Agir

Interview : Fogué Foguito de Positive-Generation sur le droit au traitement du VIH


interview-fogue-foguito-de-positive-generation-sur-le-droit-au-traitement-du-vih

Dec 5th, 2012 6:18 PM UTC
By

Entretien avec Fogué Foguito, directeur exécutif de Positive-Generation.

Nous sommes très heureux d’annoncer le gagnant de la cinquième édition annuelle du Prix ONE pour l’Afrique : Positive-Generation! L’organisation camerounaise s’est donné pour mission de garantir le respect des Droits Humains des personnes infectées et affectées par le VIH.

Avec plus de 250 candidats à travers l’Afrique et parmi cinq finalistes de qualité, le choix a été difficile. Mais finalement, l’équipe de ONE Afrique a estimé que Positive-Generation était l’organisation  la plus  innovante et contribuant le plus à la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le Développement dans son pays.

Positive-Generation (PG), basée à Yaoundé, capitale du Cameroun, tient le gouvernement camerounais responsable de son engagement d’allouer 15% de son PIB aux services de santé. PG se bat également contre la stigmatisation des personnes séropositives et mène des actions de plaidoyer auprès du gouvernement afin qu’il fournisse gratuitement les traitements. PG est un mouvement de plaidoyer dans tous les sens du terme, et a parfaitement saisi comment insuffler un réel changement sur la question du sida au Cameroun.

C’est pour cette raison que ONE était particulièrement ravie de donner à PG ce prix mérité de 100 000 dollars, à l’occasion du Forum des Partenaires de GAVI Alliance aujourd’hui à Dar es-Salaam, en Tanzanie. Grâce à cette dotation, les dix membres de l’équipe vont renforcer leur capacité à lutter contre le VIH dans les communautés locales.

Mon collègue Ali Ba et moi-même avons eu la chance d’avoir une conversation téléphonique avec Fogué Foguito, directeur exécutif de Positive-Generation, la semaine dernière. Il s’avère que Fogué est membre de ONE depuis 2005 et a signé nos pétitions avant même que ONE Afrique s’installe à Johannesburg. Pendant cet échange, nous avons discuté des stratégies audacieuses de PG afin de garantir les droits des personnes séropositives et des communautés affectées par le sida ainsi que de sa propre vision pour son organisation. Nous lui avons aussi posé la question à un million de dollars : ce que PG entend faire de l’argent qu’ils ont gagné.

Parlez-moi un peu de votre organisation.  Que souhaitez-vous accomplir ?
L’organisation a été créée en 1998 par des étudiants qui travaillaient initialement à la lutte contre le sida, mais rapidement, on s’est orienté vers une approche en faveur des droits humains. Nous nous sommes en effet rendu compte que la lutte contre le VIH est essentiellement une question de droits, de santé et de liberté, et c’est donc autour de cela que nous avons commencé à structurer notre cause.

Fogué Foguito, aujourd’hui, lors du prix ONE pour l’Afrique

Pourquoi avoir choisi le nom « Positive-Génération»?
Nous voulons donner de l’espoir à cette génération. Faire comprendre que la séropositivité n’est pas une fatalité. Avant, en tant qu’Africain, si vous étiez diagnostiqué porteur du VIH, vous étiez techniquement mort aux yeux de la société. Mais Positive-Generation est en train de faire évoluer les choses afin de changer cette perspective. Nous essayons d’avoir un discours différent autour de la maladie, un discours positif et porteur d’espoir et non de désespoir et d’indignité. Nous voulons montrer que, politiquement, nous allons tout faire pour être une génération qui contribue au changement dans tous les sens du terme.

Comment menez-vous ces actions en particulier ?
Nous avons une triple approche. Tout d’abord nous voulons élever le débat au niveau politique pour aller au-delà de la simple question de santé publique. Nous ne pouvons pas lutter contre cette maladie en nous  positionnant uniquement sur le terrain de la santé, car le seul endroit où le changement peut réellement avoir lieu c’est au sein du gouvernement. Là il y a le pouvoir politique. Nous travaillons à renforcer les capacités des citoyens séropositifs et des communautés touchées par le sida et à leur faire comprendre que le respect de leurs droits, en tant qu’êtres humains est une nécessité pour la santé.

Deuxièmement, nous travaillons avec le système éducatif au Cameroun. Nous allons dans les villages, les écoles et discutons avec les gens et les élèves de multiples sujets : la maladie, leurs corps, les traitements, comment ils peuvent eux-mêmes éviter de contracter le VIH et comment rester en bonne santé.

