En finir avec l’extrême pauvreté : les candidates et candidats nous répondent

Candidates et candidats à l’élection présidentielle : quelles propositions pour mettre fin à la pandémie dans le monde, soutenir la relance des pays africains et agir d’égal à égal avec le continent africain ?

Nathalie Arthaud aborde uniquement la solidarité internationale sous le prisme de la lutte contre l’impérialisme dans son programme. Elle pose des constats clairs sur la pandémie et la crise climatique dont la solution ne pourra pas se trouver à l’échelle nationale, en soulignant la nécessité d’une « coopération fraternelle de tous les peuples ». Dans sa réponse à ONE, elle manifeste sa solidarité concernant notre désir d’inverser la tendance à l’augmentation de l’extrême pauvreté, mais se déclare pessimiste quant à la volonté des gouvernements et des multinationales de prendre les bonnes décisions pour y parvenir.

Au-delà de l’abolition de la propriété privée des moyens de production et de la levée des brevets, elle ne propose pas de mesure concrète pour répondre aux défis du continent africain. De manière générale, le renversement de la domination de la classe capitaliste est envisagé comme un instrument de solidarité internationale et d’aide au développement des pays les plus pauvres.

Nicolas Dupont-Aignan consacre une partie entière de son programme à la création d’un “grand partenariat” avec le continent africain, mais ses contours restent flous. Il propose la création d’un “Plan Marshall” pour l’Afrique, qui prend notamment en compte les droits des femmes. Il identifie deux secteurs prioritaires du développement : l’agriculture et l’électrification du continent, et mentionne qu’il souhaite renforcer l’aide au développement – sans préciser davantage. Il souhaite soutenir les femmes militantes qui défendent les droits des femmes.

Nicolas Dupont-Aignan conçoit par essence l’aide publique au développement comme un instrument de contrôle des flux migratoires, et ainsi dénature l’essence même de cet outil de solidarité internationale et va à l’encontre des valeurs portées par l’ensemble des ONG de solidarité internationale, dont ONE. De plus, il propose de concentrer l’APD française sur les pays francophones. Il ne mentionne par ailleurs aucune mesure sur la santé mondiale, les DTS, la TTF, la transparence fiscale ou la dette du continent africain. Nicolas Dupont-Aignan ne nous a pas partagé ses propositions.

Yannick Jadot consacre tout un chapitre de son programme à la solidarité internationale et un autre sur la gouvernance mondiale. Il veut notamment lutter contre les inégalités d’accès aux vaccins en Afrique en levant les brevets détenus par les sociétés pharmaceutiques, en réformant plus globalement le système des brevets régi par les accords ADPIC et en développant l’industrie de production de médicaments en Afrique. Dans sa réponse à ONE, il s’engage à augmenter l’aide au développement pour atteindre 0,7% du RNB en 2025 et à allouer 70% des recettes de la TTF au développement, contre 30% aujourd’hui. L’APD ne prendra plus en compte les financements qui restent en France et ceux qui relèvent de la sécurisation des frontières, et elle sera concentrée sur l’égalité entre les femmes et les hommes, la santé, l’humanitaire et les dons. Il proposera au G20 une taxe progressive sur les billets d’avion afin de financer les efforts d’adaptation au changement climatique dans les pays pauvres. Il œuvrera pour augmenter la transparence des multinationales : il s’engage à proposer un reporting pays par pays public des multinationales afin de pouvoir déceler les schémas d’évasion fiscale. Il veut réformer le Conseil de Sécurité des Nations unies afin que l’Afrique y soit représentée. Lors du Forum sur la Solidarité Internationale organisé par ONE et Libération le 22 mars dernier, Delphine Batho, porte-parole de Yannick Jadot, s’est engagée à réallouer 100% des DTS reçus par la France aux pays à faible revenu d’ici la fin de l’année 2022.

Yannick Jadot ne mentionne pas le premier défi du continent qui est la création d’emplois pour les 15 millions de jeunes qui arrivent sur le marché du travail chaque année. Il souhaite un grand plan d’annulation de la dette des pays pauvres qui mériterait d’être précisé, notamment la manière dont les créanciers privés seront incités ou contraints à participer à ces efforts.

