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Comment le Canada peut soutenir la lutte à la COVID-19 en Afrique et à l’échelle mondiale

ONE

Le 15 mai 2020, ONE Canada organisait une discussion relayée en direct sur l’impact qu’avait la COVID 19 en Afrique et sur le rôle que le Canada peut jouer pour contribuer à la lutte contre la pandémie à l’échelle de la planète. Ont pris part à cette discussion la ministre du Développement international, Karina Gould, Serah Makka Ugbabe, directrice de ONE pour le Nigeria, et le journaliste indépendant nigérien Peter Nkanga. Alors que le nombre de personnes atteintes ne cesse d’augmenter en Afrique, ces échanges revêtent toute leur importance.

ONE World Facebook Live: COVID-19 in Africa

LIVE: Today we were joined in an exclusive Facebook discussion by the Minister of International Development Karina Gould 🇨🇦 , Nigerian Journalist Peter Nkanga 🇳🇬 and Director for ONE Africa, Serah Ugbabe 🇳🇬
TV personality Sangita Patel hosted the interesting debate on how COVID-19 is affecting life in Africa and what Canada is doing to support a global response plan as part of #ONEWorld
Watch again here and let us know your comments below.

Posted by ONE on Friday, May 15, 2020

Bien que les panélistes aient abordé de nombreux aspects de l’impact de la COVID-19 en Afrique, le temps a manqué pour répondre à toutes les questions de l’auditoire. Les experts ont plutôt choisi de répondre par écrit, et voici certaines de leurs réponses.

Questions et réponses avec la ministre Karina Gould

Compte tenu de l’ampleur du déficit post-COVID, croyez-vous qu’il y aura au cours des prochains mois des incidences sur les budgets d’aide extérieure? Que dites-vous aux gens qui croient que le Canada devrait consacrer tous ses efforts au pays?Lara S., Caledonia, Ontario

Les défis à l’échelle mondiale posés par la pandémie de la COVID-19 sont sans précédent. La COVID 19 nous montre bien que les virus ne connaissent pas de frontières. Le Canada a accordé une aide internationale pour répondre aux besoins les plus pressants parce que la santé des Canadiens et des Canadiennes est tributaire de la santé de tout le monde, peu importe où ils vivent.

Cette pandémie pourrait bien exacerber les inégalités et inverser les gains en matière de développement, surtout pour les femmes et les enfants qui sont déjà parmi les plus pauvres et les plus vulnérables de la planète:

Le Canada a répondu présent et fait sa part, tant à l’échelle nationale qu’internationale. Lors d’un récent sommet à l’ONU sur la relance post COVID, dont le Canada était un des organisateurs, le premier ministre Justin Trudeau a déclaré « Nous savons que le meilleur moyen d’aider les gens et d’aider les économies à se remettre sur pied est d’amener la communauté mondiale à travailler ensemble. »

Une solide relance économique peut être la base d’éventuels partenariats commerciaux et les assises d’une prospérité, d’une sécurité et d’un bien-être partagés.

L’Afrique compte la plus importante population de jeunes de l’histoire du monde, et la COVID 19 a fait basculer les économies africaines au point d’entraîner des mises à pied massives. Comment le Canada est-il intervenu et par quelles mesures pour atténuer la situation du chômage chez les jeunes en Afrique?Stephanie Kusa, Kenya

Le Canada soutient un certain nombre d’initiatives pour accroître l’employabilité des jeunes, notamment en Éthiopie, au Kenya, au Mali, au Mozambique, au Nigeria, au Sénégal et en Tanzanie. Ces initiatives visent à renforcer les compétences et connaissances entrepreneuriales des jeunes, surtout des jeunes femmes. Au Nigéria, le Canada s’est associé aux Mennonite Economic Development Associates (MEDA) pour favoriser la création d’entreprises et accroître les possibilités d’activités rémunératrices pour les femmes et les jeunes de l’État de Bauchi. On mise ainsi sur la mobilisation des instances gouvernementales et du secteur privé. Au Mozambique, le Canada agit en partenariat avec Collèges et instituts Canada pour offrir plus de possibilités économiques aux femmes et aux hommes possédant des qualifications et leur donner accès au marché du travail.

