Oct 29th, 2012 5:50 PM UTC
By blogueur invité
Cela fait des décennies que les agriculteurs en Afrique ont des difficultés pour produire suffisamment de nourriture grâce aux terres dont ils sont propriétaires. Mais dans l’est du Kenya, plus de 50 000 agriculteurs utilisent à présent des techniques innovatrices pour empêcher les ravageurs et les mauvaises herbes de détruire leurs plantations. Les résultats sont impressionnants. Le système, appelé « pousser-tirer », est maintenant repensé pour faire face au défi supplémentaire que représente le changement climatique pour la sécurité alimentaire.
Le système « pousser-tirer » qui a initialement été développé il y a plus de 20 ans par le Centre International de physiologie et d’écologie des insectes (ICIPE), fonctionne en mélangeant des plantes qui éloignent les ravageurs et les mauvaises herbes (pousser), et d’autres, plantées en bordure, qui attirent les ravageurs vers l’extérieur des plantations afin qu’ils pondent leurs œufs là où ils causeront le moins de dégâts (tirer).
C’est une idée simple mais révolutionnaire qui peut presque doubler le volume de nourriture que les agriