La responsabilité de l'Afrique

Un des principaux thèmes dégagés concerne également la nécessité d’assurer que la prochaine phase reposera encore davantage sur l’idée d’un partenariat à responsabilités mutuelles. Comme l’a noté le président Obama dans un discours prononcé à Accra, au Ghana, en 2009, « l’avenir de l’Afrique est entre les mains des Africains ». Les dirigeants africains doivent également répondre (d’abord et avant tout devant les citoyens africains) du respect de leurs engagements.
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Le rapport DATA de ONE a pour objectif principal d’évaluer les engagements du G8. Toutefois, ces dix dernières années, les pays d’Afrique ont également pris un ensemble d’engagements cruciaux auprès de leurs peuples. ONE compte sur ses partenaires africains, notamment l’Africa Progress Panel (APP), l’African Monitor, la Fondation Mo Ibrahim et la Commission économique pour l’Afrique (CEA), un organe des Nations Unies, pour assurer le suivi des engagements africains et évaluer les progrès accomplis. Comme le note l’APP dans son dernier rapport, l’Afrique doit une fois pour toutes montrer qu’elle a la volonté politique nécessaire pour progresser. Voici quelques-uns des engagements primordiaux pris par l’Afrique :

AGRICULTURE

Les pays d’Afrique ont pris d’importants engagements dans les domaines de l’agriculture et de la sécurité alimentaire ; ils ont notamment élaboré un Programme détaillé de développement de l’agriculture africaine (PDDAA), qui vise un taux de croissance de six pour cent pour le secteur agricole, d’ici à 2015. Dans la Déclaration de Maputo, adoptée par l’Union africaine en 2003, les pays d’Afrique se sont également engagés à consacrer 10 pour cent de leurs budgets à l’agriculture. En avril 2010, 16 pays avaient signé la convention du PDDAA et se préparaient à le mettre en oeuvre, et huit (le Burkina Faso, l’Ethiopie, le Ghana, la Guinée, le Malawi, le Mali, le Niger et le Sénégal) dépassaient l’objectif budgétaire. Dix pays avaient déjà atteint l’objectif des six pour cent de croissance en 2008.

COMMERCE ET DIVERSIFICATION

Dans la Déclaration de 2001 sur le Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique (NEPAD), les pays d’Afrique se sont engagés à créer un environnement plus propice à la concurrence en réduisant les barrières commerciales et en approfondissant l’intégration régionale. Les déclarations commerciales adoptées par la suite par l’Union africaine concernaient la promotion de l’intégration régionale et du commerce agricole interrégional, notamment la Déclaration de Syrte (2004) sur la responsabilité de l’Afrique face aux difficultés posées par la mise en oeuvre d’un développement intégré et durable dans les secteurs de l’agriculture et de l’eau en Afrique, et le Sommet africain d’Abuja sur les engrais, tenu en 2006. Des avancées ont été observées dans l’amélioration des politiques commerciales sur l’ensemble du continent (certains droits de douane ont été réduits), mais les progrès restent limités sur la question de l’intégration. Les pays d’Afrique échangent, en moyenne, moins de 10 pour cent de leurs marchandises entre eux, contre 65 pour cent entre les pays d’Europe. De nombreux pays d’Afrique sont membres de plusieurs organes régionaux, ce qui expliquerait en partie ce faible taux d’échanges intra-africains. Sur les 53 pays qui composent l’Afrique, 27 sont membres de deux groupements régionaux, et 18 de trois.

ÉDUCATION

En 2000, les pays d’Afrique ont adhéré au programme d’action en faveur de l’Education pour tous (EPT) et se sont engagés à élaborer des plans chiffrés pour assurer l’EPT, avec le soutien de l’Initiative de mise en oeuvre accélérée (FTI). A la fin du mois d’octobre 2008, 23 pays d’Afrique s’étaient dotés d’un plan éducatif national, approuvé par la FTI, et 17 pays avaient élaboré des plans chiffrés à long terme, définissant les ressources nationales disponibles, ainsi que les fonds externes nécessaires pour assurer l’Education pour tous. Les pays d’Afrique ont également alloué davantage de ressources au secteur de l’éducation, les dépenses totales moyennes passant de 3,7 pour cent du PIB en 1999 à 4,4 pour cent en 2006.11 Toujours en 2006, plus de la moitié des pays sur lesquels des données étaient disponibles consacraient plus de 17 pour cent de leurs dépenses publiques à l’éducation.

SANTÉ

En 2001, les chefs d’Etat africains se sont engagés à prendre toutes les mesures nécessaires pour pouvoir consacrer au moins 15 pour cent de leur budget annuel à la promotion du secteur de la santé. En 2003, cet engagement a été réaffirmé au Sommet des chefs d’Etat de Maputo. Selon une étude réalisée en 2010, six pays d’Afrique ont tenu l’engagement des 15 pour cent : le Botswana, le Burkina Faso, le Malawi, le Niger, le Rwanda et la Zambie. Vingt-deux pays consacrent au moins 10 pour cent de leur budget annuel au secteur de la santé. Sur les 30 pays restants, qui consacrent moins de 10 pour cent de leur budget à la santé, huit se situent en deçà des cinq pour cent.

INFRASTRUCTURES

Les pays d’Afrique se sont engagés à investir davantage dans les infrastructures, comme le stipule la déclaration de 2001 sur le NEPAD. Les pays renforcent actuellement leur coordination et certaines institutions telles que la Banque africaine de développement (BAD) soutiennent davantage les projets transfrontaliers, notamment la construction d’autoroutes pour relier les pays entre eux et améliorer d’importantes liaisons de transport.