Le Canada travaille aussi dans le cadre de partenariats à promouvoir la croissance économique en Afrique en solidifiant nos rapports d’échanges commerciaux et d’investissement, ce qui implique la réduction des barrières commerciales. Ces activités contribuent à la création d’emplois et de débouchés pour les jeunes. Notre engagement s’est aussi manifesté lors de récentes visites ministérielles en Afrique. Au début de 2020 j’ai visité la République démocratique du Congo et la République du Congo, une visite sous le thème des secteurs clés de la coopération, soit l’aide humanitaire, la santé et l’éducation. En outre, en février dernier, Mary Ng, ministre de la Petite Entreprise, de la Promotion des exportations et du Commerce international a effectué des visites très productives en Afrique du Sud, au Kenya et en Éthiopie. Elle y a discuté d’enjeux cruciaux pour le développement comme l’autonomisation économique pour les femmes, le commerce libre, ouvert et fondé sur des règles, et la croissance durable au profit de tous.

Diverses formes de détournement ou de mauvaise gestion de fonds venant de différents pays donateurs ou organisations d’aide peuvent souvent nuire aux résultats souhaités en matière d’accès aux soins de santé. Quels sont les protocoles et les méthodes qu’utilise le Canada pour effectuer un suivi, contrôler et rendre compte de l’aide financière et en nature versée à des pays ou des fonds spécifiques par pays afin de s’assurer qu’elle soit dépensée efficacement? Akelewold Wagayehu Bekele, médecin et champion ONE en Éthiopie

Nous sommes engagés à l’efficacité et l’efficience de l’aide internationale au développement. Affaires mondiales Canada fait preuve de diligence raisonnable et adopte une approche basée sur le risque, y compris l’évaluation des risques fiduciaires liés à nos partenaires, à nos projets et aux gouvernements étrangers.

Nous surveillons étroitement les rapports sur les résultats atteints et la reddition de comptes de la part de nos partenaires. Les organisations sont tenues d’aviser immédiatement le ministère advenant des allégations ou des cas avérés de mauvais usage de fonds, de fraude, de versements de pots de vin, de corruption ou d’irrégularités financières.

Le ministère mène aussi des audits de conformité basés sur une approche basée sur le risque et entreprend régulièrement des évaluations de projets et de programmes.

Questions et réponses avec Serah Ugbabe, directrice de ONE pour le Nigeria

À quoi ressemblerait une hausse dramatique du nombre de cas, et nos réseaux de santé sont-ils prêts à y faire face?Citlalli Rios, Toronto, Ontario

Une hausse dramatique des cas en Afrique signifierait que les établissements de santé seraient rapidement débordés. Cette situation serait d’autant plus grave que bon nombre de réseaux de santé du continent sont sous financés depuis des décennies, et qu’il manque du matériel de base comme de l’équipement de protection individuelle et des ventilateurs pulmonaires pour traiter les personnes atteintes par la COVID 19. Selon des estimations récentes de la situation en RDC, il n’y aurait qu’un seul respirateur pour 20 millions de citoyens. De plus, les établissements de santé actuels manquent d’équipement de protection individuelle pour permettre de traiter efficacement et sûrement tous les cas qu’occasionnerait une flambée d’envergure. L’Afrique est tributaire du reste du monde pour le matériel médical et d’EPI, ce qui pourrait mettre en danger les professionnels de la santé qui sont déjà parmi les groupes les plus à risque dans cette pandémie, et ce même dans les pays disposant des établissements les mieux équipés.

Bien que bon nombre de réseaux de santé africains puissent miser sur des connaissances et un savoir faire en prévention et lutte contre la propagation de maladies acquis lors des éclosions récentes d’Ebola, les réseaux de santé à l’échelle du continent souffrent d’un sous financement chronique et sont incapables, même en circonstances favorables, de répondre aux besoins en matière de santé de leurs citoyens. L’Afrique subsaharienne a dépensé 5,18 % de son PIB en 2017 dans les soins de santé, des pays comme l’Angola et l’Érythrée moins de 3 %. La moyenne mondiale est de 9,9 %. Les soins de santé doivent figurer bien haut dans la liste des priorités des gouvernements des pays du continent s’ils veulent traverser la crise actuelle et se préparer à de nouvelles flambées de maladies infectieuses.

