L’aide au développement

Au niveau mondial, une aide efficace provenant des pays riches est essentielle pour les pays les plus pauvres et les plus fragiles. Dans ces pays, l’aide au développement sauve de nombreuses vies.

Le défi

En 2000, 189 pays ont adopté les objectifs du Millénaire pour le développement (OMD). Ces huit objectifs visaient à réduire la pauvreté et les maladies dans le monde d’ici à 2015 et à transformer la vie de plusieurs millions de personnes dans les pays les plus pauvres de la planète.

Depuis l’adoption des OMD, des progrès remarquables ont été accomplis dans de nombreux pays en développement, y compris les pays d’Afrique subsaharienne. Cependant, de nombreux pays parmi les plus pauvres n’ont pas réussi à atteindre ces objectifs.

Bien que les dirigeants mondiaux aient reconnu que la progression vers les sept premiers objectifs dépendrait largement du leadership dans les pays en développement, en s’engageant dans un huitième objectif – un partenariat mondial pour le développement – les pays riches ont clairement affirmé l’importance de l’aide des pays développés dans la lutte contre l’extrême pauvreté et les maladies. En Septembre 2015, les dirigeants du monde se sont engagés sur 17 nouveaux Objectifs de développement durables (ODD) afin d’éradiquer l’extrême pauvreté, de mettre fin aux inégalités et à l’injustice et de régler le problème du changement climatique pour tous et dans tous les pays au cours des 15 prochaines années.

L’esprit de cet engagement pour un partenariat mondial a été consigné dans plusieurs accords depuis le sommet de 2000. En 2002, lors de la Conférence internationale sur le financement du développement à Monterrey, au Mexique, les pays riches se sont engagés à consacrer au développement 0,7 % de leur revenu national brut. Reconnaissant les besoins des pays les moins avancés (PMA), les pays développés ont adopté en 2001 (Programme d’Action de Bruxelles pour les PMA) et renouvelé en 2011 (pendant la quatrième conférence de l’ONU sur les PMA à Istanbul) un objectif visant à allouer 0,15 à 0,20% du revenu national brut (RNB) des donateurs à l’aide publique au développement (APD) pour les PMA.

Au Sommet de Gleneagles en 2005, le G8 a convenu de dédier 37 milliards d’euros supplémentaires à l’aide au développement d’ici à 2010, dont la moitié ciblerait l’Afrique subsaharienne. Toutefois, seulement 61 % des augmentations promises par le G8 sont devenues réalité avant 2010.

Au cours de la Conférence sur le financement du développement d’Addis-Abeba, les pays développés ont réaffirmé les engagements pris à Monterrey, notamment celui de consacrer 0,7% de leur RNB à l’aide publique au développement, et d’allouer 0,15 à 0,20% de leur RNB aux PMA. Les besoins spécifiques des PMA sont reconnus dans le programme d’action d’Addis-Abeba qui inclut l’engagement d’inverser la tendance à la baisse de l’aide octroyée aux PMA, et suggère aux pays donateurs d’allouer 50% de leur APD à ces pays. Le Comité d’aide au développement de l’OCDE s’était également engagé auparavant à allouer une plus grande part de l’APD aux PMA et à inverser la tendance à la baisse de l’aide aux pays les moins avancés.

Les principaux fournisseurs d’aide, tels que les États-Unis, le Canada et le Japon, n’ont pas d’objectifs d’aide publique au développement (APD). L’Union européenne (UE) et la Norvège font partie du seul groupe de pays disposant d’objectifs continus pour augmenter l’APD en termes de pourcentage du revenu national brut (RNB).

Au niveau européen, ces pays s’étaient initialement engagés collectivement à accroître l’APD jusqu’à 0,7 % de leur RNB, et à allouer 0,15 à 0,2% de leur RNB aux PMA d’ici 2015. N’ayant pas atteint cet objectif dans les temps, ils se sont engagés en mai 2015 à atteindre l’objectif des 0,7% d’ici à 2030, et d’allouer 0,15% de leur RNB commun aux PMA à court-terme, et 0,20% dans le cadre de l’agenda post-2015.

Même si l’aide de l’Union Européenne a augmenté en 2015, l’objectif est loin d’être atteint. Les Etats membres n’ont alloué que 0,46% de leur revenu global à l’aide, et seulement 0,12% aux PMA, bien en-dessous des engagements fixés. Par ailleurs, ils n’ont alloué que 25% de leur APD aux PMA en 2015.

En 2015, l’aide au développement a augmenté de 7% et a atteint 131,07 milliards de dollars. Cependant, cette progression est en grande partie due à une augmentation de l’aide venant financer les coûts d’accueil des réfugiés dans les pays donateurs. Selon les règles actuelles relatives à l’octroi de l’aide, les pays donateurs peuvent faire passer comme relevant de l’aide les coûts d’accueil des réfugiés pendant la première année suivant leur arrivée. Les coûts d’accueil des réfugiés ont plus que doublé en 2015 comparé à 2014, et le montant de l’aide alloué à l’accueil des réfugiés dans les pays donateurs devrait augmenter en 2016 en raison de la crise des réfugiés qui perdure actuellement. Si l’on ne tient pas compte des coûts d’accueil des réfugiés, l’aide au développement n’a finalement augmenté que de 2% en 2015. En part du RNB, l’aide ne s’élève qu’à 0,3% pour l’ensemble des pays membres du Comité d’aide au développement. Cela reste bien loin de l’objectif des 0,7% du RNB auquel ils ont souscrit en 2005. De plus, l’aide dirigée vers les pays les plus pauvres ne cesse de diminuer depuis 2010. En 2015, les PMA n’ont reçu que29,5% de l’aide au développement allouée par les pays les plus riches, un montant en baisse comparé aux 33,3% de 2010.

