QUELLE SERA LA PROCHAINE ÉTAPE ?

Le Sommet des Nations Unies sur les OMD qui se tiendra en septembre 2010 sera un événement clé pour faire le bilan des progrès accomplis, donner un nouveau souffle aux efforts mondiaux déployés dans les secteurs où de bons résultats ont été obtenus, et rectifier le tir dans les autres. Mais l’objectif sans doute primordial de ce sommet des Nations Unies devra être de relancer l’effort général fourni pour atteindre les OMD, et de soutenir la création de possibilités qui porteront la jeune génération africaine bien au-delà de la simple réalisation de ces objectifs.
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Le Sommet devrait permettre de définir un ensemble d’engagements qui, réunis, formeront un nouveau partenariat stratégique entre tous les partenaires du développement ; ce partenariat sera fondé sur une plus grande responsabilité mutuelle, qui permettra à ces derniers d’unir leurs efforts au sein d’une stratégie cohésive, jusqu’en 2015. Les précédents accords mondiaux sur le développement étaient le produit de bonnes intentions, mais en pratique, ils ont été trop aisément réduits à des mesures quantitatives simplistes, réalisées dans le cadre d’interventions ciblées visant à réagir aux crises et à prévenir les souffrances. Les efforts déployés en vue de réunir les conditions nécessaires, à long terme, pour permettre aux populations de sortir de la pauvreté et de prospérer (notamment, en mettant l’accent sur la promotion de la bonne gouvernance, et en accroissant les capitaux privés et les investissements pour renforcer la capacité locale à lutter contre la pauvreté) ont été insuffisants.

En outre, un véritable partenariat pour l’avenir doit intégrer plus efficacement toutes les principales sources de financement du développement. L’aide au développement accordée par des sources externes restera essentielle, mais les ressources nationales et les capitaux privés doivent également être pris en compte. En 2009, l’APD accordée à l’Afrique subsaharienne s’élevait à 38 milliards de dollars, mais les ressources nationales mobilisées dans la région atteignaient plus de 200 milliards de dollars en 2007. En 2008, les IDE, qui s’élevaient à 66 milliards de dollars, étaient également supérieurs à l’APD consacrée à la région. A l’avenir, toutes ces sources de financement pourront et devront être davantage mises au service de l’objectif à atteindre : remporter la lutte contre la pauvreté extrême en Afrique.

Pour être efficace, la nouvelle stratégie doit être davantage axée sur trois domaines stratégiques vastes. Tout d’abord, elle doit mettre l’accent, une nouvelle fois, sur la gouvernance et la responsabilité ; ensuite, elle doit donner de nouveau la priorité à une croissance économique équitable et durable, une croissance qui aide les citoyens à sortir de la pauvreté ; enfin, elle exige des subventions accrues en faveur des mécanismes et des programmes qui ont, à ce jour, donné des résultats réels et mesurables pour les citoyens d’Afrique.

GOUVERNANCE ET RESPONSABILITÉ

Le G7 a pris un certain nombre d’engagements en faveur de la promotion de la paix et de la sécurité, du renforcement de la gouvernance et de la responsabilité, et de la lutte contre la corruption. Cette question d’importance stratégique doit désormais se voir accorder une place plus prioritaire, et il importe d’assurer un suivi plus clair des résultats obtenus dans ce domaine. Cette démarche aura pour avantage direct de permettre aux citoyens africains de demander des comptes à leurs dirigeants ; elle devrait également avoir pour avantage indirect d’endiguer la fuite, pour des raisons de corruption et d’incompétence, des maigres ressources dont disposent les économies d’Afrique.

Des mesures spécifiques devraient être adoptées dans ce domaine, notamment :

RENFORCER LES SYSTÈMES DE POIDS ET CONTREPOIDS ET DE REMONTÉE D’INFORMATIONS DANS LES PAYS D’AFRIQUE

Certains flux d’aide au développement peuvent être consacrés au renforcement des systèmes de gouvernance et de responsabilité des pays ; les autres peuvent être en partie soumis à la condition que ces pays renforcent leurs systèmes de gouvernance et de responsabilité à l’aide de leurs propres ressources. Certains systèmes nécessitent davantage d’investissements, notamment : l’amélioration de la qualité des statistiques, et leur communication au public ; l’accès libre aux processus décisionnels et budgétaires gouvernementaux ; les systèmes de gestion des dépenses publiques ; les évaluations indépendantes des politiques de développement ; le renforcement des branches législatives et du judiciaire ; les commissions électorales indépendantes ; la liberté de la presse ; le renforcement des cellules de réflexion et des organismes de la société civile.

