Jun 1st, 2011 1:11 PM UTC
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Par Modou DIAGNE FADA. Ministre de la Santé et de la Prévention de la République du Sénégal.
Toutes les vingt secondes, un enfant meurt d’une maladie évitable par la vaccination avant d’avoir soufflé sa cinquième bougie. Cela représente 2 millions de décès d’enfants évitables chaque année. Les origines de ce drame sont bien connues des spécialistes de la santé comme de mes concitoyens. Les complications dues à la diarrhée et à la pneumonie sont les deux premières causes de la morbidité et mortalité infantiles dans les pays les plus pauvres, dits à faibles revenus.
Ces décès ne relèvent pas de la simple fatalité. Ils peuvent être évités !
Une solution rapide, efficace, peu coûteuse existe : l’administration dans les plus brefs délais de deux nouveaux vaccins luttant précisément contre la pneumonie et la diarrhée dont les germes les plus incriminés sont respectivement le Pneumocoque et le Rotavirus.
Ces vaccins sont bien disponibles dans les pays développés tels que la France, mais n’ont pas été introduits à large échelle dans les programmes nationaux de Vaccination des pays qui en ont pourtant le plus besoin.
Avec le recul du paludisme, la pneumonie et les diarrhées constituent, aujourd’hui, au Sénégal, les deux premières causes de mortalité chez les enfants de moins de cinq ans. Les complications liées aux insuffisances respiratoires aigues restent aussi meurtrières que celles des diarrhées.
Pourtant, administrer gratuitement ces deux nouveaux vaccins à nos enfants relève de nos compétences : entre 2000 et 2009, mes services ont su relever la couverture vaccinale du Sénégal de 50% à 89% en prodiguant le vaccin pentavalent qui combat 5 maladies en une seule injection.
Ainsi, les solutions techniques existent, les ressources humaines en santé sont mobilisables à tout instant : nos médecins, infirmiers, ONG, sont sur le qui-vive.
Seule une inconnue persiste pour résoudre l’équation fatale de la santé de nos enfants : la mobilisation de financements pérennes pour relever le défi de l’Objectif du millénaire visant à réduire des deux tiers la mortalité des enfants de moins de 5 ans entre 1990 et 2015.
Tel est précisément l’enjeu de la prochaine conférence des donateurs de l’Alliance pour la vaccination et l’immunisation, GAVI, qui se tiendra à Londres le 13 juin prochain. Mobiliser 2,6 milliards d’euros pour les cinq années à venir permettrait d’immuniser 250 millions d’enfants et sauver la vie de 4 millions d’entre eux dans les pays les plus pauvres de la planète.
Cet enjeu ne saurait se résumer à un froid calcul financier. Vacciner un enfant, c’est investir dans l’avenir, c’est garantir son droit à la vie, c’est également faciliter l’accès des mères aux centres de santé en favorisant l’échange sur les méthodes contraceptives et en les conseillant sur les soins qui les concernent, elles et leurs enfants. Du point de vue du développement économique, c’est également bénéficier d’une population en mesure de travailler et s’épanouir en éloignant le fardeau d’une peur quotidienne.
En un mot, offrir à sa population les moyens de prévenir les causes de son mal-être et de son mal-développement relève de la responsabilité politique. Cette responsabilité, mon pays, le Sénégal, mais également plusieurs dizaines d’autres pays qui ont adressé une demande à GAVI pour introduire de nouveaux vaccins, nous la prenons devant nos administrés en nous engageant dès aujourd’hui à cofinancer l’achat de ces vaccins.
A quelques jours de cette conférence trop oubliée où se joue la vie ou la mort de 4 millions d’innocents, une variable demeure inconnue. A quelle hauteur s’élèvera le niveau de contribution de la communauté internationale ? Et notamment celui des pays membres du G8 qui se sont réunis dernièrement à Deauville, en présence de leaders africains, dont notre Président, M. Abdoulaye Wade. A cette occasion, les chefs d’Etat ont fait le point sur leurs engagements passés, notamment ceux de l’an dernier, visant à mobiliser 5 milliards de dollars supplémentaires pour la santé des femmes et des enfants. Une fois n’est pas coutume, il s’avère que ces promesses seront largement dépassées, alors pourquoi ne pas débloquer ces fonds immédiatement pour prévenir les morts prévisibles plutôt que guérir a posteriori ? Quelques jours avant la Conférence des donateurs de GAVI, alors qu’aucun donateur n’a encore rendu public le niveau de son engagement, je me dois, au nom des millions de sans-voix qui n’ont pas même connaissance de ces enjeux lointains, de sonner l’alarme. Ne dit-on pas que gouverner c’est prévoir ?
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