La pauvreté est sexiste

La pauvreté est sexiste

Dans son premier rapport « La pauvreté est sexiste », publié l’an dernier, ONE exhortait les dirigeants à placer les femmes et les filles au cœur de leurs décisions et actions. Le rapport faisait deux constats :

  1. Être née femme dans un pays pauvre équivaut à une double peine : la situation des femmes et des filles des pays pauvres est pire que celle de leurs homologues des pays plus riches, et quel que soit le domaine, elles sont frappées plus rudement par la pauvreté que les hommes.
  2. Les investissements en faveur des femmes et des filles bénéficient à tous. Ces investissements spécifiques sont donc essentiels pour lutter contre l’extrême pauvreté.

En 2015, la communauté internationale s’est mise d’accord sur trois orientations clés pour l’avenir : les Objectifs de développement durable (ODD), le Programme d’action d’Addis-Abeba et l’accord de Paris sur le climat lors de la COP 21. Cette année, les dirigeants doivent passer à l’action et concrétiser ces aspirations.

Aujourd’hui encore, un demi-milliard de femmes ne savent toujours pas lire, 62 millions de filles sont privées de leur droit à l’éducation et 155 pays ont encore une législation qui différencie hommes et femmes.

En effet, il est scandaleux qu’en Afrique, 74 % des nouvelles infections par le VIH chez les adolescents concernent les filles, et que, sur tout le continent, 40 % des femmes souffrent d’anémie, cause de 20 % des décès maternels.

2016 doit voir les changements politiques nécessaires et la mise à disposition des financements adéquats pour changer cette mauvaise donne. Deux événements seront particulièrement clés à cet égard : le deuxième Sommet Nutrition pour la croissance (« Nutrition for Growth »), qui aura lieu à Rio de Janeiro en août, et la reconstitution du Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme. Ces conférences permettront notamment d’augmenter les moyens pour améliorer la situation des femmes et des filles et lutter contre l’extrême pauvreté de manière générale.

Au delà des enjeux de nutrition et de santé, deux autres occasions se présentent également à nous pour accroître les opportunités sociales et économiques des femmes, via une meilleure éducation et formation, et l’accès à Internet et à l’électricité. En 2016, les donateurs devront décider de leurs contributions à l’Association internationale de développement (AID) de la Banque mondiale et au Fonds africain de développement (FAD) de la Banque africaine de développement.

Au total, ces quatre événements pourraient mobiliser 100 milliards de dollars en faveur des plus pauvres au cours des trois ou quatre prochaines années.

Dans de trop nombreux pays, être née pauvre et femme, c’est être condamnée à l’inégalité, à l’oppression et à la pauvreté – et c’est aussi trop souvent une condamnation à mort. Un enfant né au Nigeria a plus de 41 fois plus de risques de mourir avant son cinquième anniversaire qu’un enfant né en Norvège. Pour les enfants qui survivent au­delà de leur cinquième anniversaire, l’accès à l’école est un indicateur important de leur réussite future. Au Mali, le taux de scolarisation des filles à l’école primaire est de 73%, contre 81% pour les garçons. Au niveau mondial, 62 millions de filles se voient refuser l’accès à l’éducation. À cause des barrières à l’éducation, un demi-milliard de femmes dans le monde ne savent pas lire – soit les deux tiers de la population illettrée mondiale.

La situation sanitaire et nutritionnelle des femmes et des filles dans les pays en développement est également très mauvaise. Près de 45 % des décès d’enfants de moins de cinq ans sont liés à la malnutrition. L’absence d’accès à une bonne alimentation reste un fléau qui pèse tout particulièrement sur les filles lorsqu’elles atteignent l’adolescence puis l’âge adulte : plus de 500 millions de femmes à travers le monde sont atteintes d’anémie. Cette maladie, causée la plupart du temps par une déficience en fer, peut entraîner fatigue, léthargie et entraver les capacités physiques et les performances au travail. Il reste des écarts importants entre les hommes et les femmes en termes d’opportunités sociales et économiques, et ces écarts sont encore plus prononcés dans les pays pauvres. Trop souvent, les femmes ne peuvent pas accéder à un emploi rémunéré de qualité, que ce soit pour des raisons juridiques, à cause d’emplois inadaptés ou de l’absence de solutions de garde d’enfants. Ces obstacles empêchent les femmes d’accéder à la vie active : au niveau mondial, seul 50 % de la population féminine fait partie du marché du travail formel, contre 77 % des hommes.

