Introduction

Cette année, le rapport DATA de ONE est axé sur deux tâches. D’abord, il rend le verdict final sur le respect des engagements historiques pris par le G8 à Gleneagles. Ensuite, il comporte quelques recommandations fondées sur les réussites et les échecs des engagements actuels du G8, sur le contexte changeant, à la fois sur le continent africain et ailleurs, et sur les priorités des partenaires africains. Nous espérons que ces recommandations seront prises en compte lors des délibérations qui précèderont le Sommet G8/G20, au Canada, et le Sommet des Nations Unies sur les Objectifs du millénaire pour le développement (OMD), qui aura lieu à New York en septembre, et au cours duquel le bilan des OMD sera dressé et, ONE l’espère, il sera convenu d’une stratégie et d’un plan renouvelés en vue de leur réalisation, en particulier en Afrique.
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Ces quatre dernières années, le rapport DATA a été un exercice de comptabilité pur et simple. Depuis l’annonce des engagements de Gleneagles, ONE se sert de ce rapport pour suivre le respect de ces engagements, applaudir les bailleurs de fonds qui sont sur la bonne voie et tracer une voie de rattrapage pour ceux qui prennent du retard. C’est pourquoi tous les rapports publiés jusqu’ici ont porté uniquement sur ce qui avait déjà été convenu par les bailleurs. ONE n’a pas passé de temps à critiquer ces engagements, ni à attirer l’attention sur leurs insuffisances, mais a cherché à comprendre précisément ce qui avait été convenu (et à s’assurer que cette compréhension soit partagée avec les bailleurs) afin que le débat soit véritablement axé sur le respect ou non des engagements pris.

Dernière d’une série publiée sur cinq ans, l’édition 2010 du rapport DATA propose une évaluation plus complète de la performance globale de chaque bailleur de fonds, à titre individuel, accompagnée d’un dernier tableau de bord sur le respect des engagements de 2005. Mais, comme il a été noté ci-dessus, le rapport de cette année rompt également avec la tradition établie en expliquant plus en détail à quoi devraient ressembler les engagements à venir, en fonction des enseignements tirés ces cinq dernières années. Compte tenu de cette évolution, un certain nombre de changements méthodologiques ont été apportés depuis l’année dernière.

D’abord, étant donné que 2010 est la dernière année qu’il reste aux bailleurs pour atteindre leur objectif collectif, fixé à Gleneagles, le rapport de cette année met l’accent sur les projections de ONE concernant les derniers chiffres de 2010, afin de dresser un portrait 2005-10 complet. ONE a réalisé ses projections pour 2010 à partir des chiffres des derniers budgets, vérifiés auprès des gouvernements donateurs. Aussi l’évaluation finale de ONE sera-t-elle sujette à changement lorsque les données préliminaires du Comité d’aide au développement (CAD) sur les déboursements 2010 seront publiées, en avril 2011. Il importe de noter que si le CAD de l’OCDE a publié cette année ses propres projections pour 2010, celles-ci sont purement fondées sur les tendances passées (et non sur une analyse budgétaire) et englobent l’allègement de la dette bilatérale ; il arrive donc souvent qu’elles diffèrent sensiblement des estimations de ONE.

En se servant de ces chiffres 2010 pour apprécier les progrès accomplis globalement entre 2004 et 2010, ONE a rempli un dernier tableau de bord évaluant la performance des bailleurs dans le domaine de l’aide au développement, en fonction de trois facteurs : l’ambition de l’engagement initial, la mise en oeuvre des augmentations promises et l’élaboration (ou non), dans chaque pays, de plans pour 2010 et au-delà. ONE reconnaît la difficulté supplémentaire à laquelle chaque pays s’est trouvé confronté, ces cinq dernières années, depuis le début des crises alimentaire, énergétique et financière, ainsi que les contraintes budgétaires qui en ont résulté depuis la prise des engagements. Toutefois, les pays qui, malgré cela, ont opéré des augmentations annuelles ont pu en observer les bénéfices, et méritent d’être applaudis.

