Alors que l’Union européenne (UE) négocie son prochain budget à long terme, les décisions prises aujourd’hui définiront son rôle dans le monde pour les années à venir. Le cadre financier pluriannuel (CFP) détermine le montant que l’UE investira dans la santé mondiale, l’éducation, le climat, l’égalité et les partenariats pour les sept prochaines années.
Des jeunes activistes de toute l’Europe et de l’Afrique demandent aux dirigeant·e·s européen·e·s d’investir dans les peuples et les partenariats qui permettent aux communautés de se développer et de s’épanouir.
Leurs histoires sont diverses, mais toutes convergent vers un constat : le budget de l’Europe doit poser des bases solides pour une prospérité partagée entre les continents.

Avuyile Mbangatha
Le Dr Avuyile Mbangatha est médecin en formation spécialisée et maître de conférences associé en Afrique du Sud. Défenseur de la santé mondiale et Champion de ONE, il travaille à la croisée des soins de première ligne et des politiques publiques. Il s’intéresse à la manière dont les partenariats internationaux permettent de garantir durablement l’accès aux services de traitement du VIH et de la tuberculose.
Son engagement a commencé dans le cadre de son travail clinique. Dans des communautés disposant de ressources limitées, il a constaté que les décisions prises au niveau mondial avaient un impact direct sur les effectifs, la continuité des soins et l’état de santé des populations.
Son premier contact avec des programmes soutenus à l’échelle internationale s’est fait sur le terrain. Nombre des services dans lesquels il a travaillé bénéficiaient du soutien de partenaires tels que le Fonds mondial et d’initiatives soutenues par l’Union européenne.
Il a également constaté les conséquences de l’instabilité des financements :
J’ai vu des cliniques réduire leurs services, perdre du personnel qualifié et interrompre le suivi des patient·e·s lorsque les financements devenaient incertains ou s’arrêtaient brutalement.
Selon lui, ces perturbations érodent la confiance dans les systèmes de santé et contraignent les communautés à gérer des crises permanentes au lieu d’investir dans la prévention et la planification à long terme.
À l’inverse, des engagements prévisibles et à long terme permettent aux systèmes de fonctionner. Des financements stables permettent aux cliniques de conserver du personnel qualifié, d’investir dans les infrastructures, d’intégrer les services et d’expérimenter de nouveaux modèles de soins. Ils créent également les conditions nécessaires au leadership local et à la responsabilisation.
Pour Avuyile, cette question est particulièrement importante pour les jeunes. Lorsque les partenariats de l’UE sont conclus sur le long terme, ils permettent de renforcer les bases qui façonneront les opportunités de demain : les systèmes de santé, les parcours éducatifs, l’accès à un travail décent et la résilience face au changement climatique.
L’Union européenne doit garantir des financements prévisibles et à long terme pour la santé mondiale, et réintroduire des objectifs clairs en matière de développement humain dans son prochain budget à long terme. Le message d’Avuyile aux dirigeant·e·s européen·ne·s s’appuie sur ce qu’il a constaté sur le terrain :
Lorsque les financements sont prévisibles et s’inscrivent dans la durée, les communautés peuvent sortir de la logique de survie et construire des systèmes durables. Les décisions que l’UE prend aujourd’hui détermineront si les progrès réalisés dans la lutte contre le VIH, la tuberculose et les inégalités en matière de santé seront protégés ou réduits à néant.

