Mar 20th, 2012 9:00 AM UTC
By Sara Kianpour
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Emboîtant le pas à Nicolas Dupont-Aignan, le candidat du Parti socialiste à l’élection présidentielle, François Hollande, a répondu à notre questionnaire ONE Vote 2012. Voici ses propositions en intégralité. Pour l’analyse que ONE en fait, rendez-vous sur le site huffingtonpost.fr.
Monsieur le directeur, Mesdames et Messieurs les membres de ONE,
J’ai bien reçu le questionnaire que votre organisation m’a adressé. Puisque vous m’y invitez, je saisis cette opportunité pour partager avec vous de manière publique et transparente mes positions sur le financement du développement et la solidarité internationale. Je remercie à cette occasion votre organisation d’avoir bien voulu participer à une première rencontre, le 12 mars 2012. J’attache beaucoup d’importance à la qualité du dialogue social dans notre pays, et il va de soi que le dialogue entre l’Etat et les ONG participe de cette volonté de faire mieux vivre notre démocratie.
Comme vous le rappelez dans votre interpellation, beaucoup d’annonces et de promesses ont été faites depuis 40 ans en matière d’aide au développement. Peu ont été tenues. L’objectif de consacrer 0,7% du revenu national au développement a été maintes fois affirmé, sans jamais être atteint. Il y a dix ans, le gouvernement français se fixait ainsi l’objectif d’atteindre ces 0,7% en 2012. Dès 2008, faute de progrès significatif, l’objectif était repoussé une première fois à 2015. Près de quatre ans plus tard, nous en sommes toujours aussi loin.
L’actuel gouvernement prétend faire des efforts et consacrer 0,5% du RNB à l’aide au développement. Or comme l’a souligné la revue à mi-parcours de l’aide française par l’OCDE, la France n’a pas établi une feuille de route budgétaire crédible pour atteindre les 0,7 % en 2015 à l’instar de la Grande Bretagne qui est pourtant soumise à des contraintes budgétaires similaires. Avec une mission budgétaire « aide au développement » de 3,3 milliards, la coopération française souffre d’un écart croissant entre ses ambitions et les moyens dont elle dispose.
Cette somme représente précisément un tiers de l’aide déclarée par le gouvernement français à l’OCDE et à la communauté internationale (10 milliards d’euros), soit 0,17% du PIB ou moins d’un quart de l’objectif que s’est donné l’actuelle majorité pour 2015. L’écart considérable entre la réalité budgétaire et les annonces faites lors des conférences internationales oblige à s’interroger quant à la sincérité de la majorité sortante.
Voilà pourquoi, si je suis élu Président de la République, je me prononcerais en faveur d’une grande opération de transparence, cela afin que le volume réel de l’aide soit connu en France, comme chez les autres pays donateurs. Je suis convaincu que de nombreuses dépenses aujourd’hui intégrées à l’aide au développement, accueil des étudiants et des réfugiés, projets liés au droit au retour, coopérations militaires, prêts, annulations de dette, font l’objet d’une forte surestimation et pour certaines ne devraient pas y être intégrées du tout. Plus grave, le choix d’indicateurs déficients peut conduire à marginaliser les dons pour des projets de développement, qui s’agisse de l’accès à l’eau, à l’éducation ou à la santé dans les pays les plus pauvres. Ces dons-projets ne permettent en effet pas, contrairement aux prêts consentis à des grands pays émergents, de faire jouer un « effet de levier » : les prêts permettent eux une hausse plus rapide (mais fictive à long terme) de l’aide au développement. Je souhaite donc que nous réfléchissions à des indicateurs plus justes, qui ne présentent pas de risque d’inciter à privilégier les pays les plus avancés, parfois au détriment de ceux qui en auraient le plus besoin.
