Commerce et investissements

Le nombre de nouveaux emplois qui doivent être créés en Afrique subsaharienne chaque année jusqu’en 2035 pour absorber la main d’œuvre croissante.

Le Défi

Encourager une croissance durable et inclusive, et créer un environnement favorable au commerce et aux investissements sont deux outils essentiels pour combattre l’extrême pauvreté. Le commerce et les investissements constituent des sources importantes de création d’emplois, générant des revenus plus stables qui donnent aux populations un meilleur accès aux services de santé et d’éducation, ainsi que l’occasion d’avoir de meilleures conditions de vie. La croissance économique africaine a connu une reprise relativement rapide après la crise mondiale, atteignant le niveau élevé de 4,9 % en 2013 avant de retomber légèrement à 4,6 % en 2014. Cependant, la crise pétrolière et l’épidémie d’Ébola ont toutes deux eu un effet néfaste. On estime que la croissance du PIB sur le continent connaîtra un ralentissement en  2015, s’abaissant à 4,2 %. Néanmoins, les prévisions pour  2015 estiment que l’Afrique subsaharienne sera la région avec le plus fort taux de croissance, dépassant même celui de l’Asie. La Banque Mondiale prévoit que le PIB augmentera graduellement et aura atteint 5,1 % d’ici 2017. Cela représente une énorme occasion de stimuler le développement, à condition que cette croissance soit durable et créatrice d’emplois, en bénéficiant à toutes les franges de la population et n’exacerbe pas les inégalités.

Malgré des taux de croissance considérables au cours des dix dernières années, l’Afrique subsaharienne a eu du mal à profiter réellement du commerce mondial. En 1980, l’Afrique subsaharienne représentait seulement 3,8 % des exportations mondiales. En 1998, cette part était tombée à seulement 1,3 % et en 2013, elle était remontée à seulement 3,5 %.

Les investissements directs à l’étranger (IDE) au profit de cette région ne représentent qu’une petite fraction des flux mondiaux, bien que ces derniers augmentent peu à peu. Alors que la crise financière mondiale a entraîné une baisse générale des IDE, l’Afrique subsaharienne s’en tire relativement bien par rapport aux pays du G8 : les IDE vers l’Afrique subsaharienne ont été multipliés par six entre 2000 et 2012, passant de 6,7 milliards de dollars US à 39,5 milliards de dollars US. En 2014, ils ont augmenté de 5 % supplémentaires en atteignant 42 milliards de dollars US.

L’Afrique subsaharienne est la région du monde qui fait face aux plus grandes difficultés en matière d’accès aux marchés locaux, régionaux et mondiaux. Près de la moitié de la population d’Afrique subsaharienne vit dans la pauvreté et se donner les moyens de participer aux échanges commerciaux sur les marchés régionaux et mondiaux est essentiel pour développer la croissance économique nécessaire pour soutenir des conditions de vie durables. Le manque d’infrastructures telles que les autoroutes et les ponts, l’absence d’accès fiable à l’énergie ainsi que des systèmes de télécommunication sous-développés constituent des freins importants au développement des échanges et découragent les investissements. À cela s’ajoute un déficit en services financiers et en formation de qualité en matière de gestion et de capital nécessaire à la compétitivité des industries. Combinées aux taxes régressives sur les importations que de nombreux pays industrialisés ont instaurées, ces contraintes poussent de nombreux pays africains à se baser sur l’exportation de matières premières, comme les minerais et les produits agricoles, au lieu de favoriser les produits finis. En exportant des matières premières, ces pays ne peuvent tirer profit de l’exportation de biens ayant une valeur ajoutée plus importante.

Par ailleurs, les pays d’Afrique subsaharienne font face à des barrières commerciales extérieures, telles que les taxes à l’importation très élevées, qui rendent difficile, voire impossible, la mise en concurrence de produits africains dans des marchés importants. Les programmes conçus pour soutenir les exportations africaines sont souvent trop complexes ou restrictifs pour être utilisés efficacement. L’application des règles sur l’origine afin de contrôler d’où proviennent les différents produits (ainsi que tous leurs composants et ingrédients), et les exigences complexes en matière de santé et de sécurité sont deux exemples d’obstacles qui désavantagent souvent les produits et producteurs africains. De plus, les pays riches accordent souvent des subventions à leurs propres producteurs, ce qui leur donne un avantage déloyal sur le marché mondial. En 2012, les subventions agricoles dans les pays membres de l’Organisation de Coopération et de Développement Économiques (OCDE) ont atteint 259 milliards de dollars US. C’est plus de neuf fois le montant de l’aide au développement que les donateurs de l’OCDE ont accordé à l’Afrique subsaharienne cette même année.

La rapide croissance de la population d’Afrique subsaharienne fait de la création d’emplois un défi vital. Au cours des 20 prochaines années, le nombre d’Africains qui rejoindront la population en âge de travailler (personnes âgées de 15 à 64 ans) sera supérieur à celui du reste du monde combiné. Le FMI estime que la région devra créer 18 millions d’emplois par an jusqu’en 2035 pour absorber la main d’œuvre croissante.

Possibilités

Une croissance économique inclusive contribuerait à mettre un terme à la pauvreté en Afrique subsaharienne. En complément de l’apport crucial et continu de l’aide au développement, tenter de réduire les déséquilibres sous-jacents du système commercial mondial et investir pour développer les infrastructures africaines, l’accès à l’énergie et l’intégration régionale sont autant d’éléments devenus indispensables afin de promouvoir la croissance économique africaine et de rendre la région plus résiliente aux chocs économiques futurs.