Anne Hidalgo n’a pas intégré la solidarité internationale dans son programme. 2 de ses 70 propositions contiennent les mots « aide publique au développement » (n°65 et n°66) mais elles sont liées à la politique migratoire et ne contiennent aucun engagement sur le développement des pays à faible revenu. Elle s’engage dans ses réponses à Open Diplomacy et à ONE à lever les brevets sur les vaccins, à soutenir la création d’outils médicaux en Afrique et allouer 930 millions d’euros à la lutte contre la pandémie dans le monde. Elle respectera la trajectoire vers les 0,7% du RNB pour l’APD en 2025 et portera une nouvelle loi pour davantage concentrer nos efforts sur l’Afrique, les dons, le développement économique et allouer 50% aux secteurs sociaux essentiels,. Elle s’engage allouer 100% de la TFF à l’APD et à exclure la Chine des bénéficiaires de notre aide. Elle veut une implication plus importante du Parlement sur ces questions, sans en préciser la nature ni le degré. Elle utilisera une partie des DTS – sans préciser de montant – pour financer la redynamisation des économies africaines. Elle souhaite également renforcer la transparence des multinationales en demandant un reporting pays par pays élargi à l’ensemble des pays d’activité des multinationales européennes. Elle s’engage à trouver le moyen de contraindre les créanciers privés à participer aux efforts internationaux d’allègement des dettes africaines et à réformer les agences de notation financière. Elle souhaite qu’un siège permanent soit accordé à l’Afrique au Conseil de Sécurité des Nations unies.

Anne Hidalgo ne présente aucune mesure pour créer les 15 millions d’emplois nécessaires aux jeunes qui entrent sur le marché du travail chaque année sur le continent et ne met pas accès l’accent sur les investissements nécessaires au renforcement des systèmes de santé en Afrique.

Jean Lassalle consacre une partie de son programme au continent africain, seule zone du monde à avoir son propre encart listant les mesures à mettre en œuvre. Le projet économique de Jean Lassalle en Afrique s’articule autour de deux mesures : une première qui prévoit la construction d’une relation plus humaine avec l’Afrique, basée sur un soutien à l’instruction, un commerce équitable et le développement des infrastructures de télécommunication, et la seconde beaucoup plus concrète sur l’abandon de la supervision du franc CFA par le Trésor français. Il s’engage à développer les infrastructures, notamment dans le domaine des télécommunications, et à soutenir les systèmes éducatifs africains.

Jean Lassalle ne reprend aucune des mesures mises en avant par ONE pour répondre aux problématiques de santé mondiale, de soutien à la relance des économies africaines ou de transparence fiscale, et ne mentionne nulle part l’APD. Jean Lassalle ne nous a pas partagé ses propositions.

Emmanuel Macron n’a pas encore publié la partie de son programme qui porte sur l’international. Dans sa réponse à ONE, il met l’accent sur la nécessité d’augmenter les financements disponibles pour renforcer les systèmes de santé des pays à faible revenu, sans prendre d’engagement sur une contribution française à cet égard. Il indique qu’il lancera des initiatives de soutien au secteur privé et notamment les TPE et PME. Il allouera 50% de l’APD à l’Afrique et 10% aux ONG. Enfin, il met en avant sa volonté de construire avec le continent des liens plus forts à travers les diaspora, la jeunesse et le secteur privé, et s’engage à mettre en œuvre les différents projets issus du sommet Afrique-France de Montpellier, dont la refonte du narratif autour de l’aide publique au développement.

Emmanuel Macron prend très peu de nouveaux engagements, et il omet de préciser les mesures qu’il mettra en œuvre sur la question du soutien financier (TTF, DTS), de la gestion de la dette, de la place des pays africains dans la gouvernance mondiale et de la lutte contre les flux financiers illicites qui permettrait pourtant à la France de renforcer la cohérence entre ses politiques publiques.

Jean-Luc Mélenchon consacre tout un chapitre (propositions 71 à 81) de son programme à la solidarité internationale et à la gouvernance mondiale. Au niveau sanitaire, il soutient la levée des brevets sur les vaccins détenus par les entreprises pharmaceutiques et il souhaite mettre l’accent sur la prévention des futures épidémies. Il réformera l’AFD car il considère qu’elle sert trop les régimes oligarchiques et les entreprises, et sa porte-parole Aurélie Trouvé s’est engagée lors de notre Forum sur la solidarité internationale à atteindre les 0,7% du RNB en 2025, en allouant 50% de cette aide aux pays les plus pauvres, 50% aux secteurs sociaux et 85% à des projets qui contribuent à lutter contre les inégalités femmes-hommes. Il renforcera son focus sur le Sahel et la francophonie, et fera la promotion de l’ONU comme organe de paix à la place du G7 et du G20. Il souhaite annuler les dettes contractées par les dictatures africaines. Il se prononce également en faveur d’une fiscalité forte à l’encontre des entreprises ayant bénéficié de la crise pour investir dans l’écologie et la reprise, et il souhaite faire de la lutte contre la fraude et l’évasion fiscale une priorité, en France comme au niveau européen, mais sans mentionner les mesures qui seront mises en œuvre.

