Deux femmes retrouvent leur dignité après avoir vécu cinquante longues années avec une fistule obstétricale
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Deux femmes retrouvent leur dignité après avoir vécu cinquante longues années avec une fistule obstétricale

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Saiba (à gauche) et Malado (à droite) ont toutes les deux vécu avec une fistule obstétricale pendant 50 ans. Elles étaient septuagénaires quand elles se sont fait opérées, avec succès. Photo par Nana Kofi Acquah pour IntraHealth International.

Annonce : Elles ont passé la plupart de leur vie à souffrir de cet état de santé mais ces deux septuagénaires maliennes sont désormais guéries. Et elles partent en mission.

Par Margarite Nathe, rédactrice en chef à IntraHealth International

 

Trois jours.

C’est le temps que Malado a passé en phase d’accouchement. C’est la période durant laquelle elle n’a pas été en mesure de donner naissance. Elle n’avait que 16 ans, après tout, et il s’agissait de son premier enfant. Son corps n’était pas prêt.

C’était dans les années 1960, dans la campagne malienne, et il n’y avait pas de voiture pour l’acheminer de son village vers une structure de santé. Même aujourd’hui, il est rare de voir un véhicule circuler sur ces chemins de terre. Finalement, quelqu’un l’a aidée à grimper dans une charrette tirée par un âne pour la transporter vers une clinique de la ville voisine de Dioila.

« Ils ont dû forcer le bébé à sortir, » se souvient Malado. Son nouveau-né n’a pas survécu.

Outre la souffrance émotionnelle, Malado a subi de graves traumatismes physiques. Lorsque les prestataires de soins l’ont aidée à se relever après la naissance, elle s’est rendu compte qu’elle perdait ses urines ; une situation qui allait perdurer. Les lésions nerveuses et musculaires lui donnaient tellement de mal à marcher qu’elle a dû se résoudre à utiliser une canne pour se déplacer.

Elle l’ignorait à l’époque mais, à moins d’un kilomètre de là, une jeune femme du nom de Saiba traversait la même épreuve.

Saiba avait été mariée à l’âge de 15 ans et s’apprêtait à donner naissance à son troisième enfant. Après plusieurs jours de travail, elle n’était toujours pas parvenue à accoucher. Elle a donc dû se rendre à Dioila où son enfant est mort-né. Quelques jours plus tard, Saiba ne pouvait plus contrôler l’écoulement de ses urines.

« Je ne savais pas ce qui m’arrivait, » raconte Saiba. « Je passais la journée en pleurs. »

Personne ne savait quoi faire pour venir en aide à Malado et Saiba. Personne ne savait que cet état de santé était connu sous le nom de fistule obstétricale et qu’il était une conséquence directe de lésions provoquées par l’accouchement. Ni même que cela se soignait. Au final, personne au sein de leur communauté ne souhaitait s’approcher d’elles en raison de leur odeur et elles sont devenues amies.

Durant les cinquante années qui ont suivi, ces deux femmes ont vécu avec le même état de santé, à changer et à laver sans cesse leurs vêtements, en ayant le sentiment d’avoir perdu toute dignité. Chacune trouvant dans l’autre sa seule source de réconfort.

Un problème persistant

À l’heure actuelle, des milliers de femmes au Mali et à travers l’Afrique de l’Ouest vivent une situation en tout point identique à celle de Malado et Saiba il y a plus de cinquante ans. D’après, l’Organisation mondiale de la santé, chaque année entre 50 000 et 100 000 femmes sont touchées par la fistule obstétricale dans le monde. Il est difficile de confirmer un nombre exact dans la mesure où personne ne sait combien d’autres se cachent ou sont incapables d’obtenir les soins dont elles ont besoin.

Pour la plupart de ces femmes, une simple opération chirurgicale suffirait pour guérir complètement.

Mais au Mali, rendre ces procédures chirurgicales plus largement accessibles sur un territoire aussi étendu est plus dur qu’il n’y paraît. Cela requiert une coopération sans limite, des partenaires déterminés et une immense créativité.

