Comment un collectif de femmes scientifiques aide des jeunes filles du Sierra Leone à se prendre en charge
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Comment un collectif de femmes scientifiques aide des jeunes filles du Sierra Leone à se prendre en charge

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Texte et photographies de Cooper Inveen.

Par un bel après-midi sur le bord de mer ensablé de Freetown Fatima Morenike, 11 ans, mange une crème glacée avec Agnes Mimi Bengali, une biologiste sierraléonaise.

Fatima est une des deux jeunes filles désignées par son école pour prendre part à un programme de mentorat conçu par STEM Women Sierra Leone, un collectif local de 58 femmes issues du domaine des sciences, de la technologie, du génie et des mathématiques voué à transmettre aux filles leur passion pour les sciences.

Les étudiantes Fatima (à gauche) et Gladys.

Le groupe encadre une cinquantaine de jeunes filles d’un peu partout au pays, et les 14 filles sélectionnées pour passer leur examen d’admission à l’école secondaire en juillet dernier l’ont réussi haut la main. Depuis le décès de sa mère en 2012, Fatima vit avec sa tante pour qui l’éducation n’est pas importante, c’est pourquoi l’encouragement qu’elle reçoit grâce au mentorat représente un tournant dans sa vie.

Depuis qu’elle a rencontré Agnes, Fatima est passée de l’école primaire à secondaire et s’est même vue offrir une bourse de la Première dame de la Sierra Leone pour poursuivre ses études au Nigeria.

L’organisme STEM Women Sierra Leone a été fondé en avril 2016 par Kumba Liliana Musa, une ingénieure de 27 ans qui habite Freetown. Inspirée par son père qui a milité toute sa vie pour les droits des femmes, et frustrée par la sous-représentation des femmes dans son domaine, Musa a personnellement recruté localement des douzaines de médecins, d’ingénieures, de géologues et d’autres spécialistes pour aider à mettre sur pied STEM Women. Il s’agit de la première organisation du genre dans un pays où, selon l’UNESCO, le quart des adolescents ne fréquentent pas l’école. En décembre, elle a été nommée récipiendaire du       Queen’s Young Leadership Award qui lui sera remis en personne par la Reine plus tard cette année.

Depuis la gauche Fatima, Gladys, et la biologiste et mentor.

Selon Kumba, « Il ne s’agit pas seulement d’inciter plus de filles à s’investir dans STEM, mais aussi de bonifier l’éducation [en Sierra Leone] par l’intervention de STEM. Il ne sert à rien de simplement parler aux filles des domaines dans lesquels nous travaillons alors qu’ici le système d’éducation est si défaillant. Je suis passée par là, et ça ne m’a nullement préparée à ce que j’ai vu sur le terrain. C’est pourquoi nous nous concentrons sur l’éducation. »

Au cours de la première année de fonctionnement, les membres de STEM Women ont visité plus d’une vingtaine d’écoles pour parler de leurs carrières en sciences et en mathématiques. Elles ont aussi rassemblé des manuels scolaires et autres matériels didactiques pour leur cinquantaine de mentorées, et organisé de nombreux événements, le tout à leurs propres frais. En outre, elles ont envoyé huit étudiantes pour une semaine dans un camp organisé par le bureau de la Première dame, là où Fatima a reçu sa bourse d’études.

Depuis la gauche, les étudiantes Gladys et Fatima avec leurs mentors Agnes et Nadia.

Travailler dans un pays en développement comporte de nombreux défis. Des parents aux idées plus traditionnelles hésitent à encourager l’intérêt de leurs filles envers les sciences, et les mentors ont parfois de la difficulté à communiquer avec des étudiantes qui n’ont pas de téléphone cellulaire. Agnes se souvient d’avoir demandé à la société des transports de la Sierra Leone un autocar pour organiser une sortie avec ses filles, mais que sa demande avait été refusée parce que la société n’avait pas d’autocar capable de monter une pente.

Au fur et à mesure que STEM Women prend de l’ampleur en Sierra Leone, les responsables du programme entendent effectuer un suivi étroit de chaque fille du secondaire jusqu’au collégial, et un programme de mentorat au niveau universitaire est à l’étude. D’ici à son premier anniversaire de fondation en avril, le groupe entend aussi lancer un programme de cours particuliers basé sur des plans et des exercices conçus en fonction des intérêts personnels de chaque étudiante. À cette étape, si une étudiante ne manifeste plus le même intérêt pour les sciences, rien ne sera perdu si au moins elles ont appris des leçons de vie et vu ce que les femmes sierraléonaises sont capables d’accomplir.

Nadia, à gauche, et Fatima.

Entre temps, Fatima semble vraiment s’épanouir dans sa relation avec Agnes. « Elle est gentille avec moi et apprendre avec elle est amusant. Aujourd’hui je veux apprendre l’électricité. Moi aussi, je veux être une scientifique » dit-elle.

Le mentorat exige beaucoup des femmes qui s’y investissent, mais Agnes illustre bien leur détermination à améliorer le sort de leur pays et à générer de l’intérêt dans ce secteur. « Bon nombre de personnes dans nos domaines voient plus d’occasions ailleurs, mais il y a tant à faire pour améliorer les choses ici, surtout pour les filles inscrites au programme STEM » dit‑elle, et ajoute « On ne peut pas toutes partir. Quelqu’un doit rester et aider la prochaine génération. »

Depuis la gauche : Gladys, Nadia et Fatima.

Pour Kumba, la chose la plus importante que STEM Women peut enseigner aux jeunes sierraléonaises est d’être prudente, mais jamais craintive, et qu’il n’y a rien qui les empêche de faire des choses mêmes si elles sont jeunes.

De dire Kuma, « Il faut tours bien réfléchir avant d’agir, mais mon conseil aux filles est de ne jamais craindre de faire ce que nous croyons être bien. Être chef de file, c’est de savoir que faire et comment s’y prendre. »

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