1. Accueil
  2. Articles
  3. Journée de l’Afrique : une célébration d’une Afrique en devenir ?

Journée de l’Afrique : une célébration d’une Afrique en devenir ?

Actualité

Le 25 mai est la Journée mondiale de l’Afrique. Cette date est l’occasion pour le continent africain et le monde de célébrer la signature en 1963 des accords de l’Organisation de l’unité africaine (OUA), devenue, depuis 2002, l’Union africaine (UA), qui regroupe aujourd’hui 55 pays membres.

Cette journée est fériée en Afrique car elle porte une valeur symbolique forte. En effet, le 25 mai est considéré comme la journée célébrant la libération des pays africains après des années de colonisation et l’accession à l’indépendance ainsi qu’à leur pleine souveraineté. C’est une célébration de l’indépendance et de la souveraineté des États africains qui permet de rappeler le rôle clé qu’ils ont à jouer sur les questions de paix, de démocratie et de droits humains à l’échelle internationale.

Le continent africain : de nombreux défis…

Aujourd’hui, plus que jamais, il est capital de tourner nos regards vers le continent africain et les multiples problématiques auxquelles ses populations sont confrontées.

L’Afrique concentre plus de 60 % des populations vivant sous le seuil de pauvreté de la planète et ce taux devrait grimper à 90 % d’ici 2030 selon la Banque mondiale. De la crise climatique aux inégalités sociales, en passant par les crises sanitaires, de nombreux défis persistent.

Le continent est en effet le plus vulnérable face au changement climatique. Parmi les vingt pays les plus menacés par cette crise, dix-sept se trouvent en Afrique. La sécheresse représente un risque majeur, notamment pour les pays d’Afrique du Nord. Près de 250 millions de personnes à travers l’Afrique pourraient être déplacées à cause des pénuries d’eau d’ici 2030.

Les inégalités économiques sont également omniprésentes, avec une concentration élevée en Afrique australe. Parmi les dix pays où les inégalités de richesse sont les plus élevées, sept se trouvent en Afrique australe et deux en Afrique de l’Ouest.

À ces défis s’additionnent les problèmes sanitaires. Entre 2001 et 2022, 1 843 événements de santé publique avérés ont été enregistrés dans la région africaine par l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Ne représentant que 19 % de la population mondiale, l’Afrique compte pourtant 50 % des décès dus à des maladies transmissibles dans le monde. Selon la Banque africaine de développement, les problèmes de santé feraient perdre aux États africains quelque 2 400 milliards de dollars de production chaque année.

Face à ces défis croissants, les « success stories » récentes de scientifiques d’Afrique du Sud, de Côte d’Ivoire, du Sénégal et du Kenya en matière de santé démontre la capacité des chercheurs locaux à apporter des solutions porteuses d’espoir, adaptées aux contextes locaux.

…mais un grand potentiel inexploité

Les pays d’Afrique ont pourtant les ressources pour répondre à ces enjeux et représentent un potentiel énorme pour l’économie mondiale. Dotés de riches ressources naturelles, de la plus grande zone de libre-échange du monde (ZLECAf) et d’un marché de 1,5 milliard de personnes, le continent a le potentiel de forger une nouvelle voie de développement, à condition qu’il bénéficie d’investissements suffisants.

L’Afrique subsaharienne est une région dynamique qui a enregistré une croissance économique moyenne de 4,5 % en 2025 selon le FMI, avec des prévisions de 4,3 % pour 2026. Cette tendance, bien qu’encourageante, est fragilisée par le contexte géopolitique au Moyen-Orient et par l’effondrement de la solidarité internationale.

Des événements comme l’Africa CEO Forum ou le sommet Africa Forward montrent pourtant que la solidarité entre nations africaines peut prendre un nouveau visage : celui du dialogue économique, des investissements transfrontaliers et de l’émergence d’un secteur privé panafricain. États, entreprises et diasporas y jouent un rôle clé.

L’Afrique compte par ailleurs une population jeune en constante augmentation : près de 60 % de la population a moins de 25 ans, ce qui en fait le continent le plus jeune du monde. D’ici 2050, l’Afrique connaîtra l’augmentation la plus rapide de la population en âge de travailler, avec une hausse nette prévue de 740 millions de personnesselon la Banque mondiale.

Une cohérence forte : pourquoi l’UNESCO a choisi l’eau et la jeunesse en 2026

Cette année, l’UNESCO a célébré la Semaine africaine (du 19 au 22 mai) autour de deux thématiques qui ne doivent rien au hasard : l’eau et la jeunesse.

L’eau, thème 2026 de l’Union africaine, fait écho aux 700 millions de personnes menacées de déplacement par les pénuries d’eau d’ici 2030. Choisir l’eau, c’est reconnaître que la survie et la souveraineté alimentaire du continent en dépendent.

La jeunesse ; car avec 60 % de la population africaine âgée de moins de 25 ans, les décisions prises aujourd’hui engagent l’avenir de centaines de millions de jeunes. L’UNESCO le rappelle : former, employer et écouter cette jeunesse, c’est la clé pour transformer les défis démographiques en opportunités économiques.

Ces choix ne sont pas anodins. Ils montrent une parfaite cohérence entre le discours des institutions internationales et les réalités vécues sur le terrain.

Ce qu’il faut retenir : des progrès, mais des fractures persistantes

Face à ces avancées encourageantes, plusieurs enjeux majeurs figurent encore en haut des agendas politiques et sociaux du continent :

  • Les réparations liées à la traite transatlantique, une question de justice historique qui refait surface avec force.
  • L’accès à la santé et aux capitaux, des inégalités criantes entre régions et entre couches de la population.
  • Les droits des femmes et des minorités, un combat loin d’être gagné, malgré des avancées notables.
  • Le changement climatique, puisque l’Afrique, qui ne contribue qu’à moins de 4 % des émissions mondiales, en subit pourtant les conséquences les plus dévastatrices.

Ces enjeux suscitent des débats parfois vifs au sein même de l’Union africaine. Ils demeurent des défis majeurs pour le développement économique, sociétal et environnemental du continent.

Repenser la solidarité entre nations africaines… et avec le reste du monde

La Journée mondiale de l’Afrique ne devrait pas être qu’une commémoration. Elle doit être l’occasion de repenser la solidarité : moins de dépendance vis-à-vis de l’extérieur, plus de coopération Sud-Sud. Elle doit également être l’occasion d’exprimer une volonté politique de dépasser les clivages hérités de l’histoire et d’investir davantage dans des secteurs clés comme l’éducation, la santé et le climat.

Les indépendances ont été célébrées. Reste à construire, ensemble, une véritable souveraineté collective. À l’heure où l’aide publique au développement s’effondre, où les crises s’accumulent, l’Afrique a besoin de partenariats gagnants, de gages de confiance et de réciprocité. C’est ce que défendent les jeunes Ambassadeurs et Ambassadrices de ONE à l’occasion de cette journée !

Ce billet de blog a été rédigé par Sountou Guirassy et Lionel Tossou, jeunes Ambassadrice et Ambassadeur de ONE.

A suivre

G7 d’Évian : alors que les crises s’accumulent, nos dirigeants vont-ils enfin agir ?

G7 d’Évian : alors que les crises s’accumulent, nos dirigeants vont-ils enfin agir ?

One Health Summit : quand la santé mondiale devient l’affaire de tous

One Health Summit : quand la santé mondiale devient l’affaire de tous