En plus de mettre l’accent sur 2010, le rapport DATA de cette année comprend un certain nombre de nouveaux chapitres qui reflètent une conjoncture changeante. Le premier ajout est un nouveau chapitre sur les économies émergentes et leur rôle dans le développement de l’Afrique. Les rapports publiés ces cinq dernières années portaient avant tout sur le G8 ; mais récemment, le rôle de ce dernier vis-à-vis des autres pays membres du G20 et même au-delà a été remis en question. A l’heure où le monde envisage de confier à de nouveaux groupements la direction des questions liées au développement, ONE souhaitait au moins décrire le fort degré d’engagement de certains de ces nouveaux acteurs. Bien que le manque de données empêche une évaluation véritable de ces relations et de ces flux d’aide au développement (notamment une comparaison avec les bailleurs classiques), ONE espère qu’une plus grande transparence et une meilleure communication des informations par les économies émergentes permettront d’améliorer le suivi dans de prochains rapports, en particulier à mesure que ces relations se développent et deviennent plus cruciales pour le développement de l’Afrique, au cours des années à venir.

Le rapport de cette année conjugue également le suivi habituel des progrès à une approche davantage tournée vers l’avenir dans plusieurs chapitres et sections, et plus particulièrement avec un nouveau chapitre intitulé « 2010 et au-delà », un commentaire sur les engagements des bailleurs passé 2010, et des recommandations sur l’aide au développement dans les chapitres sur le G8 à propos du commerce, de la dette et de l’ investissement dans les populations. Le chapitre « 2010 et au-delà » vise à brosser le tableau d’un paysage changeant et des facteurs qui doivent dorénavant être pris en compte. ONE suggère de s’intéresser avant tout à l’importance d’une bonne gouvernance pour la lutte contre la pauvreté, à l’importance d’une croissance économique équitable et à la nécessité de redoubler d’efforts pour financer des interventions réussies, éprouvées, en vue d’atteindre les OMD.

Au fil des années, ONE a reconnu les limites de ce rapport et les insuffisances de son analyse. Un défaut flagrant a notamment été constaté : si ce rapport contient une évaluation rigoureuse des progrès accomplis relativement à l’APD, il ne propose pas d’analyse comparative dans des domaines qui comptent sans doute parmi les plus essentiels à l’avenir de l’Afrique (les engagements des bailleurs sur des questions qui ne concernent pas l’APD, telles que le commerce et l’amélioration de la gouvernance, mais aussi les engagements des gouvernements africains en faveur de la réduction de la pauvreté). Comme toujours, ONE appelle à une plus grande transparence, à des engagements solides dans ces domaines, accompagnés de meilleures informations, pour donner les moyens aux organismes de la société civile de toute la planète de demander des comptes à leurs gouvernements concernant le respect de leurs promesses dans ces domaines clés. ONE applaudit également le travail de l’Africa Progress Panel (APP), ainsi que les efforts d’African Monitor, les plateformes africaines de l’Alliance mondiale contre la Pauvreté (GCAP, Global Call to Action Against Poverty), la Fondation Mo Ibrahim, la Commission économique pour l’Afrique (CEA) et les autres efforts de la société civile, destinés à assurer que les gouvernements africains soient responsables devant leurs citoyens. Ces partenaires ont besoin d’un soutien plus ferme de la part de la communauté internationale.

Parallèlement à la parution du rapport DATA 2010, d’autres publications africaines importantes présenteront leurs propres évaluations des progrès accomplis à ce jour. Aujourd’hui, un ensemble de travaux relativement solides présentent une évaluation des cinq dernières années, soulignant à la fois les réussites historiques et les insuffisances. Le défi consiste désormais à se servir de ce corps de preuves pour entretenir l’élan de 2010. Les sommets du G8 et du G20 et le Sommet des Nations Unies sur les OMD, en septembre, sont autant d’occasions d’ouvrir la voie à l’établissement d’un nouveau cadre d’engagement, plus solide. Les contraintes budgétaires ont posé des difficultés supplémentaires, ces cinq dernières années, et ces contraintes continueront d’exister ; c’est pourquoi les bailleurs doivent prendre pleinement en compte l’impact potentiel démontré en 2005–10, tout en restant concentrés sur la tâche qu’il leur reste à accomplir. Il ne faut à aucun prix clore l’année 2010 sans une feuille de route pour l’avenir. Une fois que celle-ci aura été définie, ONE reviendra très certainement l’année prochaine pour en assurer le suivi.

2010 MARQUE PEUT-ETRE L’ECHEANCE D’AMBITIEUX OBJECTIFS, ET CE RAPPORT EST PEUT-ETRE LE DERNIER DE LA SERIE, MAIS CELA NE SIGNIFIE EN AUCUN CAS QUE NOUS AVONS FRANCHI LA LIGNE D’ARRIVEE.