Sommet du G7 à Biarritz : des avancées, pas des promesses !

Sommet du G7 à Biarritz : des avancées, pas des promesses !

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Au rythme actuel, il faudra attendre 108 ans pour atteindre l’égalité entre les femmes et les hommes, voire plus longtemps encore dans les pays les plus pauvres de la planète. 26 des 27 pays les plus pauvres se trouvent en Afrique subsaharienne, où la pauvreté est actuellement en hausse. Si nous voulons atteindre les objectifs les plus ambitieux jamais fixés par l’humanité – les Objectifs de développement durable (ODD)  – il faut agir de toute urgence. Cela passe par des réformes politiques, par des  financements additionnels, mais aussi par des gouvernements qui se tiennent à leurs engagements et en rendent des comptes aux citoyens.

Le sommet du G7, qui aura lieu à Biarritz en août, réunira les dirigeants des sept plus grandes économies mondiales, ainsi que des dirigeants d’Afrique et du reste du monde. Ils doivent profiter de cette rencontre pour accomplir des progrès immédiats et durables sur les ODD – notamment sur ceux liés à l’égalité femmes-hommes.

DES CHANGEMENTS POLITIQUES ET LEGISLATIFS Nous appelons tous les pays participant au sommet du G7 à introduire deux nouvelles lois ou politiques pour promouvoir l’égalité des genres d’ici à 2022. À titre d’exemple, notre campagne – menée en partenariat avec l’artiste sénégalaise Black Queen – réclame l’adoption rapide d’une loi criminalisant le viol, encore considéré comme un simple délit au Sénégal. Par ailleurs, les pays doivent se débarrasser au plus vite des lois sexistes. Il est inacceptable que des lois réprimant les droits des femmes existent encore en 2019.

DES ENGAGEMENTS FINANCIERS Lors du sommet de Biarritz, les pays du G7 devraient s’accorder sur une enveloppe budgétaire qui sera dédiée aux femmes et aux filles dans les pays les plus pauvres d’Afrique, et les pays africains devraient en faire la priorité dans leurs budgets. Ces trois prochaines années, 1,5 milliard d’euros seront nécessaires pour réaliser de véritables progrès.

Une partie de cette aide devrait provenir de dépenses ciblées : au moins 85 % de l’aide internationale devrait avoir pour objectif de contribuer à l’égalité femmes-hommes, dont 20 % pour des projets ciblant spécifiquement les femmes et les filles. Une autre partie doit provenir des budgets nationaux des Etats africains et cibler des initiatives qui auront un impact immédiat sur la vie des femmes.

Dans ce contexte, plus de fonds sont nécessaires pour l’éducation des filles. Nous devons doubler l’aide prévue pour l’éducation dans la région du Sahel d’ici à 2022, et dans le reste de l’Afrique d’ici à 2025. Les gouvernements africains devraient s’engager à dédier 20 % de leurs budgets à l’éducation d’ici à 2022 et s’assurer que leurs politiques nationales prennent en compte les besoins spécifiques des jeunes filles.

Pour que les femmes puissent avoir accès aux services bancaires en ligne, les gouvernements devraient financer la proposition de la Fondation Gates, qui permettra à 240 millions de femmes en Afrique d’accéder aux services financiers numériques.

Des fonds doivent être rapidement mis à disposition pour soutenir les organisations locales de défense des droits des femmes qui sont en première ligne de la promotion de l’égalité femmes-hommes en Afrique, et pour soutenir des initiatives contre les violences sexuelles , comme la Fondation du Dr Denis Mukwege, lauréat du prix Nobel en 2018. Les gouvernements devraient également réserver davantage de fonds pour les femmes entrepreneuses, en soutenant par exemple l’initiative AFAWA (pour favoriser l’accès des femmes au financement en Afrique) menée par la Banque africaine de développement.

[i] Dont AFAWA et We-Fi

[ii] Engagement actuel des États-Unis: minimum de 50 en 2019, dans le but d’atteindre 300 dans un avenir proche.

[iii] Les pays du G7 devraient soutenir ces engagements en promettant d’augmenter l’APD pour la mobilisation des ressources domestiques à 0,5 % de l’APD totale d’ici à 2022.

UN MECANISME DE REDEVABILITE INDEPENDANT

Afin de garantir des changements politiques et la poursuite des avancées après Biarritz, un nouveau mécanisme de redevabilité axé sur l’égalité femmes-hommes devrait être créé et pourrait s’inspirer du Partenariat pour un Gouvernement Guvert (PGO), une initiative multilatérale créée pour pousser les pays à être plus ambitieux et efficaces dans la mise en place de réformes liées à la transparence et la lutte contre la corruption.

En s’inspirant du PGO, les critères de réussite d’un tel mécanisme (qui pourrait s’appeler l’Alliance Mondiale pour l’Egalité de Genre ) sont :

  • Une approche multipartite : le mécanisme devrait réunir les gouvernements, mais aussi la société civile et le secteur privé, qui seraient des membres actifs tout au long du processus.
  • Une envergure mondiale : le mécanisme devrait être lancé à Biarritz, mais dès son lancement il devra aller au-delà du format seul du G7, en commençant par les pays non-membres du G7 invités au sommet de Biarritz.
  • Des critères d’éligibilité minimaux : Des critères de base (comme l’abolition d’un certain nombre de lois sexistes) doivent être établis pour s’assurer que les pays qui ont rejoint l’initiative font preuve d’une réelle volonté politique pour s’améliorer dans le domaine de l’égalité femmes-hommes.
  • Des plans d’action nationaux : Fondés sur des engagements « SMART » (Spécifiques, Mesurables, Ambitieux, Réalistes, Temporellement définis) qui s’appuieraient sur les recommandations du Conseil consultatif pour l’égalité femmes-hommes du G7, le cadre de la Convention de l’ONU sur l’élimination de toutes les formes de discriminations à l’égard des femmes ainsi que d’autres normes existantes, les plans nationaux seraient ainsi liés aux ODD et adaptés aux besoins des pays. Ces engagements, bien qu’ils soient axés sur des changements législatifs et politiques, devraient également inclure des ressources financières nécessaires à leur mise en œuvre.
  • Un examen indépendant: Un mécanisme de redevabilité indépendant constitué d’experts sur l’égalité femmes-hommes serait chargé de contrôler et d’évaluer la qualité des engagements SMART et leur mise en œuvre au fil du temps.
  • Un élan politique mondial : Pour maintenir cette dynamique de changement, les membres de l’Alliance devraient se réunir tous les deux ans entre chefs d’État. Alors que le sommet de Biarritz permettrait de promouvoir le lancement de l’Alliance, la première véritable rencontre entre les chefs d’État et de gouvernement devrait avoir lieu en marge de la conférence de Pékin +25, puis tous les deux ans. Entre ces sommets, des rencontres au niveau régional seront organisées et une petite structure de secrétariat, hébergée par une institution existante et légitime sur l’égalité femmes-hommes, prodiguera des conseils et une assistance aux pays.

Les chefs d’État à Biarritz doivent permettre un suivi indépendant de leurs engagements, s’engager à travailler avec la société civile, mettre en place l’Alliance ou un autre mécanisme similaire dans le cadre de leurs engagements pris envers l’égalité femmes-hommes., et charger une institution pertinente de développer la structure opérationnelle de l’Alliance d’ici à la fin de l’année.

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