Dec 10th, 2010 10:23 PM UTC
By Sena Alouka
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Il y a un peu moins d’un an, les délégués de 194 pays débarquaient à Copenhague pour la 15e Conférence des Parties (COP15), accueillis par un froid polaire et une pression médiatique brulante. La société civile était également très présente, très pressante. En tout cas, aujourd’hui, tous reconnaissent que même si les ONG et leurs acolytes ne sont pas négociateurs officiels, leur poids dans ces discussions dépasse bien certains des Etats parties. Finalement, le reste, tout le monde le sait et Copenhague est devenue Flopenhague ou Nopenhague (dans le jargon américain, une nullité)…
La vérité est que 12 mois plus tard, personne n’a vu le visage ni la couleur des 10 milliards annuels promis dans ce document fantôme, au demeurant conçu par 28 pays contre tout mépris du système multilatéral et du principe du consensus total qui régit ces négociations. Ce à quoi on a assisté est juste un ré emballage des aides traditionnelles (Aide Publique au Développement, notamment) et dorénavant nommé ‘Finance Climat’. Les fonds qui doivent aller à la construction des hôpitaux et autres infrastructures sociales sont recyclés et renvoyés aux ministères de l’environnement pour des projets de reboisement. Mais qui est aveugle. On a quand même cinquante ans, en Afrique!
Soit dit en passant, Copenhague aura quand même permis une mobilisation mondiale sans précédent sur les questions liées au climat. Et ce ne sont pas les dernières tragédies climatiques dans les capitales ouest africaines qui viendront convaincre les Africains du contraire.
Cancun : en direct des débats
Ce lundi 30 novembre s’est donc ouvert la COP16, à Cancun, au Mexique. Et pour ce qu’on a pu en voir ce dimanche, l’ambiance va y être très différente.
Tout d’abord le cadre est évidemment sans rapport : à la place du paquebot faisant office d’hôtel pour la société civile, ici ce sont de vrais grands buildings-passoires-énergétiques qui se succèdent le long de la lagune. Des hôtels géants sont alignés le long d’une petite bande de terre entre la mer et le fleuve. On se croirait en plein centre Manhattan sur ce lopin de terre. Imaginez une litanie d’immeubles aussi imposants les uns que les autres, entrelacés sur une longueur importante alors que la largeur du bout de terre, ne dépasse guère 1,5 kilomètre. La (grosse) voiture est indispensable pour se déplacer (pour la conférence, des bus gratuits aux passages peu réguliers ont été mis en place – l’attente dépasse parfois 60 min). L’aménagement urbain dans cette station balnéaire d’un pays en développement donne un aperçu bien triste de la perception de ce qu’est la « modernité », de ce qu’est l’objectif ultime de notre subconscient collectif. On se dit aussi, à voir tant de luxe dédiés aux loisirs de certains, qu’il existe dans ce monde, les richesses nécessaires pour agir.
Toujours du fait de l’aménagement urbain, la COP16/CMP16 est éclatée en plusieurs lieux : la société civile a son propre site où se déroulent les conférences ouvertes (les side events) et où sont placés les stands des ONGs. Ici, ca s’appelle Cancunmess(e). Les délégations officielles négocient à une demi-heure de bus de là, au lieu dit Moon Palace, en plein cœur de la jungle à palétuviers, qui n’est accessible que par une et une seule voie. La société civile est donc moins présente, en quantité et en capacité à interagir directement avec les délégations.
N’empêche. Les ONG affichent leur message: Put a Can on Cancun. Yes, Cancun Can! Et pour les jeunes délégués: Ne mettez pas notre avenir entre parenthèse ou mieux nous vous faisons confiance, vous le pouvez! Espérons qu’ils vous entendent!
Quant aux négociations elles mêmes, les éléments inquiétants proviennent des dégradations sur la scène nationale dans plusieurs pays de première importance, en particulier le Japon et les Etats-Unis. Le pays du soleil levant ne veut plus s’engager sur une seconde période pour le protocole de Kyoto (ce qui de notre point de vue est totalement inacceptable) ; l’Oncle Sam ne veut plus s’engager sur tout accord international (suite aux avancées des Républicains lors des élections récentes). La pression est grande, mais différente de celle de Copenhague : moins intense, moins palpable, plus diffuse, plus perfide.
Très échaudées par la gueule de bois conséquente à Copenhague, certaines ONGs s’interrogent sur la tactique à adopter : et si l’on souligne l’incapacité à avancer et le manque de progrès, on fait le jeu de ceux qui dénoncent les négociations dans le cadre des Nations unies. Faut-il se taire pour autant ? Qui dénoncer ? Sur qui et sur quoi faire pression ?
Cancun : la corde au cou ?
Quelques jours de discussion et force est de constater que la communauté internationale est toujours dominée par les égoïsmes nationaux. . Les pays ayant ratifié le Protocole de Kyoto ne s’engageront pas dans une deuxième période de réduction des émissions après 2012, si les USA ne prennent pas des objectifs chiffrés comparables. Et les USA ne sont pas prêts à se mettre la corde au cou, tant que les puissances émergentes (Chine, Inde, Afrique du Sud) ne s’engageront pas également à réduire considérablement leurs émissions. Et ceux-là clament haut et fort le principe de la responsabilité historique inscrite dans la Convention pour justifier l’injustice que cela serait de sacrifier leur développement sur l’autel de la lutte contre le changement climatique. Or, comme l’a si bien dit Einstein, la vie (les négociations) c’est comme une bicyclette, il faut avancer pour ne pas tomber.
‘Tout espoir n’est pas mort’, comme l’a souligné la nouvelle Secrétaire Exécutive de la Convention, Cristiana Figueres, ‘mais il n’est pas bien grand’. Et d’ajouter, ‘puisque nous ne pouvons supporter un échec additionnel à Cancun, nous devons prendre par la positive tout ce qui sort d’ici et la considérer comme la fondation vers des négociations plus réussies à Durban, en Afrique du Sud, à la COP17 en 2011′. Merci Madame! Seulement pour l’heure, nous courons vers 3 ou 4°C supplémentaires en 2100, empêtrés dans des négociations de chiffonniers …
Oh, à propos, il faut mentionner toutefois les véritables initiatives citoyennes déployées par plusieurs groupes de la société civile. D’abord, il y a le Klimaforum, où se réunissent des centaines de mouvements de défense des droits humains, des peuples indigènes et de l’environnement pour discuter des solutions alternatives. Ensuite, le ‘climats village’, quoique facilité par le gouvernement, offre des opportunités aux organisations ici présentes d’échanger sur des solutions réelles au problème sur le tapis. Enfin, la Via Campesina (la voie paysanne) et ses acolytes du ‘Réseau Justice Climatique Ici et Maintenant’ (Climate Justice Now) ont organisé une méga manifestation à travers les villes afin de dénoncer ce qu’ils appellent un hold-up politique de la question climatique par les puissances, soutenues par les firmes et les sociétés du Nord. Ceux là, craignent l’exploitation des négociations climat à des fins commerciales par les compagnies multinationales (biocarburants, barrages géants, OGM, captage et stockage de carbone et autres marchés du carbone notamment constituent les nouveaux champs d’exploration et d’enrichissement pour de nombreuses entreprises).
Espérons que les voies citoyennes soient entendues jusque dans le Palais de la Lune (moon palace) afin qu’au 10 décembre prochain, nous ne repartions pas d’ici les poches défoncées.
Sena ALOUKA
Directeur Exécutif
ONG Jeunes Volontaires pour l’Environnement
TAGS: Actualité des politiques, Climat, Objectifs du Millénaire pour le Développement
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