Pandémie de fuite des cerveaux

Un tour d’horizon des dernières actualités, statistiques et analyses de l’impact du COVID-19 en Afrique. Au menu cette semaine, un coup d’État au Burkina Faso qui menace une lutte contre le COVID-19 déjà en péril, les pays africains qui perdent leurs travailleurs de la santé au profit des pays riches, et COVAX qui fait face à un problème de trésorerie.

Actualités 

L’herbe est toujours plus verte ailleurs : Chaque mois, environ 1 000 travailleurs de la santé quittent les pays africains, les Philippines et les Caraïbes pour s’installer aux États-Unis. En France, plus de 20 % des médecins et des infirmières sont nés à l’etranger. Les pays à haut revenu profitent de l’arrivée de travailleurs de la santé étrangers en compensant la faiblesse de leur planification et de leurs ressources, mais les pays à plus faible revenu perdent leurs précieux travailleurs de la santé. Le CDC d’Afrique a demandé l’élaboration d’un plan visant à renforcer leur système de santé, en mettant l’accent sur le retour au pays du personnel de santé des diasporas. Un traité régional sur les soins de santé conclu par l’Union africaine permettrait de remédier aux déséquilibres qui contribuent au problème de la fuite des cerveaux. Bien que les services de santé du monde entier aient déjà subi de nombreux coups pendant la pandémie, mieux vaut tard que jamais.

Coup dans l’eau contre le COVID : Alors que plus de 3,5 millions de personnes ont déjà besoin d’une aide humanitaire cette année au Burkina Faso, le coup d’État de cette semaine, condamné par Emmanuel Macron, pourrait encore aggraver la situation. Le chef du coup d’État, Paul-Henri Sandaogo Damiba (qui a étudié en France), est connu pour avoir critiqué les manquements du Président Kaboré contre l’insécurité due aux attaques des terroristes islamiques. Mais les djihadistes pourraient être les gagnants dans ce scénario, l’armée étant maintenant plus occupée par la consolidation du pouvoir après le coup d’État. Dans un pays où seulement 3,6 % de la population est entièrement vaccinée et où plus de la moitié de la population a un apport alimentaire insuffisant en janvier 2022, l’instabilité supplémentaire exacerbe l’impact économique et sanitaire du COVID-19.

Pas encore tirés d’affaire : Le FMI a prévu une baisse de la croissance mondiale en raison de l’inflation induite par le COVID-19. Alors que les problèmes dans les chaînes d’approvisionnements ont déjà réduit de 0,5 à 1 % les prévisions de croissance, le FMI souligne que les objectifs mondiaux en matière de vaccination sont essentiels pour résoudre les problèmes économiques. Ainsi, si certains annoncent une possible et optimiste fin de crise en Europe, le reste du monde est confronté aux conséquences à long terme de la pandémie, sans même parler du virus. Faisant fi de la menace de l’apparition de nouveaux variants, l’Europe semble oublier que seuls 5,3 % de la population des pays à faible revenu sont entièrement vaccinés.

Inflation en sachets : La flambée des prix des articles ménagers au Nigeria entraîne un rationnement drastique dont l’impact se fait déjà sentir. De l’huile de cuisson aux articles sanitaires, tout est rationné en petits sachets car les quantités standards deviennent inabordables en raison de la hausse des prix. Les femmes en paient particulièrement le prix, puisque les paquets de protections périodiques sont passés de huit à deux serviettes (même si huit n’était déjà pas suffisant) et que les mères ont de plus en plus de mal à nourrir leurs enfants. Le président du Nigeria a reconnu le problème en prolongeant les subventions des carburants. En Europe aussi la taux d’inflation est monté jusqu’à 5 %, la plus haute augmentation depuis des années 1990. Mais les conséquences pour l’Europe sont faibles comparées avec l’inflation en Éthiopie qui n’a jamais été aussi élevée depuis dix ans, alors que la guerre civile qui dure depuis 14 mois ajoute de la pression à une économie déjà affectée par le COVID-19.

Enfants en danger : Jusqu’à présent, les données ont montré que le COVID-19 avait un impact moins grave sur les enfants. Ce n’est pas forcément le cas en Afrique subsaharienne où les enfants de moins de un an hospitalisés à cause du COVID ont 5 fois plus de risques de mourir que les adolescents. Le taux de mortalité de 8% chez les enfants de la région est bien supérieur au taux de mortalité de 1 à 5% des enfants dans les pays à revenu élevé. Les pays qui ont fourni des données pour cette étude ont des taux de vaccination de 0,2 % en RDC, 9,9 % au Ghana, 9 % au Kenya, 2,4 % au Nigeria, 2,7 % en Afrique du Sud et 4,1 % en Ouganda, alors que seulement 10,5 % de tout l’Afrique est entièrement vaccinée.

Pandémie de violences conjugales :  Pendant le confinement au Kenya, les cas de violences domestiques sont grimpé en flèche et ont augmenté d’au moins 300 %. Outre les violences physiques, les abus économiques auraient laissé les femmes prises au piège et incapables de se procurer les produits de première nécessité. Mais le problème est largement répandu, ONU Femmes signalant une augmentation des appels aux lignes d’assistance téléphonique pour les violences domestiques dans de nombreux pays. Une tendance présente aussi en France, ou plus de 44 000 appels aux urgence ont été enregistrés rien que pendant le premier confinement en 2020.

Les comptes qui comptent : Près des deux tiers des contrats d’équipement COVID attribués par le gouvernement sud-africain ont été jugés “irréguliers, illégaux ou frauduleux” dans un rapport récemment publié par l’unité d’enquête spéciale du pays. Ces contrats, d’une valeur de 14,3 milliards de rands (830 millions d’euros), comprenaient des équipements pour les hôpitaux et des services de santé publique – comme le nettoyage des écoles, par exemple. Le 25 janvier, le président Cyril Ramaphosa a condamné cette corruption “inacceptable” – un ton qui, espérons-le, encouragera le pays à engager des poursuites pénales contre les responsables des secteurs public et privé.

Pression extérieure : Un groupe de complotistes, originaires des États-Unis, du Royaume-Uni, d’Australie et des Pays-Bas, diffuse en Ouganda des informations erronées sur les vaccins, les masques et les confinements. Leur propagande soutient le mouvement ougandais “End Lockdowns Now”, qui a vu le jour en réponse aux mesures de confinement du COVID, l’un des plus longs et des plus sévères au monde qui vient de prendre fin cette semaine. Seuls 4 % des Ougandais sont entièrement vaccinés et le COVID est récemment devenu la deuxième cause de décès dans le pays.

Les caisses sont vides : Si l’on peut se réjouir de la livraison d’un milliard de doses grâce au mécanisme COVAX, leur distribution inégale pose question. En effet, 17 pays d’Afrique subsaharienne ont à peine reçu de quoi couvrir moins de 10 % de leur population, tandis que d’autres en ont reçu suffisamment pour vacciner 40 % de leur population. Et ça ne s’arrête pas là : COVAX est également à court d’argent. L’organisation ne pourra continuer son travail que si elle trouve les 5,2 milliards de dollars nécessaires à l’achat de seringues et d’autres accessoires pour l’administration de ces doses.

Les chiffres

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