Séparés par le conflit: « Mon mari vit dans un camp de réfugiés différent du mien »
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A 25 ans, Rebecca Ajah se remettait de la naissance de ses jumeaux quand un conflit a éclaté en 2013 dans le Jonglei, sa région natale, au Sud Soudan. Accompagnée de ses enfants, elle partit de sa maison et trouva refuge à Juba, la capitale, dans un camp de protection des civils des Nations Unies. Son mari, qui étudiait à ce moment-là dans une autre région fut placé dans un autre camp de réfugiés, à 520 km de là.

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Le camp de protection des civils à Juba, où Rebecca vit actuellement. (Crédit photo : Carolyn Thompson)

J’ai décidé de fuir avec mes jumeaux de 3 mois dès le début des violences. C’était vraiment une période difficile pour moi. J’ai fini par arriver au camp des Nations Unies à Juba. A ce moment-là, mon mari étudiait dans une université de la région du Haut-Nil, au Nord du pays. Il a dû fuir, lui-aussi, pour survivre et trouver une protection. Il a été placé dans un camp différent du mien, dans une autre région. Je n’ai pas encore pu le voir, mais nous avons pu nous parler il y a maintenant deux mois. Je reste sans nouvelles depuis.

Je n’ai même pas pu prendre des affaires quand je suis partie de chez moi. J’ai juste pris les enfants, j’ai commencé à courir, et c’est comme ça que je suis arrivée ici. J’avais un de mes fils sur le dos, et un autre dans les bras. J’étais tellement effrayée. Encore aujourd’hui, j’ai du mal à réaliser que nous ayons survécu, parce que ce n’était vraiment pas simple avec des enfants en bas âge.

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Une cérémonie solennelle dans le camp de protection des civils à Juba où Rebbeca vit actuellement. (crédit photo : Carolyn Thompson)

J’aimerais pouvoir travailler pour gagner de l’argent, mais pour l’instant, ce n’est pas possible  Nous pouvons uniquement compter sur l’aide des Nations Unies. Ils nous offrent des repas et tout ce dont nous avons besoin, mais malgré tout, je sais que ce n’est pas une vie de rester dans ce camp. Si les violences continuent comme ça au Sud Soudan, je ne vois pas d’avenir possible. Les gens se font tuer et déplacer. Je m’inquiète pour l’avenir de mes enfants. Ce n’est pas bon pour eux que je les élève dans un camp comme celui-là.

Il y a deux jours, une rixe a éclaté entre des jeunes et les forces de sécurité. Il y a eu des tirs à l’extérieur du camp. Nous pouvions les entendre très distinctement. Certaines personnes du coup ont voulu se sauver. Je me suis alors sentie très angoissée : ça me rappelait les violences que j’avais connues à Jonglei. Je me suis alors allongée à plat ventre sur le sol avec mes enfants.

Je ne veux pas que mes garçons grandissent dans le camp. Ils ont déjà passé 3 ans ici et je ne veux pas qu’ils considèrent ce camp comme leur foyer permanent. Mon mari est un homme bien. Il me manque beaucoup. J’aimerais le retrouver pour qu’on puisse élever nos enfants ensemble. Mais compte tenu de l’insécurité qui règne dans le pays, c’est difficile de se voir. Si nous avions le choix, je me rendrais dans son camp ou il viendrait me retrouver ici, mais c’est impossible. Tout ce que nous pouvons faire, c’est attendre et espérer que notre pays puisse un jour retrouver un climat de paix.

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Une cérémonie solennelle dans le camp de protection des civils à Juba où Rebbeca vit actuellement. (crédit photo : Carolyn Thompson)


En décembre 2013, un conflit a éclaté au Sud Soudan, le pays le plus jeune du continent africain, deux ans après avoir obtenu son indépendance. Une querelle entre le Président Salvir Kirr et son adjoint Riek Machar a mené à un conflit qui a causé la mort de 50 000 à 100 000 personnes et qui en a déplacé plus encore, selon les estimations de l’ICG (International Crisis Group). Ces chiffres ne cessent d’augmenter, alors que le conflit continue toujours en 2016.

Signez la pétition. Les enfants réfugiés ont déjà perdu leurs maisons. Nous nous devons de préserver leur avenir.

Ce blog a été adapté de l’anglais par Lucile Quatreboeufs, assistante Campagnes chez ONE France. 

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