L’Afrique peut-elle changer les règles du jeu ?

Cette semaine, dans Ondes de Choc : Nous examinons les progrès réalisés dans la mise au point d’un vaccin contre le paludisme, les records battus lors des réunions de printemps de la Banque mondiale et du FMI, et le rôle de l’Afrique dans une nouvelle vision de la finance mondiale.

ACTUALITÉS

La partie émergée de l’iceberg : La faim et les coupures d’électricité sont les symptômes immédiats des retombées économiques mondiales, avec une croissance qui devrait stagner à 3,6 % en 2022 et atteindre 4 % en 2023. Le Sri Lanka est déjà en situation de défaut de paiement, et une analyse de Bloomberg suggère que la Turquie et l’Égypte pourraient être les prochains, suivies potentiellement par la Tunisie, le Ghana et l’Éthiopie. Par ailleurs, les gouvernements devraient se méfier de la hausse des prix des denrées alimentaires, qui, associée aux réponses inefficaces des gouvernements ou à la corruption, a par le passé déclenché un certain nombre d’émeutes au cours des deux dernières décennies. Dans le même temps, la Russie s’efforce de se dédouaner des ses responsabilités en affirmant que les problèmes de sécurité alimentaire seraient dus aux sanctions occidentales à son encontre plutôt qu’à son invasion de l’Ukraine.

Les ministres des finances se retirent : Dans une première historique, aucun communiqué n’a été publié à l’issue de plusieurs réunions clés lors des réunions de printemps de la Banque mondiale et du FMI la semaine dernière, y compris une réunion des Ministres des Finances du G20 la semaine dernière. De plus, les Ministres des Finances du G20 se sont retirés lorsque la Russie a commencé à s’exprimer… une action qu’on a plutôt l’habitude de voir de la part de militants radicaux.

Il est temps d’adopter de nouvelles règles : Lors de ces réunions de printemps, les groupes d’intérêt africains ont demandé (une nouvelle fois) que le conseil d’administration du FMI accueille un Président originaire d’Afrique subsaharienne. Cette demande s’inscrit dans le cadre d’un programme plus large en faveur d’un “nouveau Bretton Woods” – une restructuration et une réimpression de la conférence de 1944 qui a ouvert la voie à la création de la Banque mondiale et du FMI. La sous-secrétaire des Nations unies, Vera Songwe, s’est jointe à l’appel en faveur d’un rôle accru de l’Afrique en tant que chef de file et a demandé plus de “vélocité et de volume dans les flux financiers“, c’est-à-dire plus de Droits de Tirage Spéciaux (DTS) et des mécanismes plus efficaces pour les recycler et y accéder. Bravo !

Cadre commun : Lors des réunions de printemps, le comité chinois a rejoint le comité des créanciers pour la restructuration de la dette de la Zambie ; un grand pas en avant pour le pays qui attend depuis un an et demi que ses créanciers officiels forment un comité de négociation au titre du Cadre commun du G20 pour commencer à restructurer sa dette extérieure, qui s’élève à 17,3 milliards de dollars. Aucun des trois pays qui ont demandé à bénéficier du Cadre commun n’est parvenu à un accord à ce jour. Cela laisse ces pays dans l’incertitude et d’autres pays endettés hésitent à se porter candidats.

On y est presque : 12 pays se sont engagés à verser un montant historique de 40 milliards de dollars en Droits de Tirage Spéciaux au Fonds pour la Résilience et la Durabilité, qui vise à aider les pays à se préparer au changement climatique et aux futures pandémies. Il manque 5 milliards de dollars pour atteindre l’objectif du FMI, mais cela représente tout de même un progrès notable. La Belgique a également fait part de son intention de s’associer à cet engagement. Au total, 60 milliards de dollars ont été promis en DTS par rapport à l’objectif de 100 milliards de dollars du G20, l’Arabie saoudite ayant promis un montant record de 66 % de l’allocation qu’elle a reçue du FMI en août. Le pays a alloué la plupart de ces DTS à l’Égypte, qui est confrontée à des difficultés majeures en raison de sa dépendance vis-à-vis de la Russie et de l’Ukraine pour le blé. Mais cela signifie aussi que l’hôte de la conférence COP sur le climat de cette année est dans la poche d’un pétro-État. 🤔

Block-chained : La République centrafricaine est devenue le deuxième pays au monde à approuver le Bitcoin comme monnaie légale. Seulement 11,4 % des habitants de la RCA ont accès à Internet, ce qui est nécessaire pour acheter, vendre et échanger des Bitcoins. Les législateurs ont approuvé cette décision à l’unanimité, et les dirigeants ont déclaré qu’elle plaçait la RCA “sur la carte des pays les plus audacieux et les plus visionnaires du monde.” Ses détracteurs, dont le FMI et l’opposition centrafricaine, mettent en garde contre la volatilité du Bitcoin, dont la valeur a déjà chuté de 30 % en une seule journée. La RCA entretient également des liens étroits avec la Russie, ce qui laisse penser que cette initiative pourrait s’inscrire dans le cadre d’un jeu de pouvoir géopolitique plus large, le pays cherchant à relâcher ses liens avec la France – son ancien colonisateur à l’origine de la monnaie utilisée par la RCA et d’autres pays d’Afrique de l’Ouest – mais c’est une autre histoire.

