Les femmes et les filles

Les femmes kenyanes s’autonomisent grâce à un système bancaire parallèle

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Dans ce premier de deux articles sur les banques parallèles qui aident les femmes à atteindre une certaine stabilité financière, Women’s Advancement Deeply se penche sur un collectif d’épargne au Kenya qui permet aux femmes qui s’y joignent de devenir plus indépendantes.

Orge Konchora avait toujours souhaité que ses enfants fréquentent l’école, mais le salaire de son mari comme chauffeur ne lui permettait pas de payer les frais de scolarité, elle savait qu’elle devait faire quelque chose. Bien que la famille ait été propriétaire de quelques têtes de bétail, les animaux appartenaient entièrement à son mari, et bon nombre de bêtes ont péri lors d’une sécheresse. Cela voulait donc dire que le couple devait travailler encore plus dur pour payer les frais d’écolage des enfants et voir aux dépenses du ménage.

Ce n’était pas facile pour cette femme de 53 ans, mère de deux enfants, parce que dans la région de Gabra dont elle est originaire, comme dans bien des collectivités pastorales du nord du Kenya en proie à des sécheresses, il n’est pas permis à une femme de posséder des biens, que ce soit des terres ou du bétail.

Konchora est donc devenue membre du collectif d’épargne mis sur pied par des femmes du village et d’autres villages à proximité pour les aider à prendre leurs revenus en main. Il s’agissait des seuls revenus pour ces femmes depuis des décennies. Ses deux enfants sont maintenant inscrits dans une université à Nairobi, la capitale du pays.

« La vie n’était pas facile. J’avais la chance de vivre près de l’autoroute, alors je pouvais vendre du pain et du thé aux travailleurs chinois qui construisaient l’autoroute Nairobi-Moyale. Mais ce n’était que temporaire. Maintenant, je suis toujours en affaires et je peux payer les frais de scolarité de mes enfants lorsque mon mari a des difficultés financières » dit Konchora.

Lorsqu’elles ont décidé de mettre sur pied le collectif, les femmes ont eu droit pendant deux ans à des cours de la part d’un mentor local en littératie de base et en gestion des affaires, y compris en tenue de livres. Après ces deux années, elles ont pu voler de leurs propres ailes et s’occuper de leurs entreprises.

Au Kenya, 20 % de la population n’a pas accès à une institution financière ou à des services monétaires mobiles, deux tiers de ces personnes sont des femmes.

Toutefois, pour l’ensemble, la situation s’améliore. En 2017, selon la base de données Findex de la Banque mondiale, 1,2 milliard d’adultes avaient pu ouvrir un compte bancaire depuis 2011, dont 515 millions depuis 2014. Entre 2014 et 2017, la proportion d’adultes qui avaient un compte bancaire auprès d’une institution financière ou d’un service bancaire mobile est passée, à l’échelle mondiale, de 62 à 69 %. Dans les économies en développement, la proportion est passée de 54 à 63 %. Pourtant, les femmes dans les économies en développement demeurent 9 % moins susceptibles que les hommes d’avoir un compte bancaire. La base de données indique que les raisons de la difficulté des femmes des zones rurales à avoir accès à des services financiers sont l’analphabétisme, le faible taux de scolarisation, l’absence de droits fonciers et les restrictions socioculturelles sur la propriété et la mobilité.

Dans le collectif auquel Konchora s’est inscrite, les femmes travaillent en groupe, elles conviennent d’un maximum de 15 membres, dont trois forment une entreprise qu’elles transforment par la suite en partenariat. Les 15 femmes commencent alors à économiser de l’argent et elles peuvent emprunter des sommes en cas d’urgence ou pour faire croître leurs entreprises. Elles acceptent de rembourser les sommes empruntées en trois mois avec un intérêt de 10 %. De plus, les femmes contribuent chaque mois pour acheter des actions du collectif d’épargne.

Ceci assure que les femmes, qui pour la plupart n’ont pas de compte bancaire, peuvent profiter de services financiers qu’elles gèrent elles-mêmes. Elles ont aussi la possibilité d’être propriétaires de biens et d’avoir accès à leur propre argent sans dépendre de leurs maris ou avoir à se déplacer sur des centaines de milles pour se rendre à des institutions bancaires officielles dans la ville de Marsabit.

Chaque groupe se dote d’une constitution. Tout retard dans le remboursement d’un prêt entraîne une amende. Si une personne parle durant une réunion, elle doit payer une amende de 20 shillings (0,20 $). Selon Bordakhane Sujo, présidente du collectif d’épargne Bakaal dans le village de Loglogo, ceci assure la discipline et le sérieux entre les membres. Il y a aussi deux compteuses d’argent dans chaque groupe qui sont responsables de confirmer le montant d’argent en caisse avant le début des réunions.

Meshack Omarre, directeur régional du projet BOMA, une ONG qui travaille à autonomiser les filles et les femmes des zones nord du Kenya et d’une partie de l’Ouganda frappées par une sécheresse, dit que normalement elles seraient les femmes les plus pauvres et les moins autonomes de la région en raison des croyances culturelles profondément ancrées dans les collectivités. Mais selon lui, ces banques informelles changent la donne lentement, mais sûrement.

« Les femmes ici sont considérées comme du bétail, on les croit totalement ignorantes. On en trouve même dans des régions éloignées qui sont d’accord avec les hommes qui pensent ainsi » dit Omarre. « Mais ça change graduellement. Les hommes en viennent à accepter que leurs revenus seuls ne peuvent subvenir aux besoins de leurs familles, et qu’ils ont besoin de leurs femmes. »

Dans la partie 2 de ce reportage, Women’s Advancement Deeply se penche sur les stratagèmes astucieux déployés par ces banques informelles pour s’assurer que leur argent est en sécurité, mais toujours accessible.

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