L’impact du COVID-19 sur la lutte contre le VIH, le paludisme et la tuberculose

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Le COVID-19 a pratiquement paralysé le monde. Au niveau mondial, les cas de COVID-19 s’élèvent à près de 175 millions, avec plus de 3,7 millions de décès et pourrait faire basculer 150 millions de personnes supplémentaires dans la pauvreté d’ici fin 2021. Le COVID-19 a eu un impact particulièrement dévastateur sur les économies africaines, avec de graves répercussions en matière d’emploi, de sécurité alimentaire et d’éducation. Le COVID-19 a aussi entraîné d’importantes perturbations dans les services de santé dédiés aux maladies non transmissibles et infectieuses telles que la tuberculose, le VIH et le paludisme.

Dès le début de la pandémie, en mars 2020, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) appelait les pays à maintenir les services de santé essentiels pendant la pandémie de COVID-19, comme la prise en charge des maladies non transmissibles et des maladies infectieuses telles que le VIH, le paludisme et la tuberculose. Dans un rapport publié il y a un an, le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme alertait sur le fait que dans les pays les plus durement touchés par ces maladies, la hausse du taux de mortalité pourrait doubler en 12 mois et dépasser l’impact du COVID-19.

Pour comprendre les effets de la pandémie sur ces trois maladies et les mesures adaptatives qui ont été mises en place pour lutter à la fois contre le COVID-19 et ces maladies, nous avons posé quelques questions à Hervé Verhoosel, porte-parole d’Unitaid. Unitaid est une agence de santé mondiale qui s’emploie à trouver des solutions innovantes pour prévenir, diagnostiquer et traiter les maladies plus rapidement, plus efficacement et à moindre coût dans les pays à revenus faible et intermédiaire. Elle finance notamment des initiatives visant à lutter contre les maladies telles que le VIH/sida, le paludisme et la tuberculose. Membre clé de l’Accélérateur d’accès aux outils de lutte contre la COVID-19 (ACT-A), Unitaid met actuellement également son expertise au service de la lutte contre le COVID-19.

Quels ont été les effets du COVID-19 sur les programmes de lutte contre les maladies telles que le VIH, la tuberculose et le paludisme soutenus par Unitaid en Afrique subsaharienne et à quelles conséquences doit-on s’attendre ?

La pandémie a eu un impact négatif sur l’accès aux soins de santé partout dans le monde. Elle menace désormais de faire reculer les progrès réalisés dans la lutte contre le VIH, la tuberculose et le paludisme. Les mesures de restrictions de mouvements ont notamment entravé l’accès des patients aux tests de dépistage et aux traitements et ont modifié les comportements en profondeur, tant dans la manière d’administrer les soins que de les recevoir.

Les conséquences de la pandémie varient sensiblement d’une région et d’un pays à l’autre. Un article publié fin mai 2021 dans l’International Journal of Infectious Diseases souligne que « les effets indirects de la pandémie de COVID-19 risquent d’affaiblir considérablement les systèmes de santé en Afrique subsaharienne et d’entraîner une augmentation de l’incidence du paludisme, de la tuberculose et des infections liées au VIH ». De même, un rapport du Fonds mondial paru en avril 2021 estime qu’entre avril et septembre 2020, le dépistage du VIH a chuté de 41 % par rapport à la même période en 2019. L’orientation des malades de la tuberculose vers les étapes de diagnostic et de traitement a chuté de 59 % tandis que les diagnostics du paludisme ont baissé de 31 %.

Il est donc nécessaire de déployer rapidement des efforts adaptés pour garantir le maintien des mesures de dépistage afin que tous les cas soient bien détectés et éviter que les perturbations des services de santé ne mettent en péril les mesures de contrôle en place. La COVID-19 ne doit pas conduire à sacrifier les efforts engagés pour lutter contre ces maladies et contre les différentes flambées épidémiques locales.