Le gouvernement malien est parvenu à combiner les trois dans son partenariat avec IntraHealth International et plusieurs ONG locales et organisations issues du secteur privé. Grâce au financement de l’Agence des États-Unis pour le développement international et d’autres intervenants, ces entités cherchent depuis 2008 à révolutionner les soins de la fistule au Mali. Au cours des dix dernières années, ils ont :

  • Formé 105 chirurgiens locaux et d’autres prestataires de soins à la réparation de la fistule par voie chirurgicale. Il ne s’agit pas d’un problème pouvant être résolu à l’aide de brèves visites de médecins étrangers. Il est nécessaire de s’appuyer sur une expertise locale et de faire preuve de persévérance pour aider les femmes souffrant d’une fistule, ces deux composantes n’ayant jamais été aussi en vogue au Mali.
  • Mené 35 campagnes de réparation dans des hôpitaux locaux et d’autres structures de santé. Certaines femmes parcourent des centaines de kilomètres (souvent en bénéficiant de notre aide ou de celles de nos partenaires en matière de transport) pour subir une intervention chirurgicale gratuite.
  • Construit des centres d’accueil destinés aux patientes atteintes d’une fistule dans les établissements sanitaires locaux. La Fondation Orange, une entreprise de télécommunication de premier plan partenaire d’IntraHealth au Mali, a financé la création du premier de ces centres au sein d’un hôpital de Sikasso. Elle entreprendra prochainement des travaux pour en bâtir un deuxième à Koulikoro. L’Agence de coopération espagnole en a créé un autre à l’intérieur de l’hôpital de Kayes. Ces centres offrent aux patientes le confort d’un lit et d’un toit durant quelques-unes des semaines les plus éprouvantes de leur existence mais leur servent également de refuges auprès d’autres femmes qui comprennent à quel point il est difficile de vivre avec une fistule. Pour une personne ayant été bannie et abandonnée en raison de son état de santé, cela n’a pas de prix.
  • Effectué des interventions chirurgicales de réparation ayant changé la vie de 1 458 femmes atteintes d’une fistule. Les bienfaits de ces interventions chirurgicales s’étendent bien au-delà de ces personnes et ont des retombées positives pour leurs enfants, leur famille et la collectivité.

Deux amies transformées

Il y a à peine plus de deux ans, durant la première campagne de réparation organisée par le Projet de lutte contre la fistule obstétricale d’IntraHealth au Mali, un agent de santé local, une matrone du nom de Djénéba Boiré, a entendu une annonce à la radio concernant cet événement. Ce message appelait les femmes manifestant les mêmes symptômes que Malado à se rendre au centre de santé de référence (CSRef) de Koulikoro pour bénéficier gratuitement de tous les soins dont elles avaient besoin.

Djénéba en a parlé à Malado, désormais âgée de 73 ans, qui s’est empressée de le dire à Saiba âgée de 75 ans. Et ensemble, elles sont parties pour Koulikoro. (Malado a même rencontré la Première dame du Mali sur place alors que celle-ci se rendait aux chevets de patientes atteintes d’une fistule.)

Aujourd’hui, Malado et Saiba sont complètement guéries. Elles se déplacent main dans la main dans la communauté, tout en riant et en bavardant avec la matrone.

« Nous considérons qu’il nous appartient à présent de dire à chaque femme enceinte que nous voyons dans la collectivité de se rendre à ses consultations prénatales, » affirme Malado. « Et qu’elle doit accoucher dans une structure de santé. »

À Koulikoro et d’autres établissements œuvrant avec le projet, les responsables sont déterminés à continuer de dispenser ces services et à encourager les femmes comme Malado et Saiba à se manifester.

« Les femmes sont là. Elles attendent juste de savoir quand aura lieu la prochaine campagne pour pouvoir bénéficier d’une intervention chirurgicale, » explique Abdourhamane Dicko, un gynécologue du CSRef de Koulikoro. « Elles restent dans l’ombre d’ici là. C’est un état de santé qui contraint les femmes à ne pas se manifester. Mais il y a encore beaucoup de femmes d’un certain âge vivant avec une fistule obstétricale depuis de longues années et elles ont besoin d’aide. »

« Pour une femme, retrouver sa dignité vaut tout l’or du monde. »

Le projet de lutte contre la fistule au Mali mis en œuvre par IntraHealth est financé par l’Agence des États-Unis pour le développement international. Parmi nos partenaires locaux figurent l’Alliance médicale contre le paludisme, le Groupe de recherche, d’étude et de formation Femme Action et l’Association internationale pour la santé maternelle et néonatale.

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