DÉVELOPPEMENT DU SECTEUR PRIVÉ

Les pays d’Afrique se sont engagés, dans la déclaration sur le NEPAD, à développer le secteur privé, et se sont engagés, de nouveau, dans la Déclaration de Maputo, en 2004, à réunir les conditions nécessaires pour y parvenir. D’après la Banque mondiale, le Rwanda est le leader mondial des réformes pour le développement du secteur privé. En 2008-09, l’Egypte et le Liberia comptaient également parmi les dix premiers pays réformateurs. L’île Maurice (à la 10e place mondiale) occupait la première place des pays d’Afrique subsaharienne en termes de facilité dans la pratique des affaires. Ces classements reflètent les efforts déterminés déployés par l’Afrique en vue d’améliorer son climat d’investissement et son environnement commercial.

VIABILITÉ ÉCOLOGIQUE ET CHANGEMENT CLIMATIQUE

Dans le cadre du Plan d’action du NEPAD pour l’environnement (2003), les pays d’Afrique ont convenu d’un plan global pour la viabilité écologique, et en 2007, l’Union africaine s’est engagée à intégrer les stratégies d’adaptation au changement climatique aux plans de développement nationaux. Vingt-deux pays ont élaboré des Programmes nationaux d’action pour l’adaptation (NAPA).

SEXOSPECIFICITÉS

Les pays d’Afrique ont adhéré au Protocole de 2003 sur le droit des femmes d’Afrique, qui reconnaît aux femmes tout un ensemble de droits économiques, mais en 2008, seuls 50 pour cent des pays l’avaient ratifié. Si davantage de progrès sont accomplis dans le domaine de l’accès équitable à la santé, la situation évolue plus lentement dans l’arène politique (sauf au Rwanda, le Parlement rwandais étant le premier à être composé de femmes à plus de 50 pour cent, présidente incluse).

GOUVERNANCE

Les pays d’Afrique ont établi une série d’institutions et de mécanismes de responsabilité, dont le Mécanisme africain d’évaluation par les pairs (MAEP). Trente pays ont volontairement adhéré au processus d’évaluation du MAEP, et 12 se sont déjà soumis à ce processus d’évaluation par les pairs. Dans le domaine de la gouvernance économique, 44 pays ont signé la Convention 2003 de l’Union africaine sur la prévention et la lutte contre la corruption, et 31 l’ont ratifiée ; en outre, dix-neuf pays d’Afrique sont aujourd’hui candidats à l’Initiative pour la Transparence dans les industries extractives (ITIE). Douze pays ont publié un rapport ITIE, première étape à suivre pour assurer une meilleure transparence des paiements dans le secteur des industries extractives. Le Liberia est un des deux premiers pays à avoir obtenu une validation indépendante de l’ITIE, mécanisme d’assurance qualité de l’Initiative.

PAIX ET SÉCURITÉ

L’année 2002 a vu la création de l’Architecture africaine de paix et de sécurité, qui comprend un certain nombre de mécanismes destinés à promouvoir la paix au plan continental. Cinq régions se sont engagées à former des brigades régionales (la Force africaine en attente) et un Fonds pour la paix a été créé pour financer les activités opérationnelles.

RESSOURCES PUBLIQUES NATIONALES EN FAVEUR DU DÉVELOPPEMENT

En 2001, le NEPAD a défini l’épargne nationale et un meilleur recouvrement des impôts comme ressources principales, à compléter par d’autres sources de financement du développement. De nombreux pays commencent à améliorer l’efficacité de leurs systèmes de mobilisation de revenus en élargissant leurs assiettes d’imposition. Trente-quatre pays ont imposé des taxes sur la valeur ajoutée et 14 ont mis en place des services autonomes des impôts. Grâce au lancement de l’Initiative pour le recouvrement des avoirs volés (StAR), il faut espérer qu’à l’instar du Nigeria, davantage de pays seront en mesure de recouvrer les avoirs illégalement acquis.

EFFICACITÉ DE L’AIDE

En 2005, les pays d’Afrique se sont engagés à améliorer l’efficacité de l’aide dans le contexte de la Déclaration de Paris, en renforçant les liens entre les stratégies nationales de développement et les budgets annuels ou pluriannuels. En 2008, ces engagements ont été réaffirmés dans le cadre du Programme d’action d’Accra, qui appelle à une participation plus active des parlementaires, des organismes de la société civile et des citoyens dans l’élaboration des politiques nationales de développement. Vingt pays se sont dotés de Documents stratégiques pour la réduction de la pauvreté (DSRP), de deuxième génération, bien plus solides et opérationnels, et quelques-uns d’entre eux ont mené des évaluations des besoins entièrement chiffrées en vue de la réalisation des OMD.

Toutes les initiatives susmentionnées pourraient être améliorées si l’on renforçait et soutenait davantage les organismes de surveillance de la société civile africaine, si davantage d’investissements étaient consacrés à améliorer les capacités statistiques de l’Afrique, et si ces statistiques étaient rendues publiques en temps opportun. Il importe de noter, à ce propos, que l’OMD n°1, objectif principal de réduction de la pauvreté, ne peut être mesuré convenablement, compte tenu des capacités statistiques actuelles de l’Afrique. La Fondation Mo Ibrahim a été amenée à exclure les statistiques sur la pauvreté de son récent indice de gouvernance, en raison de la qualité insatisfaisante des données obtenues.