Cette année marque les 15 ans de la création d’Unitaid et la célébration des 20 ans du Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme. Ces deux organisations sont nées du refus d’accepter que ces maladies pourtant traitables puissent continuer à prospérer et à se nourrir des inégalités d’accès aux outils de santé entre les pays à revenu élevé et les pays à revenus faible et intermédiaire. Plus que jamais aujourd’hui, l’élimination de ces trois maladies, inscrite dans les Objectifs de développement durable (ODD) des Nations Unies à l’horizon 2030 doit rester un cap. Le soutien capital de la France, pays fondateur et premier contributeur d’Unitaid pour ce travail de fond, est absolument crucial à cet égard.

Quelles mesures adaptatives et quelles solutions ont été mises en place dans les programmes pour lutter à la fois contre le COVID-19 et ces maladies ?

Depuis le début de la pandémie, Unitaid s’est appuyé sur l’agilité de son modèle pour s’adapter au contexte et adopter des mesures. Certains projets en cours de réalisation pouvant rapidement être mis à profit de la réponse à la pandémie ont été identifiés et renforcés, comme les initiatives de soutien aux capacités de diagnostic ou encore l’appui à de nouveaux essais cliniques. Par ailleurs, des dispositions ont été prises pour atténuer les risques opérationnels pesant sur les programmes en cours et préserver leur continuité. Il s’agit par exemple de la fourniture d’équipements de protection individuels pour les personnels de santé ou encore la mise en place d’un monitoring régulier de l’impact de la COVID-19 sur le portefeuille de projets.

Certains partenaires de mise en œuvre d’Unitaid ont également redéfini la manière dont ils interviennent auprès des populations cibles en offrant leurs services en ligne, en développant des canaux de communication via des technologies numériques (groupes WhatsApp, conseils au téléphone, formations en ligne) et en se rapprochant des communautés. En Afrique du Sud, par exemple, l’institut Wits-RHI (Reproductive Health and HIV Institute) s’adapte aux bénéficiaires en mettant en place des points de dépôt pratiques et en travaillant avec des organisations communautaires pour continuer à apporter la PrEp aux jeunes femmes les plus exposées aux risques de contracter le VIH.

Par ailleurs, plusieurs approches et outils innovants identifiés et mis à disposition dans des pays à revenus faible et intermédiaire peuvent aussi être efficaces, voire inspirer de nouvelles solutions contre la COVID-19. C’est notamment le cas de l’ensemble des approches soutenues par Unitaid visant à rapprocher, simplifier et accélérer le dépistage des patients. Par exemple, les autotests de VIH permettent d’effectuer rapidement un dépistage de manière autonome et dans des environnements décentralisés tout en respectant les règles de distanciation sociale. Les tests de diagnostic, plus simples à utiliser, plus rapides et ne nécessitant pas d’analyse en laboratoire pour la détection des cas de tuberculose multirésistante présentent les mêmes avantages.

On peut également citer l’exemple des technologies digitales qui permettent de rappeler aux patients atteints de tuberculose de prendre leurs traitements et de fournir des conseils médicaux à distance, réduisant ainsi les déplacements vers les centres de santé et la fréquence des interactions.

Toutes ces solutions innovantes ont plus que jamais démontré leur utilité dans le contexte de la pandémie et peuvent être une source d’inspiration pour développer des outils efficaces contre la COVID-19.

L’actualité récente nous a rappelé également à quel point l’oxygène médical est un médicament essentiel pouvant sauver des vies. Unitaid soutient déjà des initiatives destinées à faciliter l’accès à l’oxygène médical et à des outils permettant d’améliorer l’identification des détresses respiratoires chez les personnes les plus vulnérables. Il est possible de capitaliser sur ces expériences pour répondre à la pandémie actuelle.

Comment Unitaid a répondu à la crise du COVID-19 ?

Unitaid prend une part active au mécanisme de réponse mondiale à la pandémie de COVID-19, l’Accélérateur ACT (ACT-A), dont elle co-dirige, avec le Wellcome Trust, le pilier dédié aux traitements. Dans ce cadre, Unitaid surveille en temps réel le pipeline de recherche pour l’identification de médicaments contre la COVID-19. En parallèle, nous travaillons avec de multiples acteurs, pays, industriels, sociétés de biotechnologies, société civile, afin de déterminer quel traitement sera le plus efficace à quel stade de la maladie et pour planifier les capacités de production afin que les pays à revenus faible et intermédiaire puissent y accéder rapidement et en quantité suffisante.

