Principales conclusions

2010 est la date limite que s’est donnée le G8 pour prendre une série d’engagements historiques visant à « aider l’Afrique à construire les réussites futures que nous voulons tous voir apparaître ». À mi-chemin de cette année critique, ONE rejoint le G8, les gouvernements d’Afrique et les activistes du monde entier pour se pencher sur les cinq dernières années et proposer une nouvelle stratégie pour aller de l'avant.
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LES ENGAGEMENTS DE GLENEAGLES N'ONT PAS ÉTÉ ENTIÈREMENT TENUS, MAIS CES CINQ DERNIÈRES ANNÉES ONT MONTRÉ DES AMÉLIORATIONS HISTORIQUES DANS L’AIDE AU DÉVELOPP EMENT ET L'ANNULATION DE LA DETTE DE L’AFRIQUE

Il reste encore à résoudre plusieurs points faibles évidents au niveau des donateurs individuels et des engagements sectoriels. Cependant, les donateurs sont dans l’ensemble parvenus à une augmentation historique de l’aide au développement de l’Afrique sub-saharienne entre 2005 et 2010. Cette aide a en fait augmenté de 5,5 milliards $ entre 2000 et 2004 mais la hausse prévue sur la période 2005-2010 représente 2,5 fois ce niveau et constitue la plus importante augmentation pour l'Afrique sub-saharienne enregistrée sur une période de six ans. Avec une annulation de la totalité de la dette des pays qualifiés et une hausse d’environ 13,7 milliards $ de l’aide au développement, les donateurs ont poussé les pays africains à accélérer leur agenda de développement, notamment en développant l’accès aux médicaments antirétroviraux (ARV) et en scolarisant plus de 42 millions d’enfants supplémentaires.

LE G7 EST EN ROUTE POUR APP ORTER UNE AUGMENTATION DE 13,7 MILLIARDS $, OU 61 % DES HAUSSES DE L’AIDE AU DÉVELOPP EMENT PROMISES. LA PERFORMANCE DES AUTRES REGROUPEMENTS D'ETATS RESTE QUANT À ELLE EN RETRAIT

Le G7 est en route pour parvenir à 61 % de ses engagements combinés envers l'Afrique sub-saharienne d'ici 2010 avec une augmentation de 13,7 milliards $ sur les 22,6 promis. Ces montants sont basés sur une hausse programmée de 3,8 milliards $ de la part du G7 en 2010, une estimation que ONE a tirée de la plupart des documents budgétaires actuels ainsi que de ses discussions avec les gouvernements du G7. À la fin de l’année 2009, le G7 avait atteint 44 % de l'engagement de hausse total avec 9,9 milliards $ supplémentaires par rapport au niveau de 2004.

Les membres du G7 n’ont pas été les seuls pays à prendre des engagements en faveur de l’aide au développement à l’époque de Gleneagles. 2010 est ainsi une année importante pour étudier la performance des autres groupements de pays.

  • Au total, les pays donateurs (les 22 pays communiquant à l’OCDE des données relatives à l’aide au développement pour l’année 2009) ont annoncé une augmentation totale de l’aide au développement en Afrique sub-saharienne de 28,5 milliards $. ONE estime qu’ils parviendront à 17,1 milliards $ en 2010, soit 60 % de l’engagement total.
  • Hors G7, les autres pays se sont engagés à augmenter l'aide au développement en Afrique sub-saharienne de 5,9 milliards $ et devraient atteindre 3,4 milliards $ d'aide supplémentaire en 2010, soit 57 % de leurs engagements totaux.
  • Au final, l’UE (comprenant quatre membres du G7) s’est engagée à ajouter 22,9 milliards $ à l’aide au développement de l’Afrique sub-saharienne. ONE estime que l’UE obtiendra une hausse de 8,6 milliards $ en 2010, c'est-à-dire seulement 38 % de son engagement total. Cependant, il faut noter que plusieurs membres de l’UE figurent régulièrement parmi les meilleurs élèves en matière d’APD, notamment le Danemark, le Luxembourg, les Pays-Bas et la Suède qui ont sur atteindre leur objectif de 0,7 % du RNB à l’image de la Norvège.

L’ÉVALUATION FINALE DU G7 DOIT SE FAIRE A LA LUMIERE DE L'AMBITION, DES RÉSULTATS ET DE LA VISION DE L'APRÈS 2010

Dans le passé, ONE a principalement fondé son évaluation des performances sur le fait qu’un pays était ou non « sur la bonne voie » pour parvenir à son engagement d’aide au développement en 2010. Fort de l’expérience de ces cinq dernières années, ONE estime qu’une bonne évaluation des engagements des donateurs à Gleneagles doit s’appuyer sur trois facteurs équilibrés :

  • L’ENGAGEMENT, qui envisage l'ambition de la promesse originelle du donateur en volume et par rapport à la taille de son économie ;
  • LE RÉSULTAT, qui ne s’appuie pas seulement sur la part de l’engagement de Gleneagles effectivement atteinte mais sur l’aide effectivement apportée entre 2004 et 2010, tant en volume qu’en fonction de la croissance de la part du RNB
  • LES PRÉVISIONS POUR L’AVENIR, qui évaluent les plans d’actions de chaque donateur pour son partenar futur avec l’Afrique et permettent d’estimer si les objectifs pour l'après Gleneagles sont en place. La variable la plus importante est le résultat d’ensemble. La Figure 1 montre la part de chacun de ces facteurs dans l’évaluation des performances individuelles.

