Crédit photo : © Les Puits du Désert / Sylvie Chappaz et Ingrid Pernet
Découvrez l’interview d’Armelle de Roton, Directrice de l’association Les Puits du Désert.
Pouvez-vous nous présenter l’association ?
Les Puits du Désert, c’est avant tout une aventure humaine, née d’une réelle amitié et d’un profond respect entre des femmes et des hommes de France et du Niger. Depuis plus de 20 ans, nous agissons dans le nord du Niger, dans la région d’Agadez, dans une zone désertique grande comme la France, auprès d’une des populations les plus pauvres au monde. Nous intervenons dans l’accès à l’eau, à l’éducation et à la santé aux populations nomades et semi-nomades.
Ce qui nous anime ? La volonté d’agir concrètement là où les besoins sont immenses. Nos valeurs : la dignité, l’engagement, le respect des cultures, la co-construction, et surtout la conviction que chacun a le droit de vivre dans des conditions décentes, là où il est né.
Comment l’association est-elle née et pourquoi avoir choisi de cibler vos actions auprès des femmes et des enfants du Nord Niger ?
L’histoire de l’association commence avec un choc, celui de Christel Pernet, notre fondatrice, qui a dû atterrir en urgence dans cette région du nord du Niger lors d’un raid humanitaire. Christel a passé 4 jours dans ce désert, auprès des populations locales et a découvert ce que c’est que de vivre sans eau. Elle découvre des villages où les enfants marchent parfois plus de 20 km par jour pour aller chercher de l’eau, où l’école est un luxe, où les femmes portent à bout de bras la survie de leurs familles. Ce constat a fait naître chez elle une évidence : agir. Et vite.
Nous intervenons pour les femmes et les hommes de cette région, mais nos actions ont toutes une répercussion directe sur les femmes et les enfants, premières victimes des inégalités… mais aussi premières forces de changement. Dans ce pays parmi les plus pauvres du monde et tout particulièrement dans cette zone, les chiffres de la mortalité infantile sont dramatiques : 1 enfant sur 5 n’atteint pas l’âge de 5 ans, notamment à cause de maladies hydriques. L’accès à l’eau potable permet alors de réduire cette mortalité et est porteur d’espoir. En effet, permettre l’accès à l’eau, c’est aussi libérer les enfants de la corvée d’eau, c’est leur permettre d’aller à l’école, et donc leur offrir un avenir. Aider une femme à s’émanciper, c’est donner à une famille entière les clés d’un avenir meilleur.
Et il faut bien le dire : ce sont elles et eux, les femmes et les enfants du désert, avec leur courage, leur dignité et leur volonté, qui nous inspirent chaque jour.
Vos actions répondent-elles à des besoins locaux ? Si oui, lesquels et comment les avez-vous identifiés ?
Absolument. Nos actions émergent directement des besoins du terrain, en lien étroit avec les préoccupations locales. Rien n’est décidé depuis un bureau, à distance : chaque projet mené par Les Puits du Désert est d’abord une réponse directe à un besoin exprimé par les habitants eux-mêmes.
Nous avons la chance depuis 20 ans de travailler main dans la main avec l’ONG Tidène, notre partenaire local, avec qui nous entretenons une relation de confiance exceptionnelle et qui joue un rôle central dans l’identification des besoins. Son équipe vit sur place, se déplace dans toute la zone, et agit au cœur des villages : elle connaît les enjeux, les manques, les urgences. Les membres de Tidène sont à l’écoute constante des communautés, et notamment des femmes, qui sont souvent les premières à signaler les difficultés quotidiennes — manque d’eau, éloignement de l’école, problèmes de santé, insécurité alimentaire.
Les besoins sont nombreux, mais certains reviennent avec insistance :
- L’accès à l’eau potable reste la priorité numéro un. Dans cette région saharienne, de nombreux villages n’ont pas encore un accès suffisant et sécurisé à une source d’eau potable, avec toutes les conséquences sanitaires, sociales et humaines que cela engendre. Nous sommes fiers d’avoir déjà construit ou réhabilité près de 360 puits !