L’opportunité

En Afrique subsaharienne, les budgets des gouvernements représentent la majorité des ressources publiques. Cependant l’APD demeure un élément indispensable pour le développement de la région. Aux quatre coins du monde, si l’aide au développement des pays riches est investie de façon pertinente, elle contribue au déblocage de nouvelles sources de financement, à la construction des infrastructures et à poser les fondations d’une croissance soutenue et durable.

L’aide au développement est indispensable pour les pays les plus pauvres et les plus vulnérables. Alors que les autres ressources financières pour les pays pauvres (les investissements directs à l’étranger, les transferts de fonds par les migrants ou les prêts) ont considérablement augmenté, les PMA (dont plus de deux tiers se situent en Afrique subsaharienne), ont une capacité plus restreinte à lever des ressources domestiques et à attirer des flux extérieurs, ce qui les rend fortement dépendants de l’APD.

Dans son rapport DATA 2015, ONE a attiré l’attention sur le fait que 27 pays (dont seulement deux ne font pas partie de la catégorie des PMA) dépensent moins de 138 euros par an et par habitant pour les services publics de base. En d’autres termes, ces 27 pays dépensent 2% par habitant du montant dépensé par un pays membre de l’OCDE comme le Royaume-Uni (5 975 euros). Étant la seule ressource spécialement dédiée au développement économique et au bien-être social, l’aide au développement sauve littéralement des vies dans ces pays.

Fin 2015, on estimait que le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme avait fourni, depuis sa création, 600 millions de moustiquaires pour aider les familles à se protéger contre le paludisme, avait permis le dépistage et le traitement de 15 millions de cas de tuberculose et avait fourni des traitements antirétroviraux à 8,6 millions de personnes. Depuis 2000, Gavi, l’Alliance du Vaccin, a pour sa part contribué à l’immunisation de 500 millions d’enfants supplémentaires.

L’aide au développement ciblée et les économies résultant de l’allégement de la dette ont permis à 8365 millions d’enfants supplémentaires de faire leur première rentrée à l’école primaire en Afrique subsaharienne entre 1999 et 2013. Une fraction de l’aide promise aux pays pauvres a suffi pour obtenir ces résultats. Si le total des aides promises par les pays développés était versé, l’impact en serait décuplé.

Pour que l’aide au développement soit efficace, elle doit aussi être transparente. Les citoyens des pays développés et des pays en voie de développement devraient être en mesure de faire le suivi de l’argent et de demander des comptes à leurs dirigeants sur la façon dont les sommes sont dépensées. En 2011, à l’occasion du quatrième Forum de haute importance sur l’efficacité de l’aide tenu à Busan, les fournisseurs d’aide se sont engagés à mettre en place l’Initiative internationale de Transparence de l’Aide (IITA) d’ici à 2015. Ils ont également constitué un Partenariat mondial pour une coopération efficace (GPEDC) afin d’améliorer l’efficacité de l’aide et du développement. Ce partenariat a tenu sa première réunion à Mexico en avril 2014 et le document qui en a résulté inclus un renouvellement des engagements de Busan concernant la mise en œuvre de l’IITA pour 2015. Dans son index annuel sur la transparence de l’aide (Aid Transparency Index), la coalition Publiez ce que vous payez a montré que la transparence de l’aide au développement s’améliore, même si les progrès sont modestes et irréguliers. De nombreux fournisseurs d’aide n’ont pas respecté leurs engagements de Busan, visant à appliquer pleinement la norme de l’IITA en 2015.

La communauté internationale élabore également des outils en vue d’un financement durable du développement, notamment via des mécanismes de financement innovants. Par exemple, l’IFFIm (International finance facility for immunisation – Facilité internationale de financement pour la vaccination) utilise les promesses de financement des pays développés pour émettre des obligations (créances à long terme garanties par des gouvernements) sur les marchés financiers afin d’acheter des vaccins. Le mécanisme de « Garantie de marché » (Advance Market Commitments, AMC) est un accord utilisé par certains partenaires du développement (le Canada, l’Italie, la Norvège, la Russie, le Royaume-Uni, Bill and Melinda Gates Foundation) pour inciter les laboratoires pharmaceutiques à concentrer leurs efforts sur des maladies négligées, en leur garantissant un marché s’ils arrivaient à développer un vaccin pour protéger les enfants contre la pneumonie et la méningite. Ainsi, 7 millions de vies pourraient être épargnées d’ici à 2030. Les partenariats avec le secteur privé sont également essentiels. Le grand public peut soutenir le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme en achetant un produit (RED). Des mécanismes innovants de ce type ont permis de réunir un montant estimé à 50 milliards d’euros pour le développement, entre 2000 et 2008.