Egalité femmes-hommes : Le G7 doit oser faire le suivi de ses promesses
Les femmes et les filles

Egalité femmes-hommes : Le G7 doit oser faire le suivi de ses promesses

Rejoindre ONE

Rejoignez le combat contre l'extrême pauvreté

Cette tribune a été publiée en anglais sur Euractiv.com

Ces dernières années ont été plus que jamais sous le signe de l’égalité femmes-hommes. Des mouvements sociaux, de #Metoo aux manifestations du 8 mars, ont mis la cause des femmes et des filles à l’agenda politique. Le mot « féministe » ne fait plus peur et, alors qu’il était jusqu’à peu réservé à une avant-garde militante, il est de plus en plus mis en avant par des gouvernements officiels et des forums internationaux.

Le G7 en fait partie. Après que le Canada en ait fait une priorité du sommet qu’il accueillait en 2018, le G7 de cette année en France a aussi prévu de placer l’égalité femmes-hommes au cœur de son action. Le Conseil consultatif pour l’égalité femmes-hommes, convoqué l’an dernier par le Premier ministre canadien Trudeau, consolide à présent son travail sous l’impulsion du Président Macron. Ce Conseil rassemble un incroyable groupe d’activistes féministes : des cheffes de ONU Femmes, de Women Deliver et du Partenariat Mondial pour l’Education, ainsi que des lauréats du Prix Nobel Nadia Murad et Denis Mukwege, à des artistes renommées pour leurs engagements sociaux comme Angélique Kidjo et Emma Watson. Le Conseil est chargé de produire des recommandations à l’égard des leaders du G7, en choisissant un panel de lois progressistes en matière d’égalité femmes-hommes parmi lesquelles les chefs d’Etat pourraient en choisir une ou plusieurs pour les impulser dans leur pays.

Cette attention accrue est la bienvenue, mais les discours, communiqués et recommandations de grands sommets internationaux comme le G7 ne suffiront pas pour atteindre l’égalité femmes-hommes. On estime qu’au rythme actuel, il faudra attendre 108 ans pour combler les écarts entre les femmes et les hommes en termes de santé, d’éducation, d’opportunités économiques et de représentation politique. Nous n’agissons pas assez vite. Nous devons pousser les élus politiques, à travers un système de redevabilité solide et efficace, à prendre des mesures ambitieuses et à tenir leurs promesses.

Tous les mécanismes de redevabilité ne se valent pas. Certains produisent des rapports très denses qui ne recevront que peu d’attention, comme il est difficile pour la société civile, les médias et les citoyens de faire le suivi des progrès accomplis. D’autres ne sont simplement pas pourvus des ressources ou du personnel nécessaire pour être à la hauteur des attentes.

Le Partenariat pour un Gouvernement Ouvert (PGO) fait partie des modèles de redevabilité réussis dont une Alliance pour l’Egalité Femmes-Hommes pourrait s’inspirer. Le PGO a déjà participé à faire bouger les lignes sur des sujets sensibles et complexes comme la transparence des budgets nationaux, la lutte contre la corruption par les contrats ouverts et contre les entreprises anonymes. Le Président Obama et sept autres chefs d’Etat* ont lancé ce Partenariat à l’Assemblée générale des Nations Unies en 2011, aux côtés de neuf leaders issus de la société civile. Aujourd’hui, 79 pays et des milliers d’organisations de la société civile font partie du PGO, ainsi qu’un nombre croissant de gouvernements locaux, et près de 4000 engagements ont été pris à ce jour pour rendre les gouvernements plus ouverts et inclusifs. Beaucoup de ces engagements ont déjà commencé à avoir un réel impact sur les citoyens : ils ont mis en place des systèmes de retours d’opinions des citoyens au sujet de services publics vitaux comme la santé et l’éducation, et ont fait entendre la voix de membres de la société longtemps ignorés, dont pour plusieurs pays, les femmes.

Il y a évidemment déjà de nombreuses initiatives qui luttent contre les inégalités femmes-hommes dans le monde. Certaines se concentrent sur des normes internationales, comme la Convention de l’ONU sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes, ou sur le plaidoyer et la mobilisation citoyenne, comme Women Deliver, ou encore sur la collecte et la publication de données sur les inégalités femmes-hommes, à l’instar de Equal Measures 2030. Toutes fournissent une pièce cruciale au puzzle, mais le combat pour l’égalité femmes-hommes manque encore d’une structure globale qui, se basant sur le travail des différentes initiatives existantes, inclurait trois ingrédients essentiels pour former un mécanisme de redevabilité efficace.

