Le paludisme à l’heure de l’épidémie d’Ebola

Le paludisme à l’heure de l’épidémie d’Ebola

malaria1Le 25 avril a été décrété Journée internationale de lutte contre le paludisme, par la communauté internationale de la santé. Cette journée est ainsi l’occasion de réfléchir aux ravages que fait le paludisme, aux progrès réalisés dans la lutte contre la maladie et au chemin qui reste encore à parcourir. Cette année, le contexte est quelque peu différent puisque la crise Ebola continue de sévir en Afrique de l’Ouest. D’un côté, nous pourrions être tentés d’affirmer qu’il ne faut pas perdre de vue notre combat contre Ebola sous prétexte que cette date du calendrier est « réservée » à une autre maladie. De l’autre, nous pourrions nous dire que malgré l’importance de la lutte contre Ebola, le paludisme a fait bien plus de victimes dans les pays touchés et qu’il importe donc de revoir nos priorités.

Ces deux points de vue se défendent mais je pense que, cette année, la meilleure façon de marquer cette Journée internationale est de reconnaître le lien étroit entre Ebola et le paludisme et de réfléchir à la façon dont nous pourrions nous inspirer des enseignements tirés de ces deux maladies pour lutter plus efficacement sur ces deux fronts.

Il y a, selon moi, au moins trois points communs entre Ebola et le paludisme. Tout d’abord, il est clair que des progrès sont possibles mais que relâcher nos efforts risque de faire reculer les avancées réalisées. S’agissant du paludisme, nous avons connu de grandes victoires : son taux de mortalité a été réduit de 47 % à travers le monde et plus d’un milliard de moustiquaires ont été distribuées depuis 2000, (source Fonds mondial) grâce notamment aux programmes soutenus par le Fonds mondial. Sur le front d’Ebola, nous avons fait reculer une épidémie qui était totalement hors de contrôle en automne dernier, avec plus d’un millier de cas par semaine, alors qu’aujourd’hui, seulement quelques dizaines de cas sont recensés dans le même laps de temps. Pourtant, ces deux maladies nous ont montré concrètement ce qu’il peut arriver lorsque nous baissons trop rapidement la garde. En ce qui concerne le paludisme, l’exemple de Zanzibar est éloquent. Alors que la maladie avait été pratiquement éliminée dans les années 1950 et 1960, une recrudescence a été constatée avant qu’elle ne soit officiellement éradiquée. En Guinée, de nombreux experts pensaient avoir maîtrisé l’épidémie d’Ebola au printemps 2014 mais, là aussi, elle a repris de plus belle – dans ce pays, la lutte contre Ebola n’est toujours pas terminée.

Autre parallèle entre le paludisme et Ebola : si le financement joue un rôle essentiel dans le combat contre ces maladies, il ne suffit pas à lui seul – il faut aussi une volonté politique et une réelle implication des communautés pour accomplir des progrès durables. Certaines avancées réalisées sur le front du paludisme ont été possibles grâce à l’intervention des dirigeants des pays les plus touchés par l’épidémie, qui ont fait de ce combat une priorité pour la nation et ses habitants. Au niveau local, la participation des communautés a permis d’améliorer la sensibilisation à la maladie, incité les habitants à se faire soigner et favorisé l’utilisation de moustiquaires. De la même façon, les efforts visant à associer les communautés locales à la lutte contre Ebola se sont révélés être une précieuse arme pour combattre les mythes et les préjugés. Cet engagement communautaire a encouragé un changement de comportement (y compris l’abandon des pratiques funéraires traditionnelles) et incité les habitants à être attentifs aux symptômes et à se faire soigner. Dans les deux cas, une approche exclusivement externe n’est pas suffisante pour réaliser des progrès rapides qui sont nécessaires pour éradiquer ces deux maladies.

Enfin, Ebola et le paludisme nous rappellent que les maladies infectieuses ne doivent pas être considérées de manière isolée – elles s’influencent mutuellement et ont aussi un impact sur le développement au sens large. L’épidémie d’Ebola a nui aux efforts de lutte contre le paludisme en Afrique de l’Ouest, c’est là un de ses dégâts collatéraux. Même si des partenaires comme le Fonds mondial, l’UNICEF, MSF et d’autres ont fait preuve de créativité pour maintenir leurs programmes, une série de campagnes de distribution de moustiquaires ont été interrompues ou annulées. Ainsi, selon les estimations de l’UNICEF, le nombre d’enfants traités contre le paludisme a diminué de 39 % rien qu’en Sierra Leone. Et des maladies comme Ebola ont bien d’autres conséquences que la mortalité. Elles diminuent aussi la probabilité qu’une femme enceinte donne la vie dans un établissement de santé adapté et survive à l’accouchement. Ces maladies ont aussi un impact économique. Selon les estimations de la Banque mondiale, le manque à gagner pour la croissance se chiffrera en 2015 à plus d’1,6 milliard de revenus pour les pays touchés par Ebola et les économistes ont calculé que le paludisme coûte chaque année au continent africain 12 milliards de dollars en productivité perdue.

Dès lors, en cette Journée internationale du paludisme (et toutes les autres), si nous ignorons le combat actuel contre Ebola et ses enseignements, ce sera à notre propre péril. Au bout du compte, un décès provoqué par le paludisme a le même impact dévastateur qu’un décès lié à Ebola. Au lieu de les opposer, la communauté internationale doit réaffirmer sa volonté financière et politique de lutter contre ces deux maladies et d’autres qui sont semblables, afin que personne – homme, femme ou enfant – ne meure d’une maladie qui peut être évitée.

 

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