Aug 1st, 2012 4:54 PM UTC
By blogueur invité
Par Jens Sedemund*
Ce billet a d’abord été publié sur www.huffingtonpost.fr
« Donne un poisson à un homme, il mangera un jour ; apprends-lui à pêcher, il mangera toute sa vie ». Il s’agit probablement du plus beau proverbe connu pour saisir l’essence de la coopération pour le développement. On peut difficilement désapprouver ce message magnifiquement intuitif, or son sens a été trop souvent détourné, déformé et pour finir a même servi d’argument contre l’assistance financière. La coopération technique passe encore – la partie qui correspond à la formation des pêcheurs – mais toute autre forme d’aide est discréditée.
Or, c’est un fait : pour beaucoup de pays pauvres l’assistance pour le développement reste la source de financement extérieur la plus importante, essentielle pour assurer les fonctions et services de base de l’État. Argumenter contre la continuation d’un tel soutien serait, au fond, une incitation à la défaillance des États à grande échelle, le prix à payer par la communauté internationale dépasserait – à différents niveaux- leurs budgets pour le développement.
Le vrai sens derrière l’allégorie du pêcheur est le besoin de franchir la dépendance, pour que les pays en développement, les peuples pauvres, puissent prospérer par leur propres efforts. Cela signifie également que la solution dans la lutte contre la pauvreté ne réside pas uniquement dans l’apprentissage des techniques de pêche, mais également par le renforcement des capacités à devenir des pêcheurs compétents.
Si le but ultime est de vaincre la dépendance, quel est l’intérêt d’enseigner la pêche aux élèves quand les maîtres ne les laissent pas pêcher? Par le passé, ce sont – dans la majorité des cas – les maîtres qui lançaient les filets et remontaient les prises. Les élèves ont bien appris en observant leurs maîtres avec attention, profitant même des fruits de la pêche, mais l’exécution des tâches ne leur était pas confiée. Comment peut-on espérer ainsi parvenir un jour à maîtriser les techniques de pêche ?
Sur le même principe, plutôt que de se baser sur les systèmes propres aux bailleurs de fonds, il s’agit d’utiliser, et – par ce biais – construire des capacités et institutions locales. Les premiers peuvent rassurer les bailleurs de fonds, leur donnant à tort un sentiment de contrôle car ce sont des mécanismes et processus connus. Mais cela sape la raison d’être initiale : à savoir soutenir les pays partenaires pour développer la capacité essentielle pour atteindre et maintenir des résultats en matière de développement.
Par ailleurs, il y a un deuxième ‘hic’ : vers qui la famille du pêcheur doit-elle se tourner pour s’assurer qu’il y a bien à manger sur la table ? Si les bailleurs assument cette responsabilité, les gouvernements des pays pauvres ne seront pas inquiétés, et il ne leur sera pas demandé d’assurer les besoins fondamentaux.
Finalement, soutenir sérieusement la construction de capacités propres signifie aussi regarder de près comment, une fois acquises, elles peuvent être mises en œuvre. En fin de compte, les pêcheurs nouvellement formés devront payer pour l’éducation de leurs enfants et l’accès aux soins si l’un des leurs tombe malade. Vendre du poisson devient donc un élément essentiel de la victoire sur la dépendance qui astreint des pays et des peuples à la pauvreté.
En revanche, si on leur annonce qu’il ne leur sera pas possible de vendre leur prise à ceux qui leur ont enseigné la pêche, le bénéfice sera plutôt limité. De la même façon, l’impact positif de la coopération pour le développement est souvent gâché par l’incohérence qui prévaut dans d’autres domaines – à un prix très élevé pour les pays en développement, et un gaspillage énorme de l’argent des contribuables pour les pays bailleurs.
La bonne nouvelle c’est que les différents partenaires dans le monde du développement se sont enfin mis d’accord sur une approche commune de ces problèmes. D’ailleurs, ils ont mis en place un nouveau dispositif pour les surmonter. En décembre 2011, plus de 160 pays, des organisations internationales, représentants de la société civile et du secteur privé ont approuvé à Busan, en Corée du Sud, un nouveau Partenariat Mondial pour une Coopération Efficace.
Celui-ci vient d’être créé. Il se construit sur les principes de l’appropriation des priorités de développement par les pays en développement, l’orientation vers les résultats, l’ouverture à tous les partenaires pour le développement, et de la transparence et la redevabilité mutuelle. Bien que la portée du partenariat soit mondiale, ce qui prime, c’est l’action sur le terrain dans les pays en développement.
Disons donc clairement que la coopération pour le développement c’est soutenir d’autres à s’aider eux-mêmes. Mais ne restons pas à l’école maternelle, soyons concrets. ”Experientia est optima rerum magistra“, où bien ‘une once d’action vaut mieux qu’une tonne de théorie’. Bienvenu au Partenariat mondial.
*Jens Sedemund est le conseiller executive du president du Comité d’aide au développement de l’OCDE depuis 2008. Il est titulaire d’un master en relations internationales de l’université de Stanford.
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