Dans certains pays d’Afrique, 80 % des gens en confinement pourraient perdre leurs sources de revenus. Sur le plan pratique, comment se traduit cette situation?Vidhya Magendran, Toronto, Ontario

Les pertes de revenus découlant de la COVID 19 affecteront les classes les plus vulnérables et occasionneront immédiatement une hausse de l’insécurité alimentaire et des cas de malnutrition. Des millions d’Africains sont déjà en situation précaire sur le plan de la sécurité alimentaire. Une personne sur cinq en Afrique subsaharienne est sous alimentée. En Éthiopie et au Nigeria, près de 60 % des dépenses des ménages vont à l’alimentation. Au Sénégal, 85 % des Sénégalais ont déjà signalé une baisse de revenus, plus du tiers dit avoir eu moins à manger. Il y a eu des manifestations un peu partout dans le monde. Avec l’imposition de barrières commerciales, la production agricole pourrait chuter de 7 % en Afrique subsaharienne, et les importations d’aliments connaître une baisse de 25 % en 2020. Cette situation entraînera une hausse des prix des aliments pour des millions d’Africains qui vivent en situation d’insécurité alimentaire. Les gouvernements interviennent en ouvrant des magasins d’alimentation ponctuels en des points stratégiques, et prolongent des programmes de bien être social. Ces efforts sont cependant grandement insuffisants pour contrer les défis économiques et agricoles posés par la pandémie.

Les pertes de revenus et la détérioration de l’économie entraîneront probablement une hausse du taux de criminalité et une baisse des résultats scolaires pour les enfants africains. La COVID 19 a déjà eu des effets sur 90 % des écoliers inscrits dans 190 pays. Alors que les écoles et les étudiants s’adaptent à la crise, les enfants africains risquent de plus en plus de subir des retards d’apprentissage. Seulement 28 % des Africains ont accès à Internet, et seulement un enfant sur cinq de ceux exclus des écoles lors de la récente épidémie d’Ebola en 2014 2016 avaient accès à la radio éducative. Le résultat de ces reculs en matière d’éducation des enfants africains pourrait avoir de profondes et négatives conséquences dans l’ensemble du continent.

Concernant l’accès à l’eau potable dans certaines régions d’Afrique, j’ai lu que certaines régions n’y ont pas accès. Comment les gouvernements traitent ils la question? Claudia Possentini, Londres, Royaume-Uni

L’accès à l’eau potable est un défi de taille pour de nombreux Africains, un problème qui a des incidences sur l’état de santé des enfants. Par exemple, en Afrique de l’Ouest et en Afrique centrale, moins de 50 pour cent des écoles ont accès à l’eau. Le manque d’accès à l’eau touche aussi les établissements de santé et les résidences. Il y a ainsi un danger parce que le lavage régulier des mains est une des recommandations de l’OMS pour se protéger de la COVID 19. Plusieurs pays africains tirent de l’arrière en matière de cibles nationales en hygiène. En 2018, un peu moins de 50 % de la population du Ghana pouvant dire être protégé par des normes d’hygiène nationales. En Zambie, ce chiffre est d’environ 15 %.

L’obligation du lavage des mains et l’utilisation de désinfectants pour les mains était une réponse immédiate de la part des gouvernements. Par contre, elle ne règle pas les problèmes à plus long terme d’hygiène et d’approvisionnement en eau avec lesquels les pays africains ont à composer. Prenons l’exemple du Nigeria. Le Nigeria a un plan ambitieux devant le mener à 2030 d’une couverture ciblée à 100 % d’alimentation en eau potable des régions urbaines et rurales, ainsi qu’un plan complet de promotion de l’hygiène dans les écoles et les établissements de santé. Cependant, malgré les cibles et les politiques audacieuses, le pays continue de tirer de l’arrière par rapport aux cibles qu’il s’est lui même fixées en raison du manque de ressources financières pour embaucher du personnel et retenir les services d’organisations pouvant assurer la formation. Le Nigeria, à l’instar d’autres pays africains, doit régler le problème d’accès à l’eau potable en en faisant une priorité de ses politiques et en veillant à ce que sa mise en œuvre soit adéquatement financée et transparente.

Pour mieux comprendre, notre responsable des politiques explique comment le Canada peut agir maintenant pour vaincre la COVID 19 ici et partout.

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