LUTTER CONTRE LES INFLUENCES CORRUPTRICES DE LA COMMUNAUTÉ INTERNATIONALE

Une réforme internationale de la finance et des entreprises doit être opérée pour assurer que les sociétés occidentales ne minent pas les efforts déployés par les pays d’Afrique en vue de promouvoir la bonne gouvernance. Par exemple, l’Initiative pour le recouvrement des avoirs volés (StAR) vise à aider les pays d’Afrique à recouvrer les avoirs qui leur ont été dérobés, et ont été dissimulés dans des banques occidentales par des responsables corrompus. Cet effort exige toutefois un soutien plus ferme (financier, technique et politique) de la part des membres du G7, et de ceux, plus nombreux, du G20. En outre, l’Initiative pour la Transparence dans les Industries extractives (ITIE) devrait être pleinement ratifiée et mise en oeuvre et la Charte des ressources naturelles devrait être adoptée en tant que norme par le G20 pour assurer que les nombreuses richesses naturelles des régions telles que l’Afrique puissent être davantage mises au service du développement de ces régions elles-mêmes. La ratification et la mise en oeuvre de la Convention des Nations Unies contre la corruption (CNUCC) par tous les Etats-membres du G20, ainsi que par les pays d’Afrique, entraînerait une amélioration globale de la gouvernance dans l’ensemble de la communauté internationale.

ASSURER UN MEILLEUR SUIVI DES PROMESSES DU G7 ET DES AUTRES ENGAGEMENTS INTERNATIONAUX EN FAVEUR DU DÉVELOPP EMENT

Ces cinq dernières années nous auront enseigné qu’il est particulièrement difficile d’assurer le suivi des grandes promesses du G7. Dans cette optique, et avec l’aide d’autres acteurs, ONE a établi un ensemble de principes, baptisés « TRACK », pour permettre d’assurer que les promesses de développement soient fiables et plus faciles à suivre et à tenir.

SOUTENIR LE MAINTIEN DE LA PAIX ET LES EFFORTS DE RÉSOLUTION DES CONFLITS EN AFRIQUE

En 2005, les bailleurs se sont engagés à soutenir les efforts de maintien de la paix en Afrique, et en particulier à dispenser des formations et à apporter un soutien logistique aux forces africaines en attente. Des formations ont été dispensées, mais les bailleurs occidentaux ont manqué à leurs engagements chaque fois qu’un soutien logistique s’avérait nécessaire.

ASSURER UNE CROISSANCE ÉCONOMIQUE ÉQUITABLE ET DURABLE

Bien que les taux de croissance économique soient bons depuis dix ans, les taux de réduction de la pauvreté sont faibles et pourraient même s’être inversés depuis le début de la crise financière mondiale. Il semble en effet que la croissance économique profite trop souvent aux élites urbaines, sans atteindre la grande majorité de la population et lui permettre de sortir de la pauvreté. Les changements stratégiques suivants permettraient de modifier cette tendance.

PRIORITÉ A LA PRODUCTIVITÉ AGRICOLE

régions rurales et de sortir directement de la pauvreté de vastes segments de population isolés. Les investissements consacrés aux femmes et aux petits exploitants agricoles sont particulièrement importants.

AUTONOMISATION FINANCIÈRE DES POPULATIONS PAUVRES PAR LE BIAIS D’UN ACCÈS À DES SERVICES FINANCIERS

Dans le secteur des services financiers, l’accent a été mis, récemment, sur le microcrédit ; pourtant, l’accès aux comptes épargne et au crédit pour les petites et moyennes entreprises peut être encore plus déterminant. Les services bancaires mobiles, comme ceux que proposent M-pesa de Safricom et ZAP de Zain, ont le potentiel de révolutionner l’industrie.

