La stratégie Canada-Afrique un an plus tard Transformer les mots en actions

La stratégie Canada-Afrique un an plus tard Transformer les mots en actions

RÉSUMÉ

Il y a un an, le Canada a publié sa toute première stratégie pour l’Afrique, marquant ainsi une étape importante dans ses relations avec le continent et reconnaissant l’Afrique comme un partenaire économique et stratégique clé. Un an plus tard, la question clé demeure : le Canada a-t-il mis en œuvre sa stratégie pour l’Afrique ?  

Dans un contexte d’instabilité géopolitique et d’incertitude économique croissantes, la diversification commerciale est devenue une priorité pour le nouveau gouvernement canadien dirigé par le premier ministre Mark Carney. En conséquence, le gouvernement s’est engagé à doubler ses échanges commerciaux avec les pays autres que les États-Unis au cours des dix prochaines années. Dans ce contexte, le Canada a pris des mesures pour renforcer son engagement envers l’Afrique. Il a notamment nommé un observateur permanent auprès de l’Union africaine, prévu l’ouverture de nouvelles ambassades dans plusieurs pays africains et augmenté le nombre de vols directs reliant le Canada aux grandes villes africaines. 

Malgré ces développements, les échanges commerciaux entre le Canada et l’Afrique restent extrêmement limités. Moins de 1 % des exportations canadiennes sont destinées aux marchés africains, ce qui souligne le potentiel inexploité d’un renforcement des liens économiques. Dans le même temps, les réductions proposées de l’aide internationale risquent de compromettre les objectifs de développement et de sécurité de la stratégie, en particulier dans les pays fragiles et à faible revenu où l’aide contribue à stabiliser les communautés et à sauver des vies.  

La stratégie africaine du Canada est ambitieuse et représente un pas dans la bonne direction. Mais pour réaliser pleinement son potentiel, le Canada doit passer rapidement de l’intention à la mise en œuvre. Cela signifie poursuivre les visites diplomatiques de haut niveau en Afrique, publier un plan de mise en œuvre clair avec des objectifs mesurables et, surtout, soutenir la stratégie par des investissements financiers significatifs. Si le gouvernement veut atteindre son objectif déclaré de doubler le commerce hors États-Unis au cours de la prochaine décennie, l’Afrique ne doit pas être négligée. Il est essentiel de passer de l’intention à l’action dans le cadre de la stratégie Canada-Afrique. 

PRINCIPALES CONCLUSIONS

  • Si les entreprises canadiennes exploitent le potentiel du continent, elles pourraient doubler leurs exportations vers les pays africains au cours des dix prochaines années, pour atteindre 13 milliards de dollars d’ici 2035. 
  • Les importateurs canadiens pourraient également doubler leurs achats auprès des pays africains au cours des dix prochaines années, pour atteindre 20,9 milliards de dollars d’ici 2035, soutenant ainsi leur développement économique tout en offrant plus de choix aux consommateurs canadiens. 

RECOMMANDATIONS POLITIQUES

Le Canada devrait agir immédiatement en :  

  • Organisant une mission commerciale de haut niveau en Afrique, dirigée par le premier ministre, afin de renforcer les partenariats économiques et d’approfondir les liens en matière d’investissement.  
  • Publiant un plan de mise en œuvre clair pour la stratégie Canada-Afrique, assorti d’objectifs mesurables, notamment en matière d’augmentation des échanges commerciaux et des investissements bilatéraux.   
  • Allouant des fonds à la stratégie Canada-Afrique, sur le modèle de la stratégie indo-pacifique du Canada, qui a engagé 3,2 milliards de dollars pour développer l’engagement économique dans la région.  
  • Mettant en œuvre le mécanisme d’engagement de la diaspora décrit dans la stratégie Canada-Afrique. 

À long terme, le Canada devrait : 

  • Mandater Exportation et développement Canada (EDC) pour soutenir les PME opérant au Canada et en Afrique, comme cela a été fait pour la stratégie indo-pacifique, une réussite canadienne en termes d’engagement économique avec une région. Il est essentiel de reproduire les succès et les enseignements tirés de la stratégie indo-pacifique afin de maximiser l’impact de la stratégie du Canada en Afrique. 
  • Explorer les voies d’une intégration commerciale plus profonde entre le Canada et l’Afrique, y compris la possibilité d’engager certains pays africains dans l’Accord de partenariat transpacifique global et progressiste.
  • Envisager d’entamer des négociations en vue de la mise en œuvre d’un accord de libre-échange à part entière avec une ou plusieurs des plus grandes économies africaines. 

Ce travail et le rapport complet ont été réalisés par Elise Legault, Mohamed Khalil Larhrib et Ciuriak Consulting.


DONNÉES CLÉS

Exportations réelles (2024) et potentielles (2035) de produits manufacturés, agroalimentaires et miniers entre le Canada et l’Afrique (en milliards de dollars canadiens)

AnnéeRégionFluxProduits manufacturésProduits agroalimentairesProduits miniersTotal
2024AfriqueImportations2.231.875.879.97
2035AfriqueImportations5.793.4311.6520.87
BACI et valeurs potentielles pour 2035 basées sur les estimations ONE et Ciuriak.

Exportations réelles (2024) et potentielles (2035) de produits manufacturés, agroalimentaires et miniers entre le Canada et l’Afrique (en milliards de dollars canadiens)

AnnéeRégionFluxProduits manufacturésProduits agroalimentairesProduits miniersTotal
2024AfriqueExportations2.612.72.896.22
2035AfriqueExportations5.795.631.8313.00
BACI et valeurs potentielles pour 2035 basées sur les estimations ONE et Ciuriak.