Des progrès ont déjà été réalisés. Dès que nous avons eu la preuve que la dexaméthasone pouvait sauver la vie des patients hospitalisés atteints de formes graves de COVID-19, Unitaid a réservé près de 3 millions de doses, en lien avec Unicef, en juillet 2020. Ces doses ont été commandées à ce jour par plus de 12 pays en Afrique, en Asie, en Amérique centrale et au Moyen-Orient.

Pour le traitement de cas non sévères, Unitaid cofinance avec l’Allemagne la plateforme « ANTICOV », une vaste étude clinique pilotée par DNDi dans 13 pays d’Afrique afin de tester des médicaments prometteurs.

A travers plusieurs initiatives, Unitaid soutient également la mise à disposition de tests rapides antigéniques à des prix abordables pour les pays à revenus faible et intermédiaire.

La pandémie a mis en lumière un autre défi urgent qui est celui des pénuries en oxygène qui affectent durement certains pays à revenu faible et intermédiaire. On estime actuellement qu’1 million de personnes ont besoin de 2,8 millions de bouteilles d’oxygène par jour dans le monde. Afin d’y répondre, l’ACT-A a décidé de lancer un groupe de travail d’urgence pour l’accès à l’oxygène auquel Unitaid participe avec d’autres partenaires, dont Wellcome Trust et l’OMS, afin de préciser les besoins des pays et d’identifier des initiatives à soutenir.

Une grande attention est portée aujourd’hui sur la nécessité de faciliter un accès équitable aux vaccins. Mais si nous voulons venir définitivement à bout de la COVID-19, nous devons permettre l’accès à tous les outils, partout, et en même temps – tests, traitements, vaccins, oxygène médical – et renforcer les systèmes de santé. Là encore, la France a joué un rôle important à travers son soutien aux travaux engagés par le pilier traitement de l’ACT-A. Ces efforts doivent désormais être poursuivis. Pour 2021, les besoins de financement de l’ACT-A s’élèvent à plus de 16 milliards de dollars pour les traitements, les diagnostics et le renforcement des systèmes de soins. Ce volet reste largement sous-financé, notamment par rapport au pilier vaccins (COVAX).

Quels enseignements tirés des efforts réalisés dans la lutte contre le COVID-19 pourront être pris en compte dans la lutte contre ces maladies ?

La crise actuelle nous a rappelé que les épidémies ne connaissent pas de frontières et que tant que la sécurité sanitaire n’est pas assurée partout, elle n’est assurée nulle part. Permettre un accès équitable aux solutions de santé – objectif au cœur de la mission d’Unitaid depuis sa création – apparait donc désormais plus que jamais aux yeux de tous comme une nécessité urgente.

Elle a remis au cœur des discussions les questions liées aux droits de propriété intellectuelle, aux transferts de technologies et au renforcement des capacités de production locales. Certains modèles peuvent servir d’inspiration à l’image du Medicines Patent Pool (MPP), créé et soutenu par Unitaid, qui a permis de négocier le partage volontaire des licences pour des médicaments essentiels face au VIH, à l’hépatite C ou à la tuberculose, permettant ainsi de rendre accessibles ces traitements dans des pays gravement touchés.

La pandémie a également souligné le rôle essentiel joué par les communautés qui s’appuient sur les leçons tirées de la lutte contre d’autres épidémies pour combattre la COVID-19.  La réactivité des communautés engagées dans la lutte contre le paludisme a, par exemple, été remarquable. Fortes de leur expérience, elles ont su se mobiliser rapidement pour continuer à assurer la distribution de la chimio-prévention du paludisme saisonnier aux enfants de moins de cinq ans malgré les mesures restrictives dues à la pandémie. Les communautés jouent un rôle de premier plan dans la réponse à toutes ces maladies en se rendant au plus près des populations les plus marginalisées et en menant des actions de plaidoyer.

Enfin, elle révèle la nécessité d’investir dans la recherche et le développement de solutions innovantes et intégrées pour répondre efficacement à des épidémies pourtant toutes différentes.

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