LES PREMIERS PROGRÈS SUR LA DETTE PEUT-ÊTRE REMIS EN CAUSE ; DES PROGRÈS LENTS SUR LA QUALITÉ DE L’AIDE ET DES PROGRÈS SUR LE COMMERCE ET L’INVESTISSEMENT QUI ÉMERGENT À PEINE

EN MATIÈRE D’ANNULATION DE LA DETTE, LES PREMIERS PROGRÈS FONT FACE À UNE DÉTÉRIORATION DE LA SITUATION

L’annulation de la dette a produit des bénéfices significatifs pour les pays qui ont pu consacrer à leur peuple les économies ainsi réalisées. L’accord conclu à Gleneagles visant à soutenir une annulation intégrale de la dette a été salué quand les partenaires du développement ont joint leurs efforts pour transformer rapidement les paroles en actes un peu plus tard en 2005 lors des Assemblées d'automne de la Banque mondiale et du FMI. Toutefois, certains donateurs (à savoir la France, l’Italie, le Japon et les États-Unis) n’ont pas mené à bien les engagements financiers nécessaires pour tenir cette promesse. Par ailleurs, malgré une intensification de l’annulation de la dette, le nombre de pays souffrant du poids d'une dette trop importante ne s'est que très modérément réduit car certains pays ont contracté de nouveaux emprunts et certains donateurs (comme la France) ont concentré leur APD sur les prêts plutôt que sur les dons.

LES PROGRÈS SUR LA QUALITÉ DE L'AIDE ONT ÉTÉ LENTS

Les progrès dans la mise en place des principes de la Déclaration de Paris ont été étudiés en septembre 2008 lors du Troisième Forum de Haut Niveau sur l’Efficacité de l’Aide au Développement à Accra. Le Forum a conclu que, malgré des avancées significatives (notamment de la part des gouvernements des pays bénéficiaires), le progrès d’ensemble n’était pas suffisant pour atteindre les objectifs de la Déclaration de Paris en 2010. S’appuyant sur des déclarations précédentes relatives à la mise en place des promesses de la Déclaration de Paris, plusieurs donateur du G8, le Canada, l'Allemagne, l'Italie et le Royaume-Uni, on préparé des plans d'actions en 2008 et 2009 pour atteindre les engagements en matière d’efficacité de l’aide au développement énoncés à Accra. La plupart ont été mis à jour et renforcés cette année. La France, le Japon et les États-Unis sont encore en train de développer de tels plans d’actions ou révisent leurs cadres stratégiques pour adopter les principes d’efficacité. Bien que ces documents comprennent des objectifs précis et limités dans le temps pour améliorer les politiques d’aide afin d’atteindre les engagements pris à Paris et Accra, les données utilisables pour évaluer les progrès au cours de l’année écoulée sont limitées. Le Groupe de Travail sur l’Efficacité de l’Aide du CAD doit mener une nouvelle étude sur la performance dont les résultats indiqueront le niveau de réussite des donateurs en matière d’efficacité de l’aide en 2010. Cette étude ne sera cependant pas publiée avant 2011.

SUR LE COMMERCE ET L’INVESTISSEMENT, PEU À ATTENDRE DU FAIBLE ENGAGEMENT

Les progrès ont été limités, voire inexistants, dans la réalisation de changements de politique visant à aider « le commerce à fonctionner en Afrique ». Même si l’aide au commerce a augmenté au fil des ans, elle reste bien en deçà des besoins. Des avancées ont eu lieu sur l'accès aux marchés mais certains produits restent exclus et les différences entre les programmes les rendent difficiles à utiliser.

Plusieurs programmes de subventions ont par ailleurs été supprimés. La dynamique a presque disparu au Programme de Doha pour le développement. La situation semble plus prometteuse pour les investissements : les IDE en Afrique sub-saharienne ont été multipliés par 10 environ entre 2000 et 2008 (avant une forte baisse en 2009 en raison de la crise financière) et le capital de la Banque Africaine de développement devrait augmenter tandis que de nouveaux corridors économiques voient le jour. Il faut à présent intensifier les efforts pour faciliter un niveau d’investissement supérieur sur le continent.