Jean-Luc Mélenchon ne s’est pas engagé à réallouer les DTS alloués à la France aux pays qui en ont le plus besoin, ses propositions sur les allègements de la dette doivent être précisées, notamment sur les modalités de mise en œuvre et les pays concernés, il ne s’attaque pas au problème de la création d’emplois en Afrique ni de la place et du poids des pays africains au sein de la gouvernance mondiale. L’équipe de l’Union populaire nous a partagé ses propositions mais Jean-Luc Mélenchon ne s’est pas engagé en son nom comme les autres candidates et candidats qui ont répondu à notre sollicitation.

Le programme de Valérie Pécresse contient deux propositions sur le développement et l’Afrique : elle souhaite remettre notre politique de développement au service de nos intérêts économiques et rebâtir en Afrique des partenariats fondés sur le respect et la liberté des peuples. Dans sa réponse à ONE, elle indique qu’elle visera des solutions « d’aménagement » vis-à-vis de la barrière de la propriété intellectuelle afin de favoriser la production locale d’outils médicaux dans les pays à faible revenu. Elle salue le bilan des fonds verticaux en santé et s’engage à soutenir leurs efforts de reconstitution. Elle souhaite allouer 100% de la TTF au développement et redistribuer nos DTS aux pays vulnérables. Elle s’est engagée à endosser la loi de programmation relative au développement solidaire et à la lutte contre les inégalités mondiales, y compris l’atteinte des 0,7% en 2025. Elle souhaite soutenir la création d’emplois en Afrique, notamment grâce à la promotion de partenariats publics-privés, ainsi qu’une meilleure représentation des pays africains et de l’Union africaine dans les instances de construction des stratégies mondiales. Malgré sa volonté de veiller à la cohérence entre la politique étrangère française et l’APD, la lutte contre les flux financiers illicites ne fait pas partie de son programme. Son porte-parole François Jay s’est tout de même engagé lors de notre Forum sur la Solidarité Internationale à demander une plus grande transparence des multinationales au niveau mondial sur certaines informations comptables clés permettant de déceler les schémas d’évasion fiscale.

Elle fait régulièrement le lien entre politique de développement et politique migratoire, et souhaite que le nouveau cadre qui guide les relations entre l’Afrique et la France soit basé sur des choix politiques en matière stratégique ou migratoire. Elle s’est par le passé prononcé en faveur de la conditionnalité de l’aide à des accords migratoires, et à nouveau durant cette campagne à travers son représentant Jean-Louis Thériot en février dernier. Elle dénature ainsi l’essence même de cet outil de solidarité internationale et va à l’encontre des valeurs portées par l’ensemble des ONG de solidarité internationale, dont ONE. Enfin, Valérie Pécresse n’aborde pas la question de la dette africaine et des mesures qu’il faudra mettre en œuvre pour la résorber.

Marine Le Pen consacre une partie de son programme à la place de la France dans le monde. Elle considère la francophonie comme moyen privilégié d’influence de la France dans le monde, et souhaite à ce titre créer une Union francophone avec les pays africains francophones qu’elle considère comme négligés. Elle se déclare en faveur de l’aide internationale mais elle souhaite que celle-ci soit conditionnée à des impératifs migratoires et sécuritaire, comme en atteste sa récente déclaration sur l’aide au Mali. Elle est contre la levée des brevets sur les vaccins COVID-19.

En se positionnant en faveur de la conditionnalité de l’APD, Marine Le Pen dénature l’essence même de cet outil de solidarité internationale et va à l’encontre des valeurs portées par l’ensemble des ONG de solidarité internationale, dont ONE. Elle n’a pas de vision globale du partenariat qu’elle souhaite créer avec l’Afrique, elle n’a pas de position claire en matière de santé mondiale ni sur le soutien à la relance économique des pays africains. Marine Le Pen ne nous a pas partagé ses propositions.