- L’éducation, notamment des filles, est également une demande forte. Les écoles sont rares, souvent éloignées, et mal équipées, sans accès à l’eau potable ni à des sanitaires. Il n’est pas rare de voir des écoliers suivre leurs cours sous une simple tente ou sous un abri précaire, assis à même le sol. Grâce à nos projets, des écoles primaires ont été créées ou réhabilitées ; un internat pour les filles du désert a récemment vu le jour, leur permettant de suivre leur scolarité au collège dans de bonnes conditions, même en étant éloignées de leur famille. Et qui dit poursuite de la scolarité, dit baisse du nombre de mariages précoces, encore ancrés dans les habitudes, et source de problèmes sociaux et de santé pour les jeunes filles. 13 écoles ont d’ores et déjà été construites grâce à nos actions.
- La santé et l’alimentation sont des enjeux majeurs, que nous abordons à travers des dispensaires, des jardins maraîchers, ou encore des actions de sensibilisation et d’éducation.
- Enfin, les femmes expriment le besoin d’autonomie : elles souhaitent apprendre, créer, produire, transmettre. C’est pourquoi nous avons développé des programmes d’alphabétisation, de formation agricole et artisanale, et que nous les accompagnons dans la mise en place de coopératives féminines.
Ce qui nous guide, c’est l’écoute, la proximité, et le respect des réalités culturelles et sociales. Un projet n’est jamais figé, il est co-construit avec les bénéficiaires, dans un esprit de partenariat, et non d’assistanat. Cette démarche nous permet d’avoir un impact réel, durable, et surtout souhaité par les populations elles-mêmes.
Comment les actions mises en place pour les femmes du Nord Niger sont-elles coordonnées ?
Toutes nos actions sont pensées, conçues et mises en œuvre en lien direct avec le terrain. L’équipe de Tidène est composée exclusivement de personnes originaires de la région : ce sont des hommes et des femmes qui connaissent parfaitement le contexte local, les traditions, les besoins, et surtout les dynamiques sociales qui y règnent. Nous avons donc une parfaite connaissance du terrain.
Notre approche est également participative. Lorsqu’un projet est envisagé dans un village, la première étape consiste toujours à écouter. L’équipe de l’ONG Tidène rencontre les femmes, les chefs de villages, les groupements locaux. Nous échangeons, nous comprenons leurs priorités, et nous co-construisons les projets avec elles.
Concrètement, les actions en faveur des femmes sont multiples et complémentaires :
- L’accès à l’eau, bien sûr, est la première clé. Un puits à proximité libère du temps, de l’énergie, et permet d’ouvrir d’autres possibles.
- Ensuite, nous mettons en place des formations en alphabétisation, souvent très demandées. Apprendre à lire, écrire, compter, c’est un pas immense vers l’autonomie. Ces formations sont généralement complétées par des modules de gestion, de leadership ou de vie associative, selon les besoins, mais surtout par des formations en artisanat, travail du cuir, batik, transformation des fruits et légumes… ces formations sont axées sur les besoins, les envies et les connaissances initiales des femmes.
- Nous accompagnons également la création et le développement de coopératives féminines. Cela peut passer par la fourniture de matériel (four solaire, moulin, bassines, etc.), l’amélioration des locaux, la structuration des activités, ou encore l’appui à l’ouverture à des débouchés commerciaux locaux et institutionnels. Là encore, c’est un travail patient, dans la durée, et toujours en co-responsabilité avec les bénéficiaires.
- Enfin, nous œuvrons à la création de jardins maraîchers, véritables lieux de production, de coopération, mais aussi d’émancipation. Les femmes y cultivent des légumes, les transforment, les vendent… et participent à l’amélioration de la sécurité alimentaire de leurs familles.
