METTRE FIN A LA FAMINE

Les leaders et les retardataires dans la réponse à la crise dans la Corne de l’Afrique

ONE a mené une analyse qui évalue quelles devraient être les responsabilités de chacun des 24 pays membres du Comité d’aide au développement de l’OCDE en réponse à la crise dans la Corne de l’Afrique. Cette analyse fournit également une évaluation de leurs contributions à ce jour. Nous examinons également les contributions qui ont été faites par des donateurs non traditionnels et des partenaires régionaux. Ceci est un bref résumé de cette analyse et une explication de la façon dont elle a été menée.

LE CONTEXTE

La Corne de l’Afrique est frappée par une des pires sécheresses depuis 60 ans. Et on estime que 12,4 millions de personnes manquent cruellement d’accès à la nourriture et à l’eau. L’ONU a lancé un appel d’un montant de 2,48 milliards de dollars pour répondre à la crise et prévenir des millions de morts. Cependant, au 9 août 2011, il y avait encore un manque de 1,01 milliard de dollars. Il s’agit d’une estimation actuelle des besoins par l’ONU. Elle est susceptible d’augmenter si la situation se détériore. Il est indispensable de combler le manque de financement actuel, et de répondre aux besoins additionnels de toute urgence afin de sauver des vies et d’éviter que de tels désastres ne se reproduisent.

LES RESULTATS EN BREF

Selon l’analyse de ONE, les donateurs traditionnels – à savoir les 24 pays membres du Comité d’aide au développement (CAD) de l’OCDE – doivent financer 2,01 milliards de dollars (81,1%) de l’appel global. Même si les membres du CAD ont contribué 1,57 milliards de dollars, toute cette somme n’est pas destinée à répondre à l’appel des Nations Unies, et seul 1,47 milliard de dollars ont été promis par tous les donateurs pour répondre à cet appel jusqu’à présent.

Cette analyse montre que certains pays dont la Grande Bretagne, les Etats-Unis, le Canada, l’Australie, ainsi que la Commission européenne sont les leaders dans la réponse à cette crise et ont apporté des contributions substantielles à l’appel. Cependant, l’Allemagne, la France, et l’Italie, entre autres, sont en train d’échouer dans leur réponse à cette crise et n’ont su, à l’heure actuelle,  apporter l’aide nécessaire pour prévenir les souffrances et les morts inutiles dans la Corne de l’Afrique.

Ce constant est indéfendable et ONE appelle ces pays à prendre leurs responsabilités envers leurs concitoyens et de payer leur juste part de toute urgence pour répondre à cette crise.

ONE appelle également la Commission européenne à poursuivre son leadership en réunissant ses 27 États membres et en s’assurant que l’UE fait, en tant qu’entité, encore d’avantage pour répondre à la crise.

Il s’agit d’une énorme crise qui affectent des millions de personnes et qui, par conséquent, nécessite une réponse globale. Historiquement, les donateurs traditionnels ont jusqu’à présent apporté les réponses à la grande majorité des crises humanitaires. Cependant, les donateurs émergents et les partenaires régionaux sont de plus en plus en mesure d’apporter une aide dans ces situations d’urgence, comme nous l’avons constaté lors du tsunami de 2004 dans le Sud-Est asiatique, où ces donateurs ont contribué 304 millions de dollars.

En nous basant sur ce principe, notre analyse a révélé que les donateurs non traditionnels et des partenaires régionaux devraient contribuer 470 millions de dollars (18,9%) pour répondre à la crise dans la Corne de l’Afrique.

Bien qu’une grande partie de ce montant a d’ores et déjà été promis – et ce en grande partie grâce aux gros dons des pays comme l’Arabie saoudite, le Brésil et les fonds multilatéraux – les engagements pris par la plupart des États du Golfe et les pays BRIC ont été très faibles.

En dehors de l’Arabie Saoudite, les États du Golfe ont déboursé des montants insignifiants. Les trésoreries de ces pays sont inondées de revenus en raison du prix élevé du pétrole, et ils sont donc en mesure d’aider ces millions de personnes dans le besoin tout près de chez eux. Leur inaction est en contraste avec l’action des pays et des institutions africains, y compris l’Afrique du Sud, le Soudan, l’Union africaine et le Kenya, qui intensifient leurs efforts pour venir en aide à leurs voisins en leur apportant une assistance financière et un soutien en matière de sécurité.