LES NOUVELLES RESSOURCES OBTENUES ONT ÉTÉ INVESTIES CONJOINTEMENT AUX RESSOURCES AFRICAINES POUR PARVENIR À DES RÉSULTATS SIGNIFICATIFS

Depuis 2004, ces augmentations historiques de l’aide au développement ont contribué à des résultats impressionnants dans les domaines visés, notamment lorsqu’elles étaient associées à des investissements et à la volonté politique des gouvernements africains. À l’image des différences entre les promesses d’APD des différents donateurs, la réussite des objectifs de développement définis par le G8 à Gleneagles a souvent dépendu de la qualité intrinsèque de l’engagement. Dans les domaines où la dynamique était forte et l’engagement du G8 détaillé et mesurable, les bénéfices pour les pays africains ont été colossaux. Par exemple :

VIH/SIDA

Bien que les pays africains aient encore un long chemin à parcourir pour prévenir l'expansion du VIH et atteindre l’objectif international d’accès universel à la prévention, aux soins et au traitement, les retombées de l’augmentation des investissements dans la lutte contre la maladie au cours de la dernière décennie ont été importantes. En Afrique sub-saharienne, où les experts se sont demandé si les antirétroviraux pouvaient être fournis, près de 3 millions de personnes atteintes reçoivent maintenant ces médicaments contre 100 000 en 2003.

PALUDISME

La communauté internationale a dépassé les objectifs de Gleneagles fixés à 100 millions de moustiquaires en en fournissant 200 millions entre 2006 et 2009. En Éthiopie, Érythrée, au Rwanda, à Zanzibar et en Zambie, où la distribution de moustiquaires a été conjuguée à d’autres interventions comme les pulvérisations d'insecticides ou la distribution de médicaments anti-paludisme, le nombre de cas et la mortalité ont chuté de 50 %.

SURVIE DE L’ENFANT

Les investissements dans la vaccination, les traitements et la prévention du paludisme ainsi que d'autres interventions ont permis de réduire la mortalité infantile de moitié depuis 1960, la faisant passer de 20 millions à 8,8 millions. Le GAVI (Global Alliance for Vaccines and Immunisations) a pu à lui seul éviter la mort de 5,4 millions d’enfants.

ÉDUCATION PRIMAIRE

Des économies permises par la réduction du poids de la dette ayant été investies dans l’éducation, l’aide au développement et le renforcement des priorités des gouvernements africains, 42 millions d’enfants supplémentaires ont été scolarisés et leur taux de réussite augmente petit à petit. Près de 75 % des enfants sont à présent scolarisés dans toute l’Afrique contre seulement 58 % en 1999. La Tanzanie, le Burkina Faso et la Zambie sont même parvenus à dépasser les 90 %. Le Bénin, Madagascar et la Zambie devraient parvenir à l’éducation primaire pour tous d’ici 2015.

AGRICULTURE

Les huit pays africains qui ont consacré plus de 10 % de leur budget à l’agriculture entre 2004 et 2007 sont parvenus à réduire la part des personnes souffrant de la faim au cours de la décennie. On trouve parmi eux l’Éthiopie (qui a fait passer ce taux de 63 % à 46 % entre 1995 et 2005) et le Malawi (de 45 % à 29 %).

Les progrès réalisés sur les engagements moins précis de Gleneagles, comme l’accent porté sur les investissements dans l’eau et l’assainissement, ont été moins spectaculaires. Bien que le G8 et les autres donateurs aient renouvelé leurs promesses sur des problèmes comme la santé des mères et les systèmes de santé, les objectifs restent vagues et aucun résultat n'a encore été obtenu.

BIEN QUE CE RAPP ORT SE CONCENTRE UNIQUEMENT SUR LE G8, IL EST PRIMORDIAL QUE, À L’AVENIR, LES PAYS AFRICAINS REMPLISSENT LEURS PROPRES ENGAGEMENTS EN FAVEUR DU DÉVELOPP EMENT

Le Rapport DATA se concentre sur les engagements en faveur de l’Afrique mais reconnaît que plusieurs autres outils existent pour surveiller les progrès réalisés par les leaders africains eux-mêmes : l’Africa Progress Panel (APP), African Monitor, le Forum pour le Partenariat avec l’Afrique et l’Examen mutuel de l'efficacité du développement en Afrique de la Commission Économique pour l’Afrique des Nations Unies. Ces organisations surveillent les progrès des gouvernements africains sur la réalisation de leurs propres engagements envers leur peuple et évaluent la portée des progrès effectifs sur le terrain en matière de renforcement de la gouvernance, soutien de la croissance économique, mobilisation des ressources intérieures et investissent dans les OMD. Le dernier rapport de l’APP, intitulé « Du Programme à l’Action : transformer les ressources en résultats pour tous », évoque longuement le fait que, malgré les nombreuses richesses naturelles de l’Afrique, les ressources ne sont pas suffisamment exploitées pour promouvoir un développement durable et équitable. Seuls les Africains pourront trouver des solutions continues et durables pour lutter contre la pauvreté et il faudra les impliquer beaucoup plus à l’avenir. Il faut donner du pouvoir au peuple africain, avec un meilleur accès à l'information, plus de transparence et à les outils nécessaires, pour qu'il puisse demander des comptes à ses gouvernants. Ces gouvernements doivent s’appuyer sur tous les instruments disponibles, comme leurs ressources minérales et la solidité de leur secteur privé, pour lutter contre la pauvreté.