Le programme de Philippe Poutou comporte une partie sur la solidarité internationale, qui promeut des principes généraux non ciblés sur l’Afrique. En matière de santé, il soutient la levée des brevets sur les vaccins et les traitements. Le candidat propose également d’abolir la dette des pays du Sud, sans toutefois en préciser les modalités d’exécution. Il a également déclaré lors d’une rencontre avec Coordination Sud être en faveur d’une aide au développement majoritairement constituée de dons et non de prêts. Il propose de mettre en place une plus importante politique de transparence de l’APD avec une intervention directe des ONG et des organisations de société civile.

Philippe Poutou ne mentionne pas les instruments que sont la TTF et les DTS et ne prévoit pas de projet spécifique pour le continent africain dans son programme. Son approche de la solidarité internationale est celle d’une solidarité entre les peuples contre le capitalisme. Philippe Poutou ne nous a pas partagé ses propositions.

Fabien Roussel a présenté le programme le plus complet en matière de solidarité internationale. Il fait notamment de la lutte contre l’évasion fiscale sa priorité absolue : il souhaite la création d’une nouvelle institution sous l’égide de l’ONU chargée de coordonner ces efforts au niveau mondial. Il veut faire des médicaments et des vaccins des biens publics universels, et lèvera à cette fin les brevets sur les vaccins. Il souhaite utiliser les DTS du FMI pour créer une nouvelle monnaie internationale capable de financer des projets de développement, mais aussi réviser le mode de calcul des quotes-parts de ces DTS qui avantage les pays riches. L’APD sera portée à 0,7% du RNB en 2025, l’essentiel de l’augmentation bénéficiera aux pays les moins avancés (PMA), 85% de l’APD totale lutteront contre les inégalités entre les femmes et les hommes et 50% financeront les secteurs sociaux. Il veut augmenter le taux de la TTF française de 0,3% à 0,5% mais également mettre en place une taxe similaire au niveau européen voire au niveau mondial. Il veut une grande conférence mondiale sur la dette ainsi que l’annulation de la dette COVID des pays, dont les modalités mériteraient d’être précisées. Il veut renforcer la coopération avec les pays du Sahel et démocratiser l’ONU en renforçant le poids de l’Assemblée générale des Nations unies au bénéfice des pays du Sud.

Fabien Roussel ne précise pas les mesures qui seront mises en œuvre pour accompagner les pays africains à créer 15 millions d’emplois par an pour la jeunesse croissante du continent.

Les propositions d’Eric Zemmour sur l’Afrique se font exclusivement à travers la question migratoire. Son programme ne contient que deux phrases à ce sujet, qui indiquent qu’il souhaite refonder notre relation avec l’Afrique pour y préserver notre influence en lutter contre les flux migratoires, et qu’il conditionnera notre APD au retour des ressortissants étrangers dans leur pays d’origine. Dans sa réponse à Open Diplomacy, il indique que le partage de doses de vaccins et de traitements avec les pays à faible revenu est une priorité et qu’il faut renforcer les hôpitaux et développer des systèmes de surveillance des variants. Il pense la coopération internationale en matière de santé mondiale est utile mais que celle-ci ne doit pas se faire au détriment de la souveraineté nationale. Il maintiendra les financements actuels aux grands fonds de solidarité internationale. Il œuvrera aussi pour renforcer les systèmes de santé en Afrique et réformer l’APD pour qu’elle soit plus efficace et cesse de propager des idéologies « progressistes ». Il souhaite qu’elle bénéficie aux Etats et non aux ONG dont il se méfie et qu’elle soit alignée sur les priorités nationales et aller à de « bons dirigeants ». Il envisage d’annuler les dettes de certains pays si des progrès en matière de développement peuvent être réalisés.

En se positionnant en faveur de la conditionnalité de l’APD, Eric Zemmour dénature l’essence même de cet outil de solidarité internationale et va à l’encontre des valeurs portées par l’ensemble des ONG de solidarité internationale, dont ONE. Eric Zemmour ne mentionne pas les DTS, il ne précise pas les mesures mises en œuvre pour lutter contre l’évasion fiscale ni la nécessité d’augmenter la transparence des multinationales. Il ne mentionne pas l’impératif de renforcer la place des pays africains dans la gouvernance mondiale, et ne s’attaque pas au défi de la création d’emploi en Afrique. Il considère le féminisme comme « déconstructeur » et ne soutiendra pas la mise en place d’une diplomatie féministe française. Eric Zemmour ne nous a pas partagé ses propositions.

 

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