LA METHODOLOGIE

Selon ONE, la part équitable des donateurs traditionnels pour répondre à cette crise devrait être basée sur la quote-part des contributions annuelles de ces pays à l’ONU. Les 24 États qui sont membres du Comité d’aide au développement de l’OCDE payent 81,1% des cotisations annuelles de l’ONU. C’est pourquoi nous avons appliqué ce pourcentage à l’appel global des Nations Unies face à cette crise pour calculer la part des donateurs traditionnels. Notre analyse des contributions individuelles de chaque donateur traditionnel est basée sur la part du PIB au sein du groupe des donateurs.

ONE utilise les chiffres du système de suivi financier de l’agence onusienne OCHA (OCHA Financial Tracking System) pour cette analyse dans la mesure où l’appel de l’ONU, l’appel global, se base sur les mêmes chiffres. Même si ONE reconnaît que les Etats membres de l’Union européenne contribuent à la réponse de la Commission européenne à travers leurs contributions régulières, nous n’accepterons  pas d’arguments qui dédouaneraient les Etats membres de leur responsabilité nationale de faire d’avantage face à cette crise.

LA REPONSE DES DONATEURS TRADITIONNELS A LA CRISE

LES LEADERS – il s’agit des pays qui ont atteint plus de 75% de leur part équitable de l’appel de l’ONU :

L’Australie, le Canada, le Danemark, la Finlande, l’Irlande, le Luxembourg, les Pays-Bas, la Norvège, la Suède, le Royaume-Uni, les Etats-Unis et la Commission européenne [1]

LES RETARDATAIRES – il s’agit des pays qui contribuent à moins de 50% de leur part équitable de l’appel de l’ONU :

L’Autriche, la Belgique, la France, l’Allemagne, la Grèce, l’Italie, le Japon, la Corée, la Nouvelle Zélande, le Portugal et l’Espagne.

Pays

Promesses & engagements ($)

Part équitable ($)

% de la part équitable déjà promis

Suède

77,04

24.48

314.7%

Danemark

38,50

15.18

253.6%

Royaume Uni

230,93

111.08

207.9%

Norvège

43,23

21.52

200.9%

Australie

85,65

65.08

131.6%

Luxembourg

3,52

2.77

127.2%

Finlande

14,76

11.70

126.1%

Canada

90,20

78.07

115.5%

Pays-Bas

40,21

37.40

107.5%

Commission européenne

92,64

n/a

n/a

Irlande

7,94

9.56

83.0%

Etats-Unis

565,07

684.29

83.0%

Suisse

16,82

26.70

63.0%

Belgique

8,87

22.44

39.5%

Nouvelle Zélande

2,71

6.89

39.4%

Espagne

25,27

66.72

37.9%

Japon

88,68

261.63

33.9%

France

40,36

123.61

32.6%

Allemagne

41,21

158.12

26.1%

République de Corée

7,60

50.62

15.0%

Autriche

1,71

18.23

9.4%

Italie

4,82

98.03

4.9%

Grèce

0,12

13.95

0.8%

Portugal

0,06

10.61

0.6%

 

ANALYSE DES PLUS IMPORTANTS DONATEURS DU MONDE ET AUTRES BAILLEURS :

ALLEMAGNE :

Part équitable : 158,12 millions de dollars
Promesses/engagements : 41,21 millions de dollars
Pourcentage de la part équitable : 26%

Le public allemand a fait don de 90 millions d’euros, une démonstration remarquable de solidarité. Maintenant c’est aux dirigeants allemands de faire de même et de remplir leur part en comblant immédiatement le manque de leur part équitable de l’appel de l’ONU. ONE espère que le ministre de Développement, M. Niebel, utilisera son prochain voyage au Kenya pour prendre cet engagement.

CANADA :

Part équitable : 78,07 millions de dollars
Promesses/engagements : 90,20 millions de dollars
Pourcentage de la part équitable : entièrement atteint

Le Canada a contribué plus que sa part équitable à cette crise. ONE espère que le Canada utilisera ceci comme une occasion de changer sa décision de plafonner son APD et d’investir plus dans le développement agricole à long terme dans la région pour empêcher de futures famines. Le Canada a été un leader dans le développement agricole, mais il peut encore jouer un grand rôle sur la scène internationale.

