Agriculture

La croissance dans le secteur agricole est deux fois plus efficace pour réduire la pauvreté que celle dans d’autres secteurs d’activité.

Le défi

L’agriculture subsaharienne pourrait et devrait être prospère. Selon la Banque mondiale, cette région réunit toutes les conditions propices à l’autosuffisance alimentaire : des terres agricoles fertiles et de l’eau en suffisance, ainsi que des conditions climatiques suffisamment favorables. Le Fonds international de Développement agricole (FIDA), l’Africa Progress Panel et d’autres acteurs estiment que l’Afrique est non seulement en mesure de nourrir ses habitants mais qu’elle pourrait aussi devenir un important fournisseur de denrées alimentaires pour le reste du monde.

Pourtant, l’Afrique est loin de réaliser ce potentiel. Le secteur africain de l’agriculture a été trop longtemps négligé. Pendant de nombreuses décennies, les gouvernements africains n’ont pas investi dans ce secteur de manière appropriée et ils ont omis de mettre en place un environnement politique et réglementaire favorable à la prospérité des petits exploitants agricoles. Alors que l’Asie profitait d’une forte augmentation des dépenses domestiques dans ce secteur, en Afrique, les dépenses publiques en faveur de l’agriculture n’ont pas évolué durant les années 1980 et 1990, stagnant à de très faibles niveaux. Parallèlement, le soutien des bailleurs de fonds au secteur de l’agriculture a diminué de 72% entre 1988 et 2003.

En conséquence, l’Afrique enregistre aujourd’hui des rendements céréaliers presque aussi faibles qu’il y a plusieurs dizaines d’années, ne représentant qu’une infime fraction de ceux réalisés en Amérique latine et en Asie du Sud. L’Afrique est actuellement un acheteur net de denrées alimentaires qui doit faire appel aux importations pour nourrir une population croissante et de plus en plus urbaine. Le secteur agricole africain est confronté à plusieurs défis : le manque d’infrastructures,  la hausse du coût des engrais, l’accès difficile aux crédits et aux services publics  de vulgarisation agricole, les marchés imprévisibles et instables, le faible usage des technologies, auxquels s’ajoute une sécurité foncière limitée. Les femmes, qui représentent près de la moitié de la main d’œuvre du secteur agricole, ont systématiquement un accès plus limité aux ressources productives citées ci-dessus. Elles ne peuvent donc pas contribuer pleinement au développement du secteur. Par conséquent, les petits exploitants agricoles africains et particulièrement les femmes, sont toujours dans l’incapacité de produire assez de nourriture pour leur famille et de vendre leurs excédents sur les marchés pour se procurer des revenus.

L’opportunité

Libérer le potentiel du secteur africain de l’agriculture permettrait aussi de débloquer les capacités de développement du continent. L’agriculture est le premier moyen de subsistance en Afrique : la majorité des Africains tirent en effet leurs revenus de l’agriculture. Les femmes représentent près de la moitié de la main d’œuvre dans ce secteur.  Investir dans l’agriculture – en éliminant en particulier les disparités entre les hommes et les femmes – est l’un des meilleurs instruments de lutte contre la pauvreté en Afrique. Selon l’analyse l’Organisation des Nations unies pour l’Alimentation et l’Agriculture (ONUAA), la croissance du secteur agricole est onze fois plus efficace pour faire reculer la pauvreté que celle des autres secteurs.

Les revenus agricoles représentent environ 30 % du PIB du continent  et 56% de la population active en Afrique vit de l’agriculture. Lorsqu’ils ont accès aux marchés, les petits exploitants agricoles peuvent se procurer des revenus et créer ainsi un « effet multiplicateur » – ils envoient leurs enfants à l’école et stimulent l’économie, aidant ainsi à long terme leur communauté à sortir de la pauvreté. Et, fait crucial, si les agricultrices bénéficiaient elles aussi des investissements dans le domaine de l’agriculture, la productivité pourrait même progresser de plus de 20 à 30% en Afrique. Cela réduirait par la même occasion de 100 à 150 millions le nombre de personnes souffrant de la faim, en générant plus de produits sur les marchés, davantage de revenus pour les femmes et plus de nourriture pour les enfants.

Les bailleurs de fonds, le secteur privé et les dirigeants africains doivent investir dans l’agriculture africaine. Ces derniers doivent en particulier adopter des politiques de développement agricole et rural efficaces pour exploiter le potentiel de ce secteur. Les obstacles à la croissance agricole sur le continent sont bien connus : infrastructures insuffisamment développées, utilisation limitée d’engrais, difficultés d’accès aux services publics de vulgarisation et aux marchés, utilisation réduite des technologies et des intrants, et sécurité foncière limitée.

Nous sommes à un moment décisif pour l’agriculture africaine. Les gouvernements africains ont récemment pris des engagements historiques  pour améliorer le secteur agricole et les donateurs ont l’opportunité de soutenir ces engagements. Les gouvernements africains comme les donateurs ont récemment renouvelé ces engagements au sommet de l’Union africaine (UA) à Malabo, en Guinée Equatoriale. Les pays doivent maintenant convertir ces promesses en financements et réformes politiques concrètes, notamment au travers de l’amélioration de leur Programme détaillé de Développement de l’Agriculture en Afrique (PDDAA). Les progrès effectués ces dix dernières années sont indéniables. L’association d’une réelle volonté politique, d’investissements domestiques, d’aide accrue et de plans efficaces débouche sur des résultats impressionnants qui témoignent du potentiel de réduction de la pauvreté par le biais de l’agriculture. Des pays comme le Ghana, l’Éthiopie et le Burkina Faso ont enregistré une croissance rapide de leur secteur agricole, parfois supérieure à celle d’autres secteurs. Pourtant, de nombreux autres pays restent à la traîne, que ce soit en termes d’engagement, de ressources ou de résultats.

Maintenant que les dirigeants africains se sont réengagés à relancer l’agriculture, et alors que nous nous sommes lancés depuis un an dans la réalisation des Objectifs de développement durable, la dynamique politique s’accélère sur tout le continent. Les Objectifs de développement durable sont un signal clair envoyé aux dirigeants africains, soutenus par les donateurs, pour qu’ils s’engagent dans une véritable mutation de l’agriculture et qu’ils exploitent pleinement son potentiel de réduction de la pauvreté.