Mar 1st, 2012 6:50 PM UTC
By Leonard Francelet
La lettre que ONE a publié ensemble avec d’autres ONG il y a maintenant deux semaines a des retombées intéressantes : adressée à François Hollande, elle a suscité une réponse du ministre chargé de la coopération, Henri de Raincourt. Le journal Libération a publié ce matin sa lettre qui revient sur la taxe sur les transactions financières et son affectation vers l’aide aux pays en développement.
Après la réponse de François Hollande, c’est donc au tour du gouvernement d’apporter sa contribution. Comme le précise le ministre, il est vrai que beaucoup d’efforts, notamment de la part de la France, ont été réalisés ces dernières années afin de trouver des financements innovants. C’est d’ailleurs une nécessité. Nous le savons depuis maintenant plus d’une décennie : si nous voulons atteindre les objectifs du Millénaire pour le développement d’ici à 2015, des financements supplémentaires devront être affectés à l’aide publique au développement.
Dans cet esprit, nous saluons la mise en place d’une taxe sur les transactions financières, outil qui pourrait potentiellement soulager comme jamais auparavant les pays en développement. Plus exactement, nous saluons le potentiel de la taxe, parce que même si le gouvernement vient de la mettre en place, il n’est pas allé jusqu’à affecter l’argent au développement. Ni formellement, avec un article dans la loi, ni, pour l’instant, dans les faits, avec une augmentation corollaire du budget de l’aide publique au développement.
Or la France a un rôle capital à jouer : montrer l’exemple à ses partenaires européens, en affectant une partie substantielle de la taxe à cette aide. Et elle aurait eu la possibilité de le faire en précisant l’affectation au développement dès l’instauration de la taxe. Cette occasion a été ratée. Le ministre assure que les revenus de la taxe seront utilisés pour aider les plus pauvres dans le monde à partir du 1e janvier 2013. Lorsque cela se produira, nous seront évidemment ravis. Mais on ne peut s’empêcher de se poser la question : pourquoi ne pas affecter les revenus de la taxe dès aujourd’hui à ceux qui en ont le plus besoin ?
Cette année, la taxe rapportera déjà autour de 400 millions d’euros. 400 millions d’euros qui ne sont qu’une goutte d’eau pour combler le déficit budgétaire français qui se chiffre à près de 85 milliards d’euros. En revanche, il pourrait permettre à 1,6 millions de personnes séropositives d’accéder à un traitement antirétroviral.
Après tout, le Président de la République lui-même n’a-t-il pas déclaré devant les ministres des finances du G20 le 18 février 2011 : « nous avons pris des engagements devant les pays les plus pauvres. On ne peut pas dire : ‘ non, on a oublié, cela ne nous concerne plus ‘. Non, on n’a pas oublié. » ? N’a-t-il pas dit au sommet de l’Union Africaine du 30 janvier 2011 : « […] Parce qu’à un moment, il y a le discours et il y a l’exemple que l’on montre » ?
La taxe sur les transactions financières : il y a donc ceux qui en parlent. Il y a ceux qui disent qu’ils agiront en 2013. Y en aura-t-il pour agir tout de suite ?
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