COMMISSION EUROPEENNE :

La Commission a réagi rapidement pour répondre à la crise dans la Corne. Un total de 147 millions de dollars a été déboursé pour la crise dont 92 millions de dollars qui ont été alloués directement à l’appel consolidé de l’ONU. La Commission est ainsi le troisième plus grand donateur de l’appel. 85 millions de dollars supplémentaires sont prévus pour la région. La Commission doit aussi utiliser son pouvoir et son rôle comme l’organe exécutif de l’Union européenne pour réunir ses 27 États membres et s’assurer que l’Union européenne fait, en tant qu’entité, tout ce qu’elle peut pour répondre à la crise.

FRANCE :

Part équitable : 123,61 millions de dollars
Promesses/engagements : 40,36 millions de dollars
Pourcentage de la part équitable : 33%

La France place la sécurité alimentaire en tête de l’agenda du G20 cette année. Ce qui pourrait aider sur le long terme, mais c’est maintenant que des gens sont en train de mourir et la France n’a mis sa rhétorique en pratique. La France doit agir immédiatement et respecter sa part équitable de l’appel de l’ONU pour continuer à être à la hauteur de ses aspirations de leader mondial.

ITALIE :

Part équitable : 98,03 millions de dollars
Promesses/engagements : 4,82 millions de dollars
Pourcentage de la part équitable : 5%

Comme avec presque toutes ses responsabilités envers le monde, l’Italie est entrain d’échouer. Le Premier ministre, M. Berlusconi, et son gouvernement ont répondu avec moins de 5 millions de dollars à l’appel de l’ONU. Ceci représente juste 2 millions de dollars de plus que ce que le Soudan – un des pays les plus pauvres dans le monde – a donné.

ROYAUME-UNI :

Part équitable : 111,08 millions de dollars
Promesses/engagements : 230,93 millions de dollars
Pourcentage de la part équitable : entièrement atteint

Le Royaume-Uni est un vrai leader dans la réponse à cette crise. ONE félicite le Royaume-Uni, son Premier ministre, M. Cameron, son secrétaire d’État, M. Mitchell, et l’ensemble des Anglais pour avoir su reconnaître tant l’urgence que l’ampleur des besoins dans la Corne de l’Afrique. Parce qu’il fait partie des plus importants contributeurs à l’appel de l’ONU, le Royaume-Unis incitent les autres donateurs à atteindre leur part équitable. ONE exhorte le gouvernement britannique à maintenir son rôle de leader, qui est vital.

ETATS-UNIS :

Part équitable : 684,29 millions de dollars
Promesses/engagements : 565,07 millions de dollars
Pourcentage de la part équitable : 83%

Les États-Unis sont, de loin, le plus grand contributeur en réponse à cette crise. Ils ont donné, jusqu’à présent, 565,07 millions de dollars, dont 105 millions de dollars annoncés ce mardi 9 août. ONE applaudit la flexibilité dont les États-Unis ont fait preuve en allégeant leurs restrictions dans la région pour permettre aux professionnels de répondre à cette crise.

ETATS DU GOLFE :

La crise dans la Corne de l’Afrique est une crise régionale et les États du Golfe, qui profitent de revenus très élevés grâce au pétrole, ont les moyens d’aider leurs voisins. L’Arabie Saoudite a jusqu’ici fourni 60,74 millions de dollars, mais les autres États du Golfe ont fait comparativement peu. Les États du Golfe devraient de toute urgence accélérer leurs efforts pour répondre à cette crise, conforme à leur statut comme acteurs mondiaux émergents.

LES PAYS ET LES INSTITUTIONS AFRICAINS :

L’Afrique du Sud, le Kenya et le Soudan, d’une part, l’Union africaine et le Groupe de la Banque africaine de développement, de l’autre, ont commencé à aider leurs voisins. Mais, dans des nombreux cas, ils peuvent faire plus.

Bien que les médias montrent, actuellement, les images d’une région d’Afrique subissant une immense tragédie, la macro histoire de l’Afrique n’est aujourd’hui que progrès et croissance. La grande capacité de résilience et de croissance de l’Afrique fait que le continent progresse, avance et finira par pouvoir répondre aux besoins de ses populations.

1.ONE ne calcule pas la part équitable de la Commission européenne, cependant la Commission est l’un des plus grands donateurs de l’appel