Pourtant, lorsque les femmes et les filles se voient offrir les mêmes opportunités que les hommes, elles peuvent aider leur communauté à sortir de la pauvreté plus rapidement. Sur les 865 millions de femmes qui pourraient faire partie intégrante de la population active à travers le monde, on estime que 812 millions vivent dans des pays émergents et en développement. Plus elles auront l’opportunité de participer à l’économie formelle, plus elles pourront réinvestir leurs revenus pour leurs familles et leurs communautés, et contribuer à la croissance économique de leur pays.

Compte tenu du rôle croissant de la technologie dans l’économie mondiale, les femmes doivent avoir le même accès que les hommes à Internet, aux autres technologies et à l’électricité. Dans le monde en développement, l’utilisation d’Internet est marquée par un écart important entre les hommes et les femmes, avec 16 % de femmes connectées en moins que les hommes. Toutefois, des organisations comme le Women’s Technology Empowerment Centre (W.TEC), situé au Nigeria, œuvrent pour combler cet écart et donner aux femmes et aux filles les clés pour utiliser avec aisance les technologies au service de leur travail et de leur activisme. À ce jour, des centaines de filles ont appris à se servir d’Internet et des technologies grâce à W.TEC.

Tant que les dirigeants ne mettront pas fin aux injustices qui affectent la vie des femmes et des filles, et que les politiques et les financements demeureront insuffisants pour débloquer le potentiel des femmes, la moitié des ressources mondiales restera inexploitée et les progrès, autant économiques que sociaux, seront limités. Le statu quo est insuffisant. On ne peut pas laisser les dirigeants prendre des engagements ambitieux et réformateurs une année, et reprendre leurs vieilles habitudes l’année suivante. En 2016, nous tiendrons les dirigeants pour responsables des engagements qu’ils ont adoptés en 2015, comme les ODD. Nous attendons notamment des actions concrètes en faveur de la  santé et de la nutrition dès cette année.

Pour parvenir à mesurer la manière dont ces éléments affectent la vie d’une femme, ONE a intégré différents indicateurs pour créer un index des pays dans lesquels être une femme est le plus difficile. L’index prend en compte les opportunités et les menaces les plus importantes auxquelles une femme peut être confrontée au cours de sa vie dans chaque pays :

  1. Les opportunités économiques potentielles basées sur le PIB par habitant
  2. Le nombre d’années d’école
  3. Le pourcentage de femmes qui ont accès à un compte en banque
  4. La proportion de femmes qui ont un emploi rémunéré par rapport aux hommes
  5. Le taux de prévalence de l’anémie chez les femmes
  6. Le risque pour les femmes de mourir en couches
  7. La proportion de parlementaires qui sont des femmes

Cet index n’a pas vocation à être exhaustif et le manque de données de qualité rend la tâche difficile. Cependant, cette batterie d’indicateurs donne un aperçu éclairé des perspectives de vie qui sont offertes aux femmes et aux filles dans un pays donné.

Cette approche permet de montrer que les 20 pays dans lesquels être née femme est le plus difficile, font aussi partie des pays les plus pauvres de la planète. 18 d’entre eux font partie de la catégorie des pays les moins avancés (PMA) de l’ONU, 13 sont sur la liste des pays « en situation fragile » de la Banque mondiale et 12 font partie de ces deux catégories. 15 pays sont situés en Afrique subsaharienne.

Dans le pays qui arrive en tête de notre liste, le Niger, une fille peut s’attendre à être scolarisée 16 mois de moins que son frère, le risque qu’elle meure en couches est de 1 sur 20, et le risque qu’elle donne naissance à un bébé ayant un poids insuffisant est de 1 sur 4. Dans ce pays, seuls 2,6 % des femmes âgées de 15 ans et plus ont un compte en banque, moins de la moitié ont un emploi rémunéré et seuls 13 % des membres du parlement sont des femmes. Le Niger est situé au cœur de la région du Sahel qui regroupe de nombreux autres pays qui appartiennent à notre liste. Cette région a beaucoup souffert de crises alimentaires ces dernières années (en 2005, 2008, 2010 et 2012) et est actuellement victime, encore une fois, de la sécheresse.

Comme nous le démontrons dans ce rapport, être une femme dans un pays en développement est un double défi, et les pays listés dans cet index en témoignent tout particulièrement.

Cet index montre également que la pauvreté ne doit pas être une excuse pour ne pas améliorer la situation des femmes et des filles. Certains pays très pauvres ont déjoué les pronostics.

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