Nalukui Misebezi
Nalukui Misebezi est scientifique biomédicale au sein du ministère zambien de la Santé et étudiante en master de maladies infectieuses tropicales et zoonoses. Jeune Ambassadrice de ONE depuis 2024, elle met son expérience de terrain au service de son plaidoyer en faveur d’investissements durables dans les systèmes de santé.
C’est son travail qui a éveillé son engagement. Au laboratoire, elle a en effet été confrontée à de nombreuses reprises aux conséquences de systèmes de santé sous-financés, notamment à l’augmentation de la résistance aux antimicrobiens. Le fait de voir ces mêmes risques se répéter sans solutions durables l’a poussée à agir au-delà du secteur médical, pour défendre une meilleure prévention et une plus grande préparation face aux crises sanitaires.
L’expérience récente de la Zambie face au choléra en est un exemple frappant. Lors de la saison 2023-2024, le pays a en effet connu l’une des épidémies les plus graves de ces dernières années. Nalukui a perdu des proches, y compris des soignant·e·s mobilisé·e·s en première ligne. L’année suivante, la situation a été tout autre.
Cette année, la situation s’est considérablement améliorée. Je suis convaincue que l’élargissement de l’accès aux vaccins, ainsi que d’autres mesures, y ont largement contribué.
Selon elle, le déploiement à grande échelle de la vaccination contre le choléra, soutenu par Gavi, l’Alliance du vaccin, a joué un rôle déterminant. C’est précisément ce que permet un financement efficace de la santé mondiale : moins de décès, une pression allégée sur le personnel de santé et une maîtrise plus rapide des épidémies. Preuve que des investissements précoces et prévisibles portent leurs fruits.
Pour Nalukui, investir dans les populations, c’est considérer la santé et l’éducation comme des infrastructures publiques essentielles. Ces investissements déterminent la capacité des individus à travailler, à apprendre et à faire face aux crises. Ils permettent aussi aux sociétés de prévenir les catastrophes plutôt que d’y réagir une fois qu’elles surviennent.
Son propre parcours en témoigne. Issue d’un foyer à faible revenu, elle a vu ses parents faire de son éducation une priorité. Passer d’une petite ville à de plus grandes agglomérations pour poursuivre ses études a profondément transformé ses perspectives et ses possibilités. Selon elle, cette même dynamique se retrouve à plus grande échelle lorsque les systèmes fonctionnent.
ONE appelle l’Union européenne à réintroduire des objectifs consacrés au développement humain et à consacrer au moins 20 % de son aide publique au développement à la santé, à l’éducation et à la protection sociale dans son prochain budget à long terme. Le message de Nalukui aux dirigeant·e·s européen·ne·s ?
Les êtres humains sont le plus grand capital dont nous disposons. Une population en meilleure santé et mieux éduquée est une population plus proactive. Prenons des décisions dont les effets positifs nous survivront et qui construiront un monde où il fait bon vivre, non seulement pour les plus privilégié·e·s, mais pour chaque être vivant.

Sally Ndwiga
Sally Ndwiga est une activiste kényane qui lutte pour l’égalité des genres et la fondatrice de The Femiscope Initiative. Elle a rejoint ONE pour défendre des politiques climatiques et de genre qui reflètent les réalités vécues par les communautés confrontées à la hausse du coût de la vie, aux chocs climatiques et aux inégalités d’accès aux opportunités.
Selon elle, le changement climatique et les inégalités façonnent le quotidien à Githurai, le quartier où elle a grandi. Le Kenya a connu cinq saisons des pluies consécutives, tandis que les prix alimentaires ont augmenté de 30 % dans certaines zones. Ces pressions pèsent surtout sur les femmes et les filles, qui effectuent davantage de travail non rémunéré et sont souvent les premières à perdre l’accès à l’éducation et aux revenus.
Sally a rejoint ONE pour combattre ce déséquilibre et promouvoir des solutions intégrant à la fois le climat et l’égalité de genre. Son travail avec l’initiative Femiscope vise à développer les compétences pratiques et le leadership des filles et des jeunes femmes, issues de foyers touchés par la sécheresse et les pénuries alimentaires.
Grâce aux compétences en marketing digital acquises pendant le programme, une participante a aidé une petite épicerie locale à surmonter les perturbations climatiques. Un exemple concret de l’impact des filles et des femmes : alors qu’elles assurent 60 à 80 % du travail agricole au Kenya, leur accès à des compétences et à des rôles de leadership renforce la résilience de toute la communauté.
Sally constate également que les jeunes sont les véritables moteurs du changement au Kenya, où ils représentent la majorité de la population. Elle décrit une génération qui utilise les outils digitaux pour anticiper les inondations, promouvoir les énergies propres et soutenir les microentreprises dirigées par des femmes, malgré les impacts climatiques.
Il est crucial que les décideur·euse·s européen·ne·s investissent dans un avenir vert et équitable via le prochain budget à long terme, en allouant au moins 50 % des fonds à des projets de lutte contre le changement climatique et de protection de la nature.
Le Kenya émet peu de gaz à effet de serre, mais il a subi les pires sécheresses de la région depuis des décennies. Soutenir le potentiel africain en matière d’énergies renouvelables et le leadership féminin permet de créer des emplois, de renforcer les communautés et de favoriser une prospérité partagée. Le prochain CFP décidera de la fragilité ou de la promesse de notre avenir.
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