Compte tenu des incertitudes très fortes sur la valeur réelle de l’aide au développement actuelle mais de son probable faible niveau, l’atteinte des 0,7% d’ici à 2015 représente un grand défi. De même, l’atteinte des Objectifs Millénaire pour le Développement, prévue en 2015, semble déjà hors d’atteinte dans les pays à faible revenu, en raison notamment des insuffisances de l’aide réelle ces dernières années. En revanche, au delà de ces objectifs de court terme, je reste profondément attaché à l’atteinte des 0,7% et conserve cette perspective malgré la situation budgétaire très délicate dont le prochain Président de la République héritera. Par-delà les effets d’annonce, il est essentiel dans un premier temps de dire la vérité aux Français et d’engager un cheminement crédible pour atteindre progressivement l’objectif des 0,7 %.
Pour redonner un sens à la parole publique et notamment aux engagements en matière de financement de la solidarité internationale et du développement durable, l’augmentation de l’effort budgétaire français d’aide au développement devra être continue et régulière. A cette fin, je m’appuierai sur des financements innovants, qui viendront s’ajouter à l’APD. C’est le sens de ma proposition de mise en place au niveau européen d’une taxation des transactions financières, portant sur l’ensemble des transactions au taux de 0,05%. Le produit d’une telle taxe n’est pas aujourd’hui connu avec précision mais, ainsi que je vous l’indiquais lors de notre rencontre du lundi 12 mars, je m’engage à affecter une part importante des sommes ainsi collectées au financement du développement et à la lutte contre le changement climatique. Au parlement français, une loi de programmation permettra de suivre l’évolution détaillée de cet effort de solidarité, comme vous le suggérez également.
Je crois ensuite que l’évaluation de l’aide doit être renforcée et rendue davantage indépendante. Cela devrait permettre d’aider à sa bonne utilisation, de lutter contre la corruption ou les détournements, et d’allouer les crédits disponibles au mieux et au plus juste. Je prends également l’engagement de doubler, en cinq ans, la part de l’aide qui transite par les ONG françaises. Cela me semble nécessaire pour soutenir ces acteurs innovants, réactifs et efficaces, en particulier dans des secteurs et dans des pays où les bailleurs publics connaissent des difficultés. La France est très en retard de ce point de vue par rapport à nos voisins européens, alors même que les ONG françaises ont fait preuve de leur professionnalisme, dans des domaines très variés, allant de l’urgence et de l’action humanitaire à la lutte contre les pandémies, le handicap, l’analphabétisme, la faim, les destructions environnementales et bien d’autres défis encore. Je crois aussi que nous devrons davantage mobiliser l’expertise technique qui existe dans nos collectivités territoriales ou dans les diasporas qui vivent en France, afin de renforcer les liens humains et les échanges de technologies et de compétences entre la France et ses partenaires. Enfin, ma priorité reste à une concentration de l’effort français vers l’Afrique subsaharienne et la rive sud de la Méditerranée : des transitions politiques et économiques majeures y sont en cours, nous devons pouvoir accompagner davantage ces évolutions lorsqu’elles vont dans le bon sens.
Votre dernière interrogation porte sur ma vision de la régulation des flux financiers Nord-Sud. Je partage votre constat de l’insuffisance de la transparence des relations, notamment financières, entre les entreprises des pays développés et les gouvernements des pays en développement. Ce déficit de transparence ne se limite d’ailleurs pas aux flux financiers entre Nord et Sud, mais il est vrai qu’il est particulièrement insupportable quand il prive les citoyens de pays en développement de ressources publiques dont ils ont tant besoin. C’est pourquoi je suis favorable à ce que les grandes entreprises cotées en France publient leurs comptes détaillés pays par pays, quel que soit leur secteur d’activité, et non pas seulement dans les secteurs extractifs et forestiers. J’observe que les Etats-Unis se sont engagés dans cette direction et je plaiderai pour que cet effort de transparence soit partagé avec autant de pays que possible. Si je suis élu Président de la République, je compte faire des enjeux de régulation, de transparence, de lutte contre l’évasion et la fraude fiscale des sujets majeurs des prochains G8 et G20.
Bien cordialement,
François Hollande
TAGS: Afrique, AIde publique au développement, ONE, ONE VOTE 2012, Pauvreté
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