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TTF française, oui mais pour le développement !


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Publié le 9 January 2012 à 15:22 UTC par Verena von Derschau

Il semble que Nicolas Sarkozy ait pris de bonnes résolutions pour 2012. En tout cas, l’arlésienne qu’est la taxe sur les transactions financières (TTF) refait surface en ce début d’année électorale. Tout d’un coup, alors que le dossier avait été enterré au G20 de Cannes, la France serait prête à y aller. Et comme toujours avec notre président : tout de suite et dans la précipitation. Et seule, s’il vous plaît.

La réaction des partenaires européens, et en premier lieu de l’Allemagne, jusqu’ici principal allié pour pousser le dossier à Bruxelles, ne s’est pas fait attendre. « La priorité reste une adoption à l’échelle des 27 Etats membres de l’Union européenne », a fait savoir la Chancelière Angela Merkel avec laquelle Nicolas Sarkozy doit personnellement évoquer le sujet ce lundi à Berlin. Le président français “foule aux pieds la coopération franco-allemande” à “des fins électoralistes”, s’est indigné le Spiegel online, premier site d’information allemand.

Au cours du weekend, les différents acteurs financiers comme le Medef ou Paris Europlace, qui représente l’ensemble de la finance française, ont également manifesté leur opposition au projet. Si elle n’était pas européenne, cette taxe «affaiblirait l’économie française» et serait «inappropriée», ont-ils souligné. L’association agite également le spectre des «délocalisation des activités concernées des banques, sociétés d’assurance et de gestion, au profit des grandes places financières mondiales».

Nous nous trouvons depuis un moment du côté des défenseurs de cette taxe sous condition qu’elle soit utilisée au moins en partie pour financer le développement. Avec nos amis d’AIDES, d’Oxfam et de Coalition PLUS, nous nous sommes prudemment félicités dès vendredi de l’annonce présidentielle. « En cette période pré-électorale propice aux déclarations d’intention, nos organisations appellent à la plus grande vigilance sur l’évolution de ce dossier. C’est pourquoi nous demandons à M. Sarkozy de se prononcer au plus vite et avec la plus grande clarté sur les modalités de sa mise en place : assiette, taux, affectation et calendrier », avons-nous écrit dans un communiqué conjoint.

Ce qui nous inquiète en premier lieu,  est le spectre d’une taxe au rabais. Les sources gouvernementales françaises parlent en effet de lever quelques centaines de millions d’euros par an, alors que la TTF rapporte 4 milliards d’euros par an en Grande-Bretagne et 11 milliards au Brésil. Et oui, Londres, si farouchement opposé au projet européen, a déjà mis en place depuis longtemps une TTF au niveau national pour renflouer ses caisses. Sans que la première place financière européenne qu’est la City n’en pâtisse. Une récente étude d’Unitaid montre bien qu’une TTF serait aussi faisable en France et pourrait lever 12 milliards d’euros par an.

Notre seconde inquiétude concerne donc l’affectation de cette future taxe.  « Je ferai tout pour qu’un petit groupe de pays leaders adoptent ce financement innovant au bénéfice de l’Afrique et des pays les plus pauvres », avait déclaré Nicolas Sarkozy l’an dernier. Lors de ses vœux le 31 décembre dernier, il en avait encore fait une question de morale, de dette du Nord envers le Sud en quelque sorte. Car les pays en développement subissent de plein fouet une crise économique engendrée par d’autres, bien mieux lotis.

Or, de développement ou de lutte contre le changement climatique il n’en est point question ces derniers jours. « Si l’on ne définit pas dès maintenant à quoi servira cette taxe en ces temps d’austérité quasi obsessionnelle, la tentation sera grande d’en détourner le fruit pour renflouer les caisses de l’Etat ou sauver les banques. Or dans les pays pauvres, la crise ne se chiffre pas en nombre de A, mais en nombre de vies humaines », a prévenu Guillaume Grosso, directeur de ONE France.

Or, chez ONE, comme chez AIDES, Oxfam ou d’autres, on ne veut pas d’une TTF qui reviendrait directement ou indirectement à ceux qui sont à l’origine de la crise financière. Au moins la moitié du revenu doit aller aux financements des biens publics mondiaux, comme la lutte contre l’extrême pauvreté et le changement climatique. Nous nous sommes fait entendre pour l’instauration d’une TTF. Nous resterons vigilants sur son application concrète. Monsieur Sarkozy, on attend des actes après la parole !

 

Publié sur: Actualité des politiques, France, Objectifs du Millénaire pour le Développement, ONE

 

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