Enfin, nous mettons l’accent sur ​​la communication et le plaidoyer. Si nous pouvons changer la manière dont les gens parlent du sida, nous pouvons créer une attitude positive vis-à-vis de la maladie, et ainsi réduire la stigmatisation. Si quelqu’un est séropositif, nous lui demandons de témoigner : « Oui, j’ai la maladie, mais je mène une vie saine et digne. » De cette manière, les personnes connaissent mieux la maladie et peuvent en parler de manière plus positive au sein du milieu politique – et pas seulement les séropositifs mais tout le monde. Nous voulons être un mouvement citoyen.

J’ai lu quelque part que votre vision était celle “d’une société où tous les patients ont accès aux traitements”. C’est un message fort.
Oui, cet argument s’inscrit dans le cadre du respect des droits. Avant d’être contaminé, c’est votre droit d’être protégé de cette maladie, de manière à ne pas être stigmatisé et à pouvoir recevoir un bon accès aux traitements. Un pays ne peut pas être démocratique si il ne garantit pas l’accès aux soins pour les personnes à risques ou vulnérables. C’est pour cela que la justice sociale et l’équité font également partie de nos principes.

Qu’est-ce qui vous a poussé à créer cette organisation ?
J’ai vu que les étudiants séropositifs et séronégatifs étaient séparés à l’école. Si tu étais séropositif, tu étais condamné et mis à l’écart. J’avais des amis à l’école qui étaient séropositifs et je ne trouvais pas ça juste qu’ils soient traités aussi mal à cause de leur maladie. J’ai voulu créer un programme où mes amis et d’autres personnes séropositives pourraient être intégrés et ne seraient pas traités comme des citoyens de seconde zone. Mes amis et moi avons alors commencé à déclarer que c’était une injustice, et c’est comme ça que tout a commencé.

Qu’allez-vous faire avec l’argent du prix ONE pour l’Afrique ?
Nous voulons utiliser cet argent pour mettre en place un bureau d’assistance  juridique afin de défendre les droits de la population et particulièrement des personnes les plus à risques et les plus vulnérables face au VIH. Nous souhaitons aussi créer un centre régional de formation pour former les leaders de la société civile africaine au plaidoyer. Enfin nous voulons créer un centre communautaire de dépistage du VIH et renforcer nos efforts d’intervention dans les communautés

A votre avis qu’est-ce que les populations des pays développés devraient savoir sur le sida en Afrique ?
Pour éviter les préjugés, il est important que les personnes sur le terrain racontent ce qu’il s’y passe. Elles sont bien placées pour parler de cette maladie, et elles peuvent être leur propre reporter. Je pense aussi que les pays développés qui hébergent de grands groupes pharmaceutiques ne devraient pas empêcher les pays les plus pauvres, comme l’Inde, de produire des antirétroviraux, car la plupart des pays africains ont des capacités financières limitées. Cela montre juste que les pays riches pensent d’abord à leurs propres profits plutôt qu’à mettre fin à cette maladie. Enfin, l’Occident doit s’assurer que son aide au monde en développement ne va pas dans la poche des gouvernements.

Un grand bravo à Positive-Generation pour avoir gagné cette année le prix ONE pour l’Afrique! Joignez-vous à nous pour les féliciter sur leur page Facebook.

 

TAGS: Afrique, Objectifs du Millénaire pour le Développement, Prix ONE pour l’Afrique, Santé, Tanzanie, VIH/sida

 

  1. TAPPA HERVEsays: Dec 10th, 2012 1:48 PM EST

    10/12/2012 at 13:48

    BRAVO PG, seul les malades mesurent la porté de l’action que vous menez, car les repercutions sur leur vie est direct. continuez à remuer ces politiciens, afin que les médicaments qui sont presques à porter de main, soit effectif et qu’une fois pour toute on démystifie ce fléo. BRAVO une fois de plus

Retrouvez -nous sur
Facebook Twitter Google+

Le blog de ONE

Articles populaires ce mois-ci

À propos du blog de ONE

Le blog international de ONE est le journal quotidien du mouvement anti-pauvreté. Le site est alimenté par l‘équipe de ONE, et des contributions fréquentes de ses bénévoles, de ses membres et de ses partenaires.

Le contenu de chaque article et de chaque commentaire représente le point de vue de son auteur et ne reflète pas forcément l’opinion de ONE. ONE ne soutient ni ne s’oppose à aucun candidat à un poste élu, et aucun article exprimant le soutien ou l’opposition à un candidat n’est approuvé par ONE.