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Le strict minimum : comment le « budget pandémique » du Canada a réagi à la crise mondiale

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Lundi était le jour du budget fédéral au Canada et, comme toujours, c’était une journée importante pour les Canadiens qui ont à cœur de mettre fin à l’extrême pauvreté dans le monde.

La grande question : le Canada investit-il sa juste part sur la scène mondiale? Cette année, au milieu de la plus grande crise mondiale de notre histoire, cette question est plus importante que jamais.

Alors, comment le budget a-t-il répondu à ces défis mondiaux? En bref, le gouvernement a fait le strict minimum à l’extérieur de nos frontières, et il n’a toujours pas atteint notre « juste part ».

 

D’abord, les bonnes nouvelles

Dans le budget de lundi, 375 millions de dollars ont été alloués à la réponse mondiale à la Covid et à l’accès aux vaccins, ce qui signifie que le Canada est en bonne position pour atteindre sa part équitable d’un des piliers de la réponse mondiale :  l’Accélérateur ACT . Il s’agit du mécanisme mondial de fourniture de tests, de traitements et de vaccins aux pays en développement, qui, de manière choquante, est toujours confronté à un important déficit de financement plus d’un an après le début de cette pandémie!

 

De « moins bonnes » nouvelles

Cet investissement dans la réponse mondiale à la Covid fait partie d’une augmentation de 1,4 milliard de dollars de l’aide internationale sur 5 ans dans le budget 2021. La majeure partie de cet investissement quinquennal (1,2 milliard de dollars) est prévue pour cette année, le reste étant réparti sur les années suivantes.

Cela pourrait porter l’aide publique au développement (APD) à 0,34 % (estimation optimiste) du revenu national brut en 2021-22, soit à peu près le même pourcentage qu’en 2020-21, selon nos estimations. Cela signifie que pour chaque 100 dollars de revenu national, nous investissons, au mieux, 34 cents dans le développement international. Il s’agit d’une augmentation par rapport à la période pré-Covid, où nous étions à 27 cents, mais toujours bien en dessous des 41 cents qui constituent la moyenne des autres pays riches.

L’augmentation du budget de l’aide de cette année et les augmentations minimes annoncées pour les années à venir sont également bien inférieures à ce que nous pourrions faire. C’est pourquoi ONE et ses partenaires du domaine du développement ont demandé depuis le début de la pandémie que le Canada  investisse « 1 % des dépenses nationales de réponse et de relance de la Covid dans une nouvelle APD pour aider à répondre à la crise mondiale et à ses effets secondaires », au cours des trois prochaines années.

Avec ce budget, nous ne sommes qu’à environ 45% du chemin vers cet objectif. Il est encore possible que d’autres engagements soient pris tout au long de l’année, ce qui pourrait nous rapprocher de cet objectif. Mais le budget du gouvernement pour l’année « ne prévoit pas de place pour cet investissement. »

Si cette augmentation pouvait être une bonne nouvelle en temps normal, nous ne sommes pas en temps normal. Le monde est en crise, et la pandémie anéantit tous les progrès que nous avons réalisés pour éliminer la pauvreté et améliorer les soins de santé et l’éducation dans le monde. L’ampleur des défis auxquels le monde est confronté, non seulement pour mettre fin à la pandémie de la Covid-19 partout dans le monde, mais aussi pour faire face aux effets ravageurs, exige davantage du Canada (la pauvreté extrême est en hausse pour la première fois depuis des décennies).

 

Pas beaucoup à allouer aux enjeux du développement, comme l’éducation

Un autre aspect inquiétant du budget 2021 est que les nouveaux fonds sont tous déjà alloués à quelques initiatives, telles que la stratégie pour le Moyen-Orient, l’aide humanitaire et les investissements dans les banques multilatérales. Il n’y a pas de fonds supplémentaires disponibles pour le développement à plus long terme, comme la sécurité alimentaire, la nutrition ou l’éducation.

