La pauvreté énergétique

Presqu’un tiers de la population mondiale n’a pas accès à l’électricité ou à des sources d’énergie modernes. Cette contrainte limite fortement le développement humain et la réduction de la pauvreté.

Le défi

Environ 19% de la population mondiale, soit environ 1,4 milliard de personnes, n’ont pas du tout accès à l’électricité. Le manque d’accès à l’électricité en Afrique reste l’un des freins les plus importants au développement de la région et à sa prospérité, et continue à enfermer des millions de personnes dans le cercle vicieux de l’extrême pauvreté. L’Afrique subsaharienne représente 13% de la population mondiale, contre seulement 4% de la demande globale d’énergie. En Afrique subsaharienne, trente-sept pays ont moins de la moitié de leur territoire électrifié. Cela cause plusieurs millions de décès évitables chaque année, diminue la qualité de vie des personnes et entrave la croissance économique.

En 2012, sur les 915 millions de personnes vivant en Afrique subsaharienne, près de 730 millions d’entre elles utilisaient la combustion du bois, de la bouse et des résidus agricoles pour se chauffer et faire la cuisine. L’inhalation des fumées et des cendres produites par ces moyens de chauffe traditionnels entraîne la mort de quatre millions de personnes supplémentaires chaque année, surtout parmi les femmes et les enfants. Cela représente plus de décès que les victimes du VIH et du paludisme combinés.

Le manque d’électricité entrave les services éducatifs et médicaux : en Afrique subsaharienne, environ un tiers de tous les centres de santé et écoles primaires, représentant 90 millions d’élèves et 255 millions de patients, n’ont pas accès à l’électricité. En Afrique, près de 60 % des réfrigérateurs utilisés dans les cliniques dépendent de sources d’électricité peu fiables et rendent donc difficile la conservation des vaccins et des médicaments. Les hôpitaux sont parfois contraints d’opérer sans lumière ou sans électricité pour les équipements, mettant sérieusement en danger la vie des patients et du personnel. Les enfants qui n’ont pas accès à l’électricité ont des difficultés à faire leurs devoirs le soir, ce qui a pour conséquences un retard dans leur éducation et un frein à la réalisation de leur potentiel.

La croissance du PIB des pays qui ont un accès insuffisant à l’énergie (moins de 80 % de la population reliée au réseau) en pâtit considérablement. Sans accès fiable au réseau électrique, de nombreuses entreprises doivent utiliser des générateurs au diesel pour pouvoir maintenir leurs activités. Cela coûte environ trois à six fois plus que le coût moyen mondial d’un accès au réseau électrique. La croissance des entreprises, la création d’emplois et la fourniture des services essentiels sont impossibles sans un accès abordable et fiable à l’électricité.

Dans 37 pays d’Afrique subsaharienne, le nombre de personnes sans accès à l’électricité a augmenté depuis 2000. Cela s’explique par une croissance démographique plus rapide que les plans d’électrification. Sans mobilisation pour résoudre cette problématique, près de 645 millions de personnes en Afrique subsaharienne n’auront toujours pas d’électricité en 2030, soit près de la moitié de la population estimée.

L’opportunité

La définition de ce problème comme une priorité politique et des investissements accrus peuvent contribuer à changer cette situation. Des pays comme la Thaïlande ont montré qu’il est possible de passer de 25% à près de 100% de la population ayant accès à l’électricité, en seulement dix ans. La même chose peut être rendue possible en Afrique. Le renforcement de l’accès à l’électricité et à l’énergie sur le continent implique une meilleure gouvernance, une forte croissance économique continentale et des avancées technologiques dans le secteur de l’énergie.

Une dynamique politique s’est enclenchée. Reconnaissant l’importance de l’énergie pour le développement durable, l’Organisation des Nations Unies a reconnu 2012 comme l’Année internationale de l’accès à l’énergie durable, et 2014 a marqué le démarrage d’une « Décennie de l’énergie renouvelable pour tous ». Une initiative associée a également été créée en vue de réunir entreprises, gouvernements, investisseurs, associations et milieux académiques, afin d’assurer un accès universel aux services énergétiques modernes d’ici à 2030. Vingt-six pays africains ont saisi cette opportunité pour exprimer l’importance qu’elles accordent à l’accès à l’énergie pour la croissance économique et le développement. Ils sont maintenant sont en train d’élaborer des plans pour lutter contre la pauvreté énergétique de leur pays.

Le comité de personnalités de haut niveau du Secrétaire général des Nations-Unies sur l’agenda du développement post-2015 a également reconnu le rôle essentiel de l’accès à l’énergie pour l’avenir du développement. Un élan politique sans précédent se met en place autour de cette question, y compris sous la direction du Secrétaire général des Nations-Unies, Ban Ki-Moon, et du président américain, Barack Obama. Mais il est désormais crucial de traduire cet élan en plan d’action. Il existe actuellement une opportunité venant des États-Unis.

Le Président Obama a lancé l’initiative « Power Africa » en juin 2013. Cette initiative du secteur privé vise à doubler l’accès à l’électricité en Afrique subsaharienne. Son objectif principal est d’ajouter plus de 10 000 nouveaux mégawatts d’électricité propre et d’augmenter l’accès à l’électricité pour au moins 20 millions de ménages et d’entreprises. Au Sommet des Chefs d’État africains, en août 2014, le Président Obama a annoncé qu’il souhaitait tripler ces objectifs en ajoutant une nouvelle capacité de production de plus de 30 000 mégawatts et augmentant ainsi de 60 millions les nouveaux accès à travers le continent. A ce jour, l’initiative « Power Africa » s’est engagée dans 281 transactions qui, une fois finalisées, génèreront une capacité totale de 26,207 mégawatts. « Power Africa » a également mobilisé près de 100 partenaires du secteur privé afin qu’ils s’engagent à financer des projets spécifiques pour un montant total de plus de 20 milliards de dollars, qui s’ajoutent à un engagement initial du gouvernement américain de 7 milliards de dollars.. Elle s’appuie sur l’immense potentiel énergétique de l’Afrique dont les énergies pétrolières, du gaz, géothermiques, l’hydroénergie, et les énergies éoliennes et solaires, notamment grâce aux investissements de la Banque export-import, la Société américaine de promotion des investissements à l’étranger (OPIC), la Millenium Challenge Corporation(MCC), et l’ONUSIDA en coopération avec le secteur privé.

Le Président Obama a signé le « Electrify Africa Act » le 8 février 2016, après deux années de plaidoyer ayant abouti à son adoption par les deux chambres du Congrès Américain. Cette loi garantit que le soutien aux efforts pour l’électrification de l’Afrique restera une priorité du gouvernement américain en matière de développement, et permettra d’aider les pays d’Afrique subsaharienne à moderniser leurs infrastructures énergétiques et à accroitre leur accès à l’électricité.

La pauvreté énergétique limite fortement le développement économique d’un pays, restreint les perspectives d’avenir de la population, touche les femmes de manière disproportionnée et piège des millions de personnes dans l’extrême pauvreté. S’attaquer à ce problème sera l’un des plus grands défis – et l’une des plus grandes opportunités de développement – pour l’Afrique dans les décennies à venir. Il est temps désormais de saisir cette occasion.