Les Big Pharma innovent… pour mieux garder leurs secrets

Un tour d’horizon des dernières actualités, statistiques et analyses de l’impact du COVID-19 en Afrique. Cette semaine, dans Ondes de Choc : les usines de vaccins mobiles de BioNTech, les dépôts de brevets suspects de Moderna et la crise de la dette africaine alimentée par le COVID-19.

ACTUALITÉS

Gratter sous le vernis : BioNTech a annoncé le lancement d’usines de vaccins mobiles à but non lucratif pour augmenter la production de vaccins à ARNm en Afrique. Les modules, enfermés dans des conteneurs d’expédition et décrits comme une “solution clé en main” pour l’Afrique et d’autres régions à faible taux de vaccination, sont capables de produire jusqu’à 50 millions de vaccins par an. Les premières unités seront expédiées au Rwanda et au Sénégal (et plus tard à l’Afrique du Sud), le Ghana étant ensuite chargé du remplissage et de la finition. Le président ghanéen Nana Akufo-Addo s’est félicité de la nouvelle, remerciant “BioNTech et la Fondation kENUP pour leur contribution” à l’autonomie de l’Afrique. Cet éloge est… étrange : la semaine dernière, des documents ont fait surface montrant que kENUP, une société de conseil engagée par BioNTech, avait activement travaillé à saper les efforts de l’OMS pour produire des vaccins à ARNm sur le continent. 

Alerte au sabotage : Dans la famille des entreprises pharmaceutiques tentant d’empêcher l’autonomie de l’Afrique en matière de vaccins, je demande Moderna. Ces derniers ont déposé en Afrique du Sud de nombreux brevets susceptibles de compromettre la production de vaccins dans le pays. Moderna a promis de ne pas faire valoir les brevets de son vaccin COVID-19 à ARNm pendant la pandémie (tout en choisissant activement de ne pas en partager la propriété intellectuelle ou la technologie). Si Moderna  fait valoir ses brevets, cela freinera net les efforts de reproduction et de fabrication de masse de son vaccin à ARNm. Les dépôts de Moderna interviennent quelques semaines à peine après que des scientifiques sud-africains aient réussi à produire une réplique de son vaccin COVID-19. Coïncidence ? 

Cartes sur table : L’UE reste fermement opposée à une dérogation temporaire de la propriété intellectuelle sur les vaccins COVID-19 (bien que la France y soit favorable). Lors d’un débat organisé par ONE et POLITICO, un représentant de la Commission européenne a dû faire face à des questions plutôt musclées concernant cette position.  Espérons simplement que le leadership des pays du G7 la semaine prochaine ne sera pas aussi désastreux que les progrès vers l’objectif international de vacciner 70% de la population de chaque pays.

La fin justifie les moyens : Les analystes préviennent que le Ghana, le Kenya, l’Angola, l’Éthiopie et la Zambie seront confrontés à des risques majeurs d’endettement au cours des deux prochaines années, alors que les effets à long terme du COVID-19 commencent à se manifester. La Chine ayant réduit son soutien financier au continent, les pays vont devoir chercher d’autres solutions. Le ministre des Finances du Ghana a déclaré que son pays ne demanderait pas l’aide du FMI, sans doute par crainte des mesures d’austérité budgétaire qui accompagnent généralement ce type de soutien. Ainsi, alors que l’OMS annonce le début de la fin de la pandémie,  cela a une signification très différente selon le niveau de revenu de votre pays. La croissance économique des pays riches est aujourd’hui supérieure à ce qu’elle était avant la pandémie, tandis que celle de l’Afrique subsaharienne doit encore rebondir.

A coup de milliards : L’UE a annoncé 150 milliards d’euros pour soutenir les investissements dans les transports, l’énergie, l’éducation, le numérique et la santé en Afrique. Cette initiative est considérée comme un effort pour concurrencer la Chine, dont les banques de développement ont fourni 2,5 fois plus de soutien financier (23 milliards de dollars) à l’Afrique entre 2007 et 2020 que tous les autres pays réunis. Pendant ce temps, la Banque africaine de développement reste le plus grand investisseur multilatéral du continent, et la Société internationale de financement augmente ses investissements pour atteindre 10 milliards de dollars par an. 