Ce travail ne serait pas possible sans une présence quotidienne sur le terrain, assurée par les coordinateurs de l’ONG Tidène. Nous ne faisons pas “pour les femmes”, nous faisons avec elles, en leur redonnant les moyens d’agir, de décider, de construire leur avenir. Nous accompagnons la transformation de la société, même dans les villages les plus reculés.
Comment ont été accueillis les projets ? Avez-vous rencontré des difficultés ou des freins (culturels, logistiques) ?
L’accueil est toujours très chaleureux, car les populations savent que nous sommes là pour les soutenir, et non pour imposer, et ce sont elles qui sont à l’origine des projets. Nous avons eu une magnifique preuve en 2022 de cette confiance accordée par les populations de la région, et notamment par les femmes : Christel Pernet a en effet été nommée Tambara par le sultan de l’Aïr, plus haute autorité coutumière reconnue par le gouvernement. Une Tambarai représente l’ensemble des femmes Touareg auprès du sultan. Pour la première fois, une femme blanche a reçu cette distinction. C’est dire la confiance accordée à nos associations !
Cela dit, rien n’est jamais simple dans le désert. Les distances sont immenses, les pistes parfois impraticables, le climat impitoyable. Parfois, il faut 10 heures pour rejoindre un village isolé, avec du matériel fragile dans le coffre, sous 45°C.
Et puis, il y a les défis culturels. Introduire la scolarisation des filles, par exemple, demande du temps, de la pédagogie, de l’écoute. Mais avec du respect et de la patience, on parvient à faire évoluer les mentalités. Il y a aussi des freins liés à la situation sécuritaire dans la région. Cela exige une vigilance constante, et parfois une adaptation de nos modalités d’intervention. C’est d’ailleurs pour cela que nous ne pouvons plus nous y rendre depuis déjà 2 ans. Mais grâce aux équipes de l’ONG Tidène que nous avons chaque jour ou presque au téléphone, nous pouvons continuer.
Mais face à tout cela, il y a les chiffres sans appel de notre impact : baisse de la mortalité infantile, hausse du taux de scolarisation notamment des filles, augmentation des revenus… ll y a des paroles de femmes qui nous marquent, comme lorsque l’une d’elles nous a dit « Avant j’étais assise, maintenant je suis debout »… Et cela, ça n’a pas de prix.
Quels résultats ou changements avez-vous remarqués sur le terrain ?
Les changements sont impressionnants. Dans les villages où nous intervenons, les enfants vont à l’école au lieu de chercher de l’eau. Des jeunes filles deviennent les premières de leur famille à être scolarisées. Des femmes lancent des coopératives, vendent des produits transformés au marché, acquièrent une autonomie financière et sociale inédite.
L’eau transforme tout. Autour d’un puits, c’est une école qui naît, un jardin maraîcher qui pousse, un centre de santé qui s’installe. La vie reprend ses droits. Et surtout, les gens reprennent confiance en eux. Ils se sentent reconnus, soutenus, capables. C’est là notre plus grande réussite.
Comment nos lecteurs et lectrices peuvent aider dans le soutien à la mise en place de vos actions ?
Chaque personne peut faire une différence, chaque personne peut avoir un impact et nous aider ! Par un don, bien sûr – 1 000 euros, c’est un mètre de puits, et ce mètre change une vie. Mais aussi en parlant de nous autour de soi, en organisant une action solidaire, en suivant notre actualité, en nous invitant à témoigner dans une école ou une entreprise. N’oubliez pas que les dons sont déductibles des impôts !
Les Puits du Désert, c’est une aventure qui vous transforme ! C’est une chaîne de solidarité où chacun a sa place. Nous avons besoin de personnes engagées, de talents, d’enthousiasme.
Rejoignez-nous : ensemble, on peut faire jaillir la vie, même au cœur du désert.
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