Il y a 10 ans, Grace ne parlait pas la langue. Aujourd’hui, c’est la première de sa classe
Crise des réfugiés

Il y a 10 ans, Grace ne parlait pas la langue. Aujourd’hui, c’est la première de sa classe

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Lorsque Grace Kajabika a quitté la République démocratique du Congo pour l’Ouganda, il y a 10 ans, elle parlait uniquement le français. Apprendre une nouvelle langue faisait partie des nombreuses difficultés qu’elle a dû surmonter à l’âge de 8 ans, pour pouvoir étudier.

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Grace, dans la cours du lycée professionnel Bujubuli

« J’étais à l’école primaire, en CE1. Et la langue était tellement étrange », elle raconte. « Je me sentais très isolée. La plupart des enfants jouaient en parlant leur langue natale et je ne comprenais pas ».

Grace compte parmi des centaines de milliers de réfugiés qui sont arrivés en Ouganda. Selon l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), il y a plus d’un demi-million de réfugiés et de demandeurs d’asile dans le pays dont plus de la moitié sont des mineurs. Ces derniers doivent non seulement être réinsérés et intégrés dans une nouvelle communauté, ils doivent également trouver le moyen d’avoir accès à une éducation.

Des écoles se trouvent aux alentours de tous les camps de réfugiés, et les réfugiés ont le droit de s’inscrire. C’est une des politiques les plus progressistes en matière d’asile et de réfugiés que l’Ouganda ait mis en place et ce, depuis plusieurs années. Les réfugiés sont libres de se déplacer, peuvent aller à l’école et passent les mêmes examens nationaux que les Ougandais.

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Le lycée professionnel Bujubuli situé aux alentours du camp de réfugiés Kyaka II en Ouganda

Grace, la cadette d’une fratrie de 3 enfants, a une bourse fondée sur le mérite offerte par Windle Trust Ouganda, pour étudier au lycée professionnel Bujubuli. Ce dernier est situé à l’extérieur du camp de réfugiés Kyaka II, dans la région de Kyegegwa, à l’ouest de l’Ouganda, où la langue principale est le Rutooro.

Grâce à l’aide du gouvernement et d’ONG locales et internationales, le lycée Bujubuli a fait de l’éducation des réfugiés sa priorité, même si elle accueille des enfants locaux. Selon Esau Ddungu, le directeur de l’école, le système éducatif est similaire à celui des pays d’origine des réfugiés et les principales difficultés sont liées à la barrière de la langue.

On demande généralement aux étudiants réfugiés de s’inscrire à un ou deux niveaux en dessous pour faciliter la transition vers un système proposant des cours dans une autre langue, surtout s’ils viennent d’un pays francophone. Par exemple, si l’élève était au collège en classe de 3e, il serait inscrit en 5e.

Le directeur de l’école embauche aussi des réfugiés pour qu’ils enseignent à l’école.

« C’est très difficile de passer de sa maison à un abri dans un camp », explique-t-il. « J’ai un professeur de français qui vient du Rwanda. C’était un homme riche dans son pays. J’ai aussi eu un ancien juge originaire de la République Démocratique du Congo qui enseigne le Français. Vous pouvez imaginer ce que cette situation représente pour eux. C’est pourquoi nous devons aussi apporter un soutien aux professeurs ».

Construit par le HCR en 2004 avant d’être transféré à la communauté, le lycée Bujubuli est enregistré comme lycée privé et essaye de maintenir le coût de l’éducation au plus bas. La scolarité coûte environ 25 dollars pour les étudiants non-résidents et 62 dollars pour ceux résidant à l’internat de l’école. Pour tous les étudiants atteignant la 2ème année de lycée, une bourse partielle est versée via l’UNICEF pour tous les réfugiés enregistrés.

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Esau Ddungu, directeur du lycée Bujubuli, dans son bureau

Assis dans son bureau, le directeur de l’école Esau Ddungu raconte : « La terre est très précieuse. Le bureau du Premier ministre leur donne la possibilité de cultiver quelques parcelles de terre. C’est ainsi que la plupart d’entre eux peuvent couvrir leurs frais de scolarité ».

Pendant les week-ends et les jours fériés, Grace cultive des denrées sur un terrain offert par le bureau du Premier ministre Ougandais et vend ses produits sur le marché pour nourrir sa famille et couvrir ses frais de scolarité. Elle propose aussi ses services en tant que traductrice au bureau du HCR au sein du camp.

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Une professeur de Bujubuli écrit un mot pour qu’un étudiant puisse déjeuner même s’il n’a pas payé ses frais de scolarité

« Mon père ne peut pas travailler », explique-t-elle, « Il a perdu l’usage de son épaule ». Lorsqu’on lui en demande davantage au sujet de la blessure de son père, elle répond calmement : « C’est à cause de la guerre ».Grace est maintenant en classe de seconde, et elle est brillante et ambitieuse. Elle a réussi à dépasser la barrière de la langue et à réussir à l’école.

« Au bout d’un an, je me suis faite des amis et j’ai appris la langue ». « Aujourd’hui je sais parler Rutooro, Luganda et Runyankore ». L’année prochaine, elle passera les examens pour entrer à l’université nationale.

Elle aimerait devenir avocate et se spécialiser dans le domaine de l’immigration. Bien-sûr, elle est consciente des difficultés auxquelles les réfugiés doivent faire face. Et elle est préoccupée par l’augmentation du nombre de réfugiés s’installant dans le camp.

Aller à l’école est essentiel. Mais Grace s’inquiète qu’il n’y ait pas suffisamment de bourses pour le nombre d’étudiants. « Les étudiants de première année de collège ne bénéficient pas de bourses et ils n’ont pas d’argent ».

Ces enfants réfugiés font face à une situation qu’ils n’ont pas choisie. Nous avons la possibilité de les soutenir en nous mobilisant. En septembre prochain, les décideurs politiques se réuniront à New York pour discuter de la crise mondiale des réfugiés.

Une occasion de leur rappeler que l’éducation doit être placée au cœur du débat. Pour ce faire, votre soutien est indispensable.

Signez la pétition et ensemble, assurons-nous que tous les enfants réfugiés aient l’avenir qu’ils méritent.

Ce blog a été adapté de l’anglais par Lucile Quatreboeufs, assistante Campagnes chez ONE France. 

Récit et photos de Rebecca Rwakabukozam.
Journaliste indépendante et blogueuse Ougandaise, elle tient un blog nommé ‘Mon pi Mon’. Ses écrits sont focalisés sur la place des femmes en Ouganda.

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