Pour bien commencer la semaine : les réponses de François Bayrou à ONE VOTE

Il y a deux semaines, ONE a lancé sa campagne pour les présidentielles ONE VOTE. Depuis, quatre candidats ont déjà répondu présent sur l’Afrique et le développement : Nicolas Dupont-Aignan, François Hollande, Jean-Luc Mélenchon et Nathalie Arthaud. Et voici la 5e réponse, celle du candidat du Mouvement Démocrate. Comme d’habitude, notre analyse des réponses demain sur le Huffington Post.

1) Tiendrez-vous l’engagement pris par la France d’allouer 0,7% de son PIB à l’aide au développement d’ici 2015 ?

Cet engagement a été pris depuis très longtemps et n’est toujours pas tenu ! Le gouvernement actuel n’a pas fait le nécessaire, en invoquant notamment la crise économique. Cela n’est pas une raison suffisante car on voit bien que le Royaume-Uni, en pleine crise, a réussi à augmenter sa contribution de 40% par an depuis 2010, et aura atteint l’objectif de 0,7% du PIB dès 2013, deux années plus tôt que prévu.

Du fait du retard accumulé côté français, je ne peux malheureusement pas m’engager sur la date de 2015 pour atteindre l’objectif fixé, mais je vise 2017.

Cela dit, je pense que l’aide traditionnelle est insuffisante, et qu’il faut aller au-delà, en innovant. La France s’était montrée à la pointe des financements innovants en créant avec UNITAID une contribution de solidarité internationale sur les billets d’avion. Il faut préserver ce rôle moteur : si je suis élu, je m’engage à affecter 10% des revenus de la taxe sur les transactions financières au développement, afin de venir à bout de problèmes comme la faim, les pandémies, l’illettrisme ou le dérèglement climatique. Cette ressource sera stable : elle sera constituée en financement extrabudgétaire pré-affecté à un organisme international. Cette ressource ne sera donc pas comptabilisée dans l’objectif des 0,7% du PIB d’ici 2017, elle s’y ajoutera.

Et bien sûr, je défendrai cette idée auprès de la communauté internationale et de nos partenaires européens. Il est important pour que cette taxe fonctionne qu’elle soit adoptée par le plus grand nombre. Cela permettra d’augmenter les ressources disponibles pour le développement.

Notre réflexion sur le développement doit s’inscrire dans un cadre européen, il faut chercher à coordonner davantage nos actions et à utiliser plus efficacement nos ressources. Il faut aussi que les pays européens parlent d’une seule voix. Je suis favorable à l’organisation d’un grand sommet UE – BRICS pour définir une alliance entre nos pays en vue de lutter contre la pauvreté. Il serait normal de donner plus de poids aux pays en développement dans les institutions internationales comme la Banque Mondiale, afin qu’ils participent et décident autant que les pays du Nord aux moyens de lutter contre la pauvreté.

2) Prévoyez-vous de rendre l’aide plus transparente pour les citoyens ?

C’est indispensable. Aujourd’hui, il est trop difficile de s’y retrouver, entre les nombreux programmes multilatéraux, les actions des différents ministères et administrations… Personne n’a de vue globale sur la manière dont l’argent est dépensé, et encore moins sur l’efficacité des dépenses engagées.

Je suis donc favorable au renforcement du contrôle du Parlement, grâce à la publication d’un budget détaillé qui, tel que vous le proposez, englobera l’intégralité de l’aide publique au développement française et précisera ses destinations (zones géographiques, institutions, instruments).

D’autre part, je m’engage à renforcer la qualité de l’évaluation de nos politiques de développement. Cela passera par un audit complet de nos programmes d’aide au développement, pour s’assurer que nous n’avons pas de doublons. Je souhaite également encourager une utilisation plus systématique des techniques d’évaluation des politiques élaborées ces dix dernières années par des économistes du développement comme Esther Duflo. Ainsi, non seulement nous pourrons orienter l’action publique en fonction de ce qui produit les meilleurs résultats, mais nous pourrons aussi mieux faire connaître les effets de nos politiques.

3) Pour soutenir l’Afrique au-delà de l’aide, la France doit s’assurer que ses entreprises contribuent au développement du continent. Que proposez-vous pour que cela ce soit le cas ?

L’action positive que nous pouvons avoir sur les pays du Sud va bien au-delà de l’aide financière gouvernementale. Les entreprises ont bien entendu un rôle central à jouer. Pour qu’elles puissent le faire, il faut repenser les relations Nord-Sud, pour qu’elles soient équilibrées et fondées sur la réciprocité.

D’un côté, il faut aider l’Afrique à s’orienter vers une agriculture locale, de proximité, sans OGM, et ne pas inonder les marchés africains avec des surplus agricoles européens. D’un autre côté, il faut davantage harmoniser les normes sociales et environnementales, pour éviter que l’on importe en Europe des denrées produites selon des méthodes interdites aux agriculteurs européens. Ces normes révisées doivent être portées par l’OMC.

Plus généralement, pour que les entreprises contribuent au développement de l’Afrique, il faut s’assurer que leur action se fait de manière aussi transparente que possible. Dans ce but, je soutiens l’idée, défendue depuis des années par le collectif « Publiez ce que vous payez », d’une publication par les entreprises extractives de ce qu’elles paient aux gouvernements. Cette exigence pourrait ne pas se limiter aux industries extractives et s’appliquer à toutes les entreprises multinationales.

Enfin, pour plus de transparence, je soutiendrai un accord multilatéral de coopération pour une lutte beaucoup plus sévère contre la fraude et l’évasion fiscale, avec des sanctions contre les entreprises qui utilisent les paradis fiscaux.