L’histoire de deux vaccins : C’est la Semaine mondiale de la vaccination, et un nouveau vaccin contre le paludisme, dont le développement est presque terminé, pourrait sauver des dizaines de milliers de vies chaque année. Le paludisme tue près d’un enfant chaque minute, ce qui représente 700 000 décès pour la seule année 2020. Paradoxalement, cette avancée tant attendue qui pourrait changer des vies intervient alors que les vaccins pour le COVID-19 sont en surabondance, mais que l’inégalité face aux vaccins persiste. Seulement 16 % des personnes vivant en Afrique sont entièrement vaccinées. Ce chiffre tombe à moins de 13 % pour les habitants des pays à faible revenu. Le Ghana a lancé une nouvelle campagne de vaccination, mais la distribution reste un défi. Pendant ce temps, les cas sont de nouveau en hausse en Afrique du Sud : les taux de positivité ont augmenté pour le sixième jour consécutif pour atteindre un peu plus de 17%. Et, roulement de tambour… Pfizer a été accusé d’empêcher les acheteurs de partager le prix de ses antiviraux COVID-19 tant convoités, en faisant pression sur l’UNICEF pour qu’il signe des documents de non-divulgation.

Une chose à la fois ? : Avec l’augmentation des inégalités en matière de santé, de plus en plus de voix s’élèvent pour que l’on cesse de se concentrer sur une seule maladie à la fois. Les efforts concertés pour lutter contre le COVID-19 ont contribué à diminuer les investissements contre d’autres maladies depuis le début de la pandémie. Les décès dus au paludisme et à la tuberculose ont augmenté en 2020, et le dépistage du VIH a diminué de 22 %. Alors que certains experts appellent à se reconcentrer sur les efforts de vaccination contre le COVID-19 dans les pays où les taux de vaccination sont faibles, d’autres préconisent de se préparer à la prochaine pandémie. Les gouvernements qui dépendent de donateurs pour financer leurs systèmes de santé sont pris entre deux feux, craignant que l’attention et les ressources dont ils ont bénéficié pendant la pandémie ne disparaissent au fur et à mesure que le reste du monde se détourne de la pandémie. Considérez ceci comme votre rappel hebdomadaire que la pandémie n’est pas terminée.

Le Big Bug Bang : Les insectes du monde entier sont confrontés à une double menace existentielle. Une nouvelle étude a révélé une baisse de 63 % du nombre d’insectes dans les zones agricoles soumises au stress climatique et à la dégradation de leur habitat naturel. Et si l’agriculture est l’une des responsables du réchauffement climatique, elle en subit également les conséquences : l’Afrique a déjà enregistré une perte de croissance de la productivité agricole de 40 %. Étant donné que 87 % des cultures dépendent des insectes pour survivre, une telle baisse ne présage rien de bon. Les experts accusent le changement climatique d’être à l’origine du récent déluge historique qui a déversé en 48 heures près d’une année de précipitations en Afrique du Sud, tuant environ 450 personnes. Le Président Ramaphosa a déclaré qu’il était temps d’agir contre le changement climatique, bien que le pays soit fortement dépendant de la combustion du charbon pour son énergie.

Etiqueter et tracer : Un important organisme international créé pour lutter contre le travail des enfants et les profits des milices dans l’exploitation des minéraux rares a été accusé de blanchir du minerai contaminé en provenance de la République démocratique du Congo. La mission de l’International Tin Supply Chain Initiative (ITSCI) est de marquer et de tracer les chaînes d’approvisionnement en tantale, étain et tungstène (3T). Dans une région, 80 % des 3T ont été étiquetés par l’ITSCI, ce qui indique qu’elle a probablement absorbé des minéraux obtenus sans scrupules. Ces minéraux sont nécessaires à la transition vers l’énergie verte.

L’ÉQUIPE DE ONE EN ACTION : 

  • Lobbying, cabinets de conseil, transparence des multinationales et taxe sur les transactions financières : on aborde tous les sujets qui comptent avec l’ancien Secrétaire d’État chargé du Budget, Christian Eckert, dans l’épisode du podcast ONE World de cette semaine.
  • « Chaque minute, un enfant de moins de 5 ans meurt du paludisme dans le monde ». Cette maladie mortelle, évitable, continue à gagner du terrain, soulignent, à l’occasion de la Journée mondiale de lutte contre le paludisme, dans une tribune au « Monde », des scientifiques et des responsables associatifs, parmi lesquels Najat Vallaud-Belkacem, Directrice France de ONE. Ils appellent le président français à augmenter la contribution au Fonds Mondial.

LES CHIFFRES :

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