de solidarité internationale et que les solutions existent pour améliorer le budget en faveur de l’APD.
Malgré un contexte de coupes budgétaires importantes et d’une grande instabilité politique, nous avons réussi à contacter 137 député·e·s par mail et/ou appel téléphonique et à en rencontrer 4, y compris Eléonore Caroit, nommée ministre déléguée chargée de la Francophonie, des Partenariats internationaux et des Français de l’étranger quelques jours seulement après notre rencontre.
Un désengagement particulièrement inquiétant
Si les progrès réalisés ces trente dernières années pourraient être qualifiés comme considérables, force est de constater que les crises ne cessent de se multiplier et se relier les unes aux autres.
A titre d’exemple, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), la moitié de la population mondiale reste privée d’un accès complet aux services de santé essentiels. Près de 700 millions de personnes vivent en situation d’extrême pauvreté en 2024, soit avec moins de 3 dollars par jour. Les trois-quarts de ces personnes se trouvent en Afrique subsaharienne et dans des pays touchés par des guerres et conflits armés. Aujourd’hui, un enfant né dans un pays à revenu élevé vivra en moyenne près de 18 ans de plus qu’un enfant né dans un pays à faible revenu.
Malgré le lourd bilan de ces crises multiples, la France a opté pour une réduction drastique dans son budget d’APD : en plus de la coupe de 40 % réalisée en 2025, le gouvernement prévoit d’amputer l’APD de 700 millions d’euros supplémentaires en 2026.
Le budget de l’APD est disproportionnellement ciblé par les coupes budgétaires : c‘est la quatrième ligne budgétaire la plus coupée en volume et la deuxième la plus coupée en proportion, alors qu’elle ne constitue que 0,6 % du budget national de la France en 2025.
Concrètement, 700 millions d’euros de coupes en 2026, ce sont :
- 11 millions d’enfants qui n’auront pas accès aux vaccins vitaux ;
- 2,5 millions de personnes qui n’auront pas accès au traitement contre le VIH/sida ;
- 670 533 vies perdues.
Ces réductions budgétaires entrent en contradiction directe avec les engagements assumés par la France au niveau international et compromettent l’atteinte des Objectifs du développement durable (ODD).
Des solutions sont envisageables !
Pour inverser cette tendance, il est essentiel et, avant tout, possible d’allouer plus de ressources à l’APD. Il existe en France deux taxes dites “solidaires” : la taxe sur les billets d’avion et la taxe sur les transactions financières.
Ces dernières ont été créées il y a 20 ans afin de lever des fonds supplémentaires pour la solidarité internationale. Malheureusement, leur affectation directe à l’APD a été supprimée en 2025 par le gouvernement.
Or, ces deux outils pourraient permettre au gouvernement de maintenir les financements de la solidarité internationale, au lieu de les couper, sans peser davantage sur le budget de l’Etat.
Face à ce contexte, nous nous sommes rendu·e·s à l’Assemblée nationale avec des demandes précises :
- Réaffecter les recettes des taxes solidaires à l’APD dans le PLF 2026 et soutenir la proposition de loi organique du député Guillaume Gouffier Valente en la matière ;
- Reprendre une trajectoire positive sur le budget APD en ramenant les financements au niveau de 2024 (soit 1,1 milliard de plus par rapport à 2025) ;
- Utiliser les taxes comme une manière de compenser les coupes de l’APD en augmentant leur taux et en améliorant leur collecte.
Le rôle joué par les député·e·s est indispensable à la configuration de la politique française en matière de solidarité internationale puisqu’ils et elles participent au vote du budget annuel de la France.
Avant les RDV, on se forme pour une action réussie
En amont de ces trois Journées de plaidoyer, nous avons participé à une journée de formation pour nous entraîner et nous doter des outils nécessaires pour réaliser les rendez-vous avec les député·e·s.
La formation a commencé par une présentation théorique portant sur des notions clés telles que l’aide publique au développement, les processus décisionnels, le fonctionnement des taxes solidaires… Ensuite, nous avons eu la chance de recevoir Mathilde Tanguy, collaboratrice parlementaire du député Hervé Berville. Cette séquence nous a permis d’échanger avec elle sur nos revendications et poser toutes nos questions sur les processus internes à l’Assemblée nationale.
Une fois nos bagages théoriques remplis, nous sommes passé·e·s à la mise en pratique ! L’après-midi était consacré d’une part à des simulations des rendez-vous de plaidoyer, où l’objectif principal était d’élaborer au mieux son argumentation face à des député·e·s plus ou moins réceptif·ve·s, et d’autre part, à des simulations d’entretiens médiatiques afin d’apprendre à gérer les questions compliquées et transmettre un message clé.
Enfin, nous avons eu la chance de clôturer la journée par un échange avec Ndidi Okonkwo Nwuneli, Présidente et Directrice générale de ONE. Son engagement étant exemplaire et inspirant, nous nous sommes rappelé·e·s des raisons de notre propre engagement et sommes reparti·e·s motivé·e·s, déterminé·e·s et prêt·e·s pour nos rendez-vous de la semaine suivante !
Déroulé des rendez-vous et résultats concrets
Nous nous sommes rendu·e·s à l’Assemblée nationale les 6, 7 et 8 octobre. Nous nous sommes réparti·e·s pour chaque rendez-vous en groupe de trois à huit personnes et avons réussi à obtenir quatre réunions avec des député·e·s, en compagnie de leur collaborateur ou collaboratrice parlementaire.
Nos interlocuteur·rice·s ont fait preuve de réceptivité vis-à-vis de nos demandes et disposaient déjà d’un bon niveau de connaissance des enjeux liés à l’APD. Les discussions se sont avérées constructives, interactives et concentrées sur les solutions qui pourraient être envisagées dans le contexte politique actuel.
A la suite de nos rendez-vous de plaidoyer, trois amendements ont été déposés par le Parti socialiste en Commission des Finances mais ont été malheureusement rejetés. Pour autant, on ne lâche rien ! Les mêmes amendements ont été redéposés, cette fois-ci de manière transpartisane, pour les séances plénières à l’Assemblée nationale qui ont démarré le 24 octobre.
C’est à cette occasion que le député Pierre-Yves Cadalen a affirmé avoir changé de position suite à sa rencontre avec les jeunes Ambassadeurs et Ambassadrices de ONE et avoir mis la question de la réaffectation des taxes en haut de ses priorités politiques. En parallèle, le député Éric Martineau est devenu cosignataire d’un amendement transpartisan pour réaffecter les taxes solidaires au budget de l’APD suite à notre rencontre avec lui.
Les prochaines étapes pour la suite
Après 10 jours de débats, les discussions sur le PLF 2026 ont été suspendu et reprendront à partir de 12 novembre. Les amendements sur l’APD seront donc examinés à ce moment-là. Dans ce contexte, nous restons pleinement mobilisé·e·s pour garantir que les député·e·s soient en séance lors du passage des amendements sur l’APD et votent en leur faveur.
Nous restons également engagé·e·s sur les réseaux sociaux pour sensibiliser le grand public à l’importance de la solidarité internationale dans la lutte contre l’extrême pauvreté et les maladies évitables, et inciter les citoyen·ne·s à interpeller leurs élu·e·s politiques.
Ensemble, nous pouvons construire un monde plus juste et égalitaire en exigeant les investissements nécessaires pour y arriver !
Ce billet de blog a été rédigé par Duru et Fatou Kiné, deux jeunes Ambassadrices de ONE.
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Pour que les taxes solidaires soient réaffectées à l’APD, signez notre pétition dès maintenant !