Le manque de fonds consacrés à l’éducation est particulièrement inquiétant, puisque le gouvernement libéral a promis de renouveler son engagement en faveur de l’éducation en cas de crise et pour les enfants réfugiés, car ce qui a été promis lors du Sommet du G7 de 2018 à Charlevoix prend fin cette année. Également cette année, le Canada doit renouveler son engagement au Partenariat mondial pour l’éducation, avec ONE et ses partenaires qui demandent que 500 millions de dollars soient investis sur 5 ans. Ce budget ne laisse pas assez de place aux investissements du Canada dans l’éducation des filles. Nous avions l’habitude d’être le leader mondial dans ce domaine, mais ce budget rend les choses plus difficiles.

 

Et pour le financement du climat ?

Une façon pour le Canada d’accroître son impact sur la scène mondiale, et de se rapprocher de l’objectif de 1 % serait d’augmenter considérablement sa contribution au financement international du climat. Encore une fois, le budget ne contient aucune précision à ce sujet.

Nous ne pouvons pas célébrer les progrès espérés sans ces nouveaux investissements, et le tableau de l’APD ne changera pas à moins que le Canada n’augmente réellement son investissement dans la lutte mondiale contre le changement climatique avant la conférence COP 26.

Pour atteindre notre juste part de l’Accord de Paris, le Canada doit investir 1,8 milliard de dollars par an en plus de l’aide internationale existante d’ici 2025-26. Cela aidera les pays en développement à réduire leurs émissions et à s’adapter aux changements climatiques. Mais si le gouvernement réduit d’autres priorités de l’APD, comme l’éducation, les soins de santé ou la lutte contre la faim, nous manquons à nouveau à nos obligations envers la communauté mondiale. Cela équivaut à déshabiller Pierre pour habiller Paul.

Sans nouvelles dans le budget, nous n’avons pas d’autre choix que de continuer à travailler sur ce dossier jusqu’à ce que le Canada annonce ses intentions dans les semaines ou les mois à venir.

 

Une véritable victoire pour la transparence des entreprises et la lutte contre la corruption

La seule vraie victoire que nous pouvons célébrer a été longue à venir, et nous sommes heureux de voir enfin ce progrès. Le Canada s’est enfin engagé à créer un registre des entreprises accessible au public pour identifier les bénéficiaires ultimes. Cela permettra de lutter contre la corruption financière et de réduire la capacité des « mauvais acteurs » à profiter des pays en développement.

Historiquement, le Canada était à la traîne par rapport à d’autres pays et était de plus en plus considéré comme un havre de paix où les individus corrompus pouvaient cacher leur argent « sale » en raison de la facilité à dissimuler la propriété réelle par le recours à des entreprises fictives.

Avec un registre public des bénéficiaires « ultimes » (c’est-à-dire réels) des entreprises canadiennes, il deviendra beaucoup plus difficile de cacher de l’argent illicite au Canada. Il reste encore du travail à faire pour s’assurer que le registre est mis en œuvre rapidement et qu’il respecte les meilleures pratiques internationales, mais il s’agit d’une véritable victoire dans la lutte mondiale pour la transparence et contre la corruption.

Le mérite en revient à Transparency International, Publish What You Pay et Canadians For Tax Fairness qui ont fait pression en ce sens pendant des années par l’intermédiaire de la campagne “End Show-Washing” campaign.

 

Qu’allons-nous faire maintenant?

Les Canadiens qui ont à cœur de lutter contre la pauvreté mondiale et les maladies évitables sont toujours confrontés à un défi. Ce budget a fait le strict minimum requis pour être « adopté », mais si le Canada ne peut pas investir sa « juste part » dans le développement mondial pendant une crise sanitaire mondiale, quand le ferons-nous ? Il est temps pour nous tous d’utiliser notre voix. Dans ce monde pandémique, nul d’entre nous n’est en sécurité tant que nous ne le sommes pas tous.

Le Canada doit faire davantage pour investir sa juste part dans l’éducation, les soins de santé et la relance mondiale après la pandémie. Le monde est confronté à une crise sanitaire et à une crise climatique. Ces crises ne s’arrêtent pas à la frontière canadienne. Nous devons les aborder en tant que communauté mondiale.

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