INTÉGRATION RÉGIONALE

A l’heure actuelle, les pays d’Afrique échangent moins entre eux que ne le font les pays de n’importe quelle autre région du monde (le commerce régional représente à peine 10 pour cent de l’ensemble des transactions commerciales en Afrique. L’UA, la BAD et la Commission économique pour l’Afrique (CEA) ont élaboré d’ambitieux plans d’intégration régionale qui pourraient bénéficier d’un soutien plus ferme. Il serait particulièrement utile, pour le projet d’intégration africain, de concevoir une stratégie de coordination des aides apportées par les économies BRIC dans le cadre des projets d’infrastructures régionales.

LUTTE CONTRE LA PAUVRETÉ ÉNERGÉTIQUE EN EXPLOITANT LE POTENTIEL DE LA RÉGION DANS LE DOMAINE DES ÉNERGIES RENOUVELABLES

L’Afrique a un potentiel extraordinaire dans le domaine des énergies renouvelables et même un avantage comparatif dans certains secteurs, par rapport à d’autres régions. Les investissements nécessaires pour exploiter pleinement ce potentiel dans les technologies solaires, géothermiques, hydrauliques, biomasse et éoliennes et les technologies de récupération de l’énergie des vagues sont considérables, mais les énergies renouvelables pourront, à l’avenir, assurer au continent un approvisionnement permanent en énergie propre et bon marché.

PROMOTION DES INVESTISSEMENTS EN AFRIQUE

Les investisseurs qui ont misé sur les marchés frontières jouissent depuis un certain temps d’excellents retours sur leurs investissements africains et il serait bon de promouvoir davantage le potentiel des investissements africains, de façon à attirer les capitaux des centres financiers.

RÉDUCTION DES SUBVENTIONS OCCIDENTALES ET OUVERTURE DES MARCHÉS AUX PRODUITS AFRICAINS, SANS DROITS DE DOUANE NI TAXES

Les premiers efforts déployés dans ce domaine, notamment l’African Growth and Opportunity Act (AGOA), aux Etats-Unis, et l’initiative Tout sauf les armes (TSA) de l’Union européenne, ont été fructueux, mais ils devraient tous deux aller bien plus loin pour encourager une croissance économique dynamique en Afrique. En outre, davantage de progrès auraient dû être accomplis depuis bien longtemps déjà en vue de l’élimination des subventions agricoles, qui faussent la donne commerciale.

ACCÉLÉRER LES INVESTISSEMENTS DANS LES PROGRAMMES QUI PERMETTENT DE PROGRESSER VERS LA RÉALISATION DES OMD

La grande réussite des cinq dernières années a été la mobilisation de ressources supplémentaires en faveur de certains programmes efficaces, qui ont donné de bons résultats. Un enseignement clair doit en être tiré : ces mécanismes, qui ont fait leurs preuves, doivent continuer à être soutenus financièrement.

DANS LE DOMAINE DE LA SANTÉ

Certains systèmes tels que le Fonds mondial ou l’Alliance mondiale pour les vaccins et l’immunisation (GAVI), qui procèdent tous deux à la reconstitution de leurs ressources cette année, doivent être entièrement financés. Une nouvelle stratégie doit également être élaborée pour réduire la mortalité maternelle, étroitement liée à la qualité globale des systèmes de santé et des infrastructures sanitaires.

DANS LE DOMAINE DE L’ÉDUCATION

La réforme et le refinancement de l’Initiative pour la mise en oeuvre accélérée de l’Education pour tous peuvent s’appuyer sur les succès rencontrés dans l’augmentation des taux d’inscription observée ces cinq dernières années, l’amélioration des taux d’achèvement et la qualité globale de l’enseignement.

DANS LE DOMAINE DE L’AGRICULTURE

Pour la mise en oeuvre de l’Initiative de L’Aquila sur la sécurité alimentaire, l’ensemble des partenaires doivent convenir de plans précis, comprenant un calendrier et des paramètres clairs, établis en fonction des engagements financiers. Ces efforts doivent se poursuivre au-delà de 2011/2012, échéance actuelle.

DANS LE DOMAINE DE L’EAU ET DE L’ASSAINISSEMENT

Les engagements du G7 en matière d’eau et d’assainissement étaient sans doute les moins solides de tous ceux qui ont été suivis dans le rapport DATA. Un plan d’action bien mieux conçu doit être mis au point pour pouvoir progresser dans ces secteurs négligés.