Améliorer l’accès aux marchés des pays développés, soutenir l’augmentation du commerce intrarégional, favoriser l’aide au commerce pour aider les pays à faire face aux obstacles du côté de l’offre et améliorer leur compétitivité, peuvent faire décoller le commerce en Afrique. Il faudra aussi investir dans les infrastructures, augmenter les flux de capitaux, et renforcer l’intégration économique régionale. Par ailleurs, la récupération d’un petit pourcentage supplémentaire du commerce mondial pourrait faire une grande différence : la part minime de l’Afrique subsaharienne dans les exportations mondiales (3,5 %) était évaluée à environ 455 milliards de dollars US en 2013, environ dix fois le montant de l’aide au développement que la région avait reçu cette même année.

La possibilité d’exporter des produits – et plus particulièrement des biens à valeur ajoutée comme les aliments transformés, les vêtements et autres produits manufacturés – sur les marchés régionaux et internationaux peut être une source vitale de revenus pour de nombreux pays d’Afrique subsaharienne. Le programme « Tout sauf des armes » (TSA) de l’Union européenne étend l’accès au marché européen sans taxes ni quotas et pour tous les produits provenant de l’ensemble des pays les moins avancés (PMA). De même, la loi américaine African Growth and Opportunity Act (AGOA), ainsi que le Système généralisé de préférence (GSP en anglais) permettent un accès sans taxes ni quotas à la plupart des produits des pays les moins avancés en Afrique subsaharienne. Les autres pays développés devraient reproduire ces succès en supprimant les droits de douane et les quotas pour tous les produits africains, y compris l’ensemble des denrées agricoles.

L’« aide pour le commerce » est un autre moyen fondamental par lequel les pays développés peuvent aider l’Afrique : elle peut aider les pays africains à ajuster leurs politiques douanières et fiscales, à améliorer les infrastructures énergétiques, de télécommunications et de transport, et donner aux entrepreneurs un meilleur accès aux services financiers. On estime que chaque dollar investi dans un pays au moyen de cette aide ciblée peut augmenter les exportations de ce dernier de huit dollars. Les décaissements de l’aide pour le commerce pour les PMA ont légèrement augmenté, passant de 17,7 milliards de dollars US en 2006 à 19,3 milliards de dollars US en 2013, mais il en faut bien plus. On estime à près de 30 milliards de dollars US par an les seuls besoins en infrastructures pour les dix prochaines années.

Enfin, l’augmentation du commerce et des investissements entre les pays d’Afrique subsaharienne peut aussi entraîner de nombreux effets bénéfiques sur le commerce, la compétitivité mondiale, le marché de l’emploi et les salaires. Tout cela se construirait au sein de la région elle-même et serait un des premiers exemples du développement de l’Afrique par elle-même. Le commerce intra-africain représente actuellement un peu plus de 11 % du total des échanges sur le continent. Ce taux est nettement inférieur à celui du commerce intrarégional en Amérique latine (21 %) et en Asie (50 %). Toutefois, il existe un élan sans précédent en faveur du renforcement de l’intégration régionale sur le continent. En 2012, l’Union africaine (UA) a convenu d’un plan d’action visant à doubler le commerce intra-africain et à accélérer la mise en place d’une zone de libre-échange sur le continent. Près de la moitié (43 %) des produits échangés entre pays africains sont manufacturés, contre 22 % des exportations africaines dans le monde. Par conséquent, l’augmentation du commerce intra-africain aidera à s’éloigner de la traditionnelle dépendance vis-à-vis des exportations de matières premières pour se rapprocher du commerce des biens manufacturés, dont la valeur ajoutée est plus importante au sein de la chaine de valeur mondiale.

Des corridors commerciaux régionaux, qui relient les pays par des routes et des voies ferrées et permettent d’accéder aux ports et aux aéroports, vont faciliter le transport des marchandises vers les marchés et offrir de meilleures opportunités d’emploi aux populations. L’intégration, qui élimine  notamment la complexité des procédures douanières et frontalières et le montant des taxes à acquitter lors du transport de biens entre deux pays voisins, peut également aider à stimuler le commerce régional. La mise en œuvre du Programme de Développement des Infrastructures en Afrique (PIDA), soutenu par l’UA, sera un facteur essentiel du renforcement de cette intégration régionale. Plusieurs pays africains se sont engagés à promouvoir l’intégration régionale par la création de Communautés économiques régionales (CER). L’intégration commerciale entre et au sein de la Communauté d’Afrique de l’Est (CAE), la Communauté de Développement d’Afrique australe (SADC), la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et le Marché commun de l’Afrique orientale et australe (COMESA) en est à différents stades de mise en œuvre, certaines organisations œuvrant même pour un marché commun à part entière. Par exemple, la communauté d’Afrique de l’Est a bénéficié d’une assistance technique de la part du gouvernement américain, ce qui lui a permis de réduire le temps de transit des containers transportés entre Mombasa à Kigali de 21 à seulement six jours. Les coûts de transport ont donc aussi diminué de plus de 1 700 dollars US par container.

L’Afrique a un fort potentiel et pourrait devenir la zone économique la plus dynamique au monde. Améliorer la qualité des conditions d’investissement et éliminer les obstacles au commerce intrarégional et mondial, sont deux éléments indispensables pour exploiter cette croissance et stimuler le marché de l’emploi, étape essentielle dans le combat pour l’éradication de la pauvreté.

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