Si le sommet des chefs d’État du G7 à Évian captera la lumière des projecteurs entre les 15 et 17 juin, c’est dès les 29 et 30 avril 2026 que l’essentiel s’est joué à Paris. La réunion Ministérielle Développement a été le moment de vérité : là où les intentions diplomatiques doivent se transformer en budgets sonnants et trébuchants. Dans un contexte de chute libre de l’aide internationale, ce rendez-vous n’était pas une formalité, c’était une urgence vitale.
Un monde en apnée : des vies derrières l’hémorragie financière de la solidarité internationale
Vingt-trois ans après le sommet historique de 2003, Évian s’apprête à redevenir le centre de gravité de la diplomatie mondiale. Mais le monde a changé. Il est devenu plus fragile, plus incertain.
Selon les données préliminaires de l’OCDE, l’aide publique au développement (APD) a connu en 2025 sa plus forte contraction annuelle jamais enregistrée : une chute brutale de 23,1 %. Derrière ce pourcentage se cachent des vies réelles. Ce ne sont pas juste des courbes qui plongent ; ce sont des campagnes de vaccination qui s’arrêtent, des hôpitaux et des écoles qui ferment, ainsi que des accès à l’eau qui reculent dans les zones les plus vulnérables.
Ce recul inédit est porté par le « Club des 5 » — États-Unis, Allemagne, Royaume-Uni, Japon et France — qui fragilise les services de base, tels que la santé, l’éducation ou l’accès à l’eau, au moment même où les crises s’intensifient.
Pourtant, il existe un décalage criant entre cette érosion de la solidarité et la conscience des citoyens puisque, selon le récent sondage IFOP/AFD (avril 2026) :
- 73 % des Français considèrent la solidarité internationale comme une obligation morale.
- 71 % des Français perçoivent que ce qui se passe dans les pays en développement a un impact direct sur leur propre vie (soit +7 points par rapport à la moyenne du G7).
Le paradoxe est frappant : alors que les citoyens comprennent l’interdépendance mondiale, les budgets rythmés par les choix politiques, eux, s’évaporent.
On ne peut pas éteindre un incendie mondial avec un compte-gouttes.
Ministérielle de Paris : un consensus retrouvé, mais à quel prix ?
Les ministres du Développement du G7 se sont réunis les 29 et 30 avril à Paris pour répondre à une architecture internationale qui « laisse de nombreux pays partenaires exposés à des crises répétées ». Pour la première fois depuis trois ans, ils ont adopté un communiqué commun.
Ce qu’il faut retenir des discussions :
- Une nouvelle approche : Le G7 prône désormais des « partenariats mutuellement bénéfiques » et une volonté de mettre fin à la « dépendance à l’aide » en favorisant l’autosuffisance.
- La réforme de l’OCDE : Les ministres appellent à une revue ambitieuse du Comité d’aide au développement (CAD) pour mieux intégrer les financements privés.
- L’urgence de la sécurité alimentaire : Face aux perturbations liées à la fermeture du détroit d’Ormuz, le G7 a chargé ses experts d’évaluer les effets sur les engrais et la sécurité alimentaire mondiale.
- La sanctuarisation du développement humain : Le texte appelle explicitement à concentrer les ressources sur la nutrition, l’éducation et la santé dans les pays les plus vulnérables.
Si le communiqué de presse commun produit à l’issue de cette rencontre reconnaît enfin que les plus vulnérables sont les premières victimes des crises, ce document reste, pour l’instant, une promesse sur le papier. On ne peut pas « façonner un système plus efficace » sans arrêter l’hémorragie financière.
Évian 2026 : le rendez-vous avec l’histoire
Le G7 n’est pas qu’un club de discussion : il contrôle près de 70 % de l’aide mondiale. C’est un géant, certes, mais dont le moteur cale aujourd’hui face aux défis mondiaux. Pour que ce sommet d’Évian, sous la présidence française, ne soit pas qu’une parade diplomatique, nous portons quatre demandes :
- Le cap des 50 % : sanctuariser la moitié de l’aide pour les secteurs sociaux de base (santé, éducation, nutrition).
- Stop aux coupes sur les financements de la santé : protéger des mécanismes tels que le Fonds mondial et les programmes de prévention des épidémies, reconnus comme des menaces majeures par le G7 lui-même.
- Recentrer les financements sur les plus vulnérables : l’aide doit aller en priorité vers les pays les moins avancés, là où le retrait des bailleurs est une sentence fatale.
- Les taxes solidaires comme solution : mettre en œuvre des taxes internationales pour dégager de nouvelles ressources face à l’urgence climatique et sociale.
Emmanuel Macron l’a affirmé : le G7 doit redevenir un « moteur d’équilibre ». Mais l’équilibre ne se décrète pas dans un communiqué ; il se finance.
Les décisions qui seront prises lors de ce sommet détermineront la survie des services publics essentiels sur toute la planète. La France a réussi à obtenir un consensus diplomatique à Paris ; elle doit maintenant faire preuve de leadership financier à Évian.
L’histoire ne se souviendra pas des communiqués signés à huis clos, mais de la capacité des leaders à répondre aux besoins essentiels d’une planète en chute. Ne les laissons pas taire cette exigence de solidarité.
Ce billet de blog a été rédigé par Laila Djafarou, jeune Ambassadrice de ONE.
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