Le premier ingrédient serait d’exiger des pays de se conformer à des critères d’éligibilité minimaux pour pouvoir devenir membres. Par exemple, le Maroc et le Sierra Leone ont dû adopter des lois d’accès à l’information avant de pouvoir rejoindre le PGO. Une Alliance pour l’Egalité Femmes-Hommes pourrait fonctionner de la même manière en exigeant de la part des aspirants membres d’abolir certaines lois sexistes, par exemple sur le maintien sous tutelle des femmes.

Le deuxième ingrédient serait de demander aux gouvernements participants de développer des plans d’action nationaux exposant les engagements politiques et législatifs qu’ils devraient mettre en œuvre dans les deux ans à venir. Les engagements devraient adopter des objectifs Spécifiques, Mesurables, Ambitieux, Réalistes et Temporellement définis (selon la méthode « SMART »), et seraient passés en revue par un mécanisme de révision indépendant. Il est très difficile de demander des comptes aux gouvernements sur des engagements qui ne sont pas mesurables ou qui ne sont définis dans le temps, ou encore si personne n’est chargé d’en faire le suivi.

Le troisième ingrédient pour un mécanisme réussi serait un véritable partenariat entre les gouvernements et la société civile. Avant de rejoindre l’Alliance, les gouvernements travailleraient ainsi de concert avec la société civile pour co-construire des plans d’actions. Les organisations de la société civile et l’engagement direct des citoyens jouent un rôle important pour façonner et surveiller les engagements des gouvernements. Une Alliance Mondiale pour l’Egalité Femmes-Hommes pourrait suivre ce modèle, tout en y incluant des entreprises privées désireuses de prendre des engagements. De plus, pour être réellement efficace et internationale, l’Alliance devrait inclure les pays membres et non-membres du G7 participant au sommet de Biarritz, en commençant par les plus déterminés afin de lancer le mouvement.

Pour l’égalité femmes-hommes, nous avons besoin de progrès, pas de promesses. Le PGO a été utilisé pour améliorer la transparence et la gouvernance dans de nombreux pays membres en l’espace de seulement quelques années, en contribuant à promouvoir la démocratie au-delà des urnes. Ce succès s’explique par le fait que l’initiative a été soutenue dès le départ par un groupe de leaders politiques engagés, a reçu des ressources de base pour sa création et son fonctionnement, et a mis en place un modèle de redevabilité bien conçu. Une Alliance Mondiale pour l’Egalité Femmes-Hommes donnerait une vraie crédibilité aux recommandations du Conseil consultatif pour l’égalité femmes-hommes, en donnant un coup d’accélérateur dans la lutte pour les droits des femmes. N’attendons pas 108 ans pour atteindre l’égalité.

Cette tribune est signée par:

Joe Powell, Vice-Président, Partenariat pour un Gouvernement Ouvert

Friederike Röder, Directrice France et UE, ONE

Aurélie Gal-Régniez, Directrice de Equipop

Philippe Lévêque, Directeur de Care France

* Brésil, Indonésie, Mexique, Norvège, Philippines, Afrique du Sud, Royaume-Uni.

 

 

Rejoignez le combat contre l'extrême pauvreté

Lorsque vous indiquez vos coordonnées, vous acceptez la politique de confidentialité de ONE, et notamment le transfert de vos informations aux serveurs de ONE.org aux Etats-Unis.

Vous souhaitez savoir comment vous pouvez nous aider dans notre combat contre l'extrême pauvreté ?

Inscrivez-vous pour recevoir les emails de ONE et rejoindre les millions de personnes qui agissent à travers le monde pour mettre fin à l’extrême pauvreté et aux maladies évitables. Nous ne nous demandons pas votre argent mais votre voix. Vous pouvez vous désinscrire à tout moment.
Privacy options
Vous êtes sur-e ? Si vous cliquez sur 'Oui', nous vous tiendrons informés des actions que vous pouvez mener pour faire avancer notre combat. Vous pouvez vous désinscrire à tout moment.

Lorsque vous indiquez vos coordonnées, vous acceptez la politique de confidentialité de ONE, et notamment le transfert de vos informations aux serveurs de ONE.org aux Etats-Unis.

You agree to receive occasional updates about ONE’s campaigns. You can désinscrire at any time.

Ce site est protégé par reCAPTCHA et la politique de confidentialité et les conditions d'utilisation de Google s'appliquent

Les billets récents