Question de logistique : Les faibles taux de vaccination de l’Afrique reflètent à la fois les problèmes d’approvisionnement et, de plus en plus, de distribution. Dans de nombreux pays africains, la logistique nécessaire à la bonne distribution des vaccins est très en retard par rapport à la majorité des pays du monde et les grandes différences d’infrastructures entre les pays ont un impact direct sur les taux de vaccination. L’Afrique du Sud est l’un des pays les plus performants en matière d’administration et d’acheminements des vaccins, notamment en raison de sa grande économie, de son vaste réseau de services de santé et de ses ports.  En revanche, la faiblesse des infrastructures et l’importance de la population rurale du Malawi rendent difficile l’acheminement des doses dans la région. Le pays n’a administré que 67 % des doses qu’il a reçues (et seulement 5 % du pays est vacciné). Une initiative américano-africaine visant à exploiter les vastes réseaux du PEPFAR pourrait contribuer à relever ces défis dans peu de temps. 

Voyage voyage : Une cinquième vague pourrait entraver la reprise du secteur du tourisme dévasté par le COVID-19 en Afrique. Le Maroc a vu trois fois moins de touristes en 2021 par rapport à 2019, provoquant une chute des recettes de 8,6 milliards à 3,2 milliards de dollars. En Afrique du Sud, un tiers des agences de voyage tournent toujours en effectifs réduits. Au Kenya, le tourisme a chuté de 70 % mais les projets de conservation gérés par les populations autochtones ont poursuivi une intendance efficace malgré le manque à gagner des touristes. Une véritable leçon de préservation des ressources naturelles.

Résistance : L’Afrique compte plus de 90 % des 500 000 décès annuels dus au paludisme dans le monde, et les scientifiques préviennent aujourd’hui que le virus devient de plus en plus résistant aux médicaments. Certains s’inquiètent du fait que les efforts de surveillance de la maladie soient négativement impactés par l’attention et les ressources attribuées au COVID-19. Les données disponibles suggèrent qu’en 2019, les antiviraux ont été moins efficaces à hauteur de 10 % pour éliminer le virus au Rwanda et 20 % moins efficaces en Ouganda. De nouveaux antiviraux sont en cours de développement, mais il faudra attendre au moins 4 ans avant leur mise sur le marché. Un nouveau vaccin contre le paludisme est également sur le point d’être mis au point, juste à temps pour la création de l’Organisme africain de réglementation des médicaments, qui a reçu une injection de 100 millions d’euros à l’occasion du sommet UA-UE. Une nouvelle incroyable pour les progrès réalisés dans la lutte contre les maladies évitables : une femme semble avoir été la troisième personne dans l’histoire à être guérie du VIH.

L’ÉQUIPE DE ONE EN ACTION

  • Les jeunes activistes de ONE en Afrique et en Europe ont écrit aux représentants de l’UA et de l’UE, et ont été rejoints par une liste impressionnante de responsables politiques.
  • En vidéo : On cherche toujours un vaccin contre l’égoïsme de nos dirigeants.
  • A écouter : Nos jeunes Ambassadeurs et Ambassadrices de Reims parlent de leur engagement contre les inégalités dans le monde.

LES CHIFFRES

  • 25 millions : L’UE va jeter 25 millions de doses de plus que le nombre de doses qu’elle a donné à l’Afrique depuis le début de la pandémie…
  • 99% : C’est le pourcentage de vaccins que l’Afrique sub-saharienne importe.
  • 5 millions de travailleurs sont tombés dans la pauvreté en Afrique en 2020.
  • 188,2 millions de dollars : Les paiements de la dette de Djibouti en 2021, 3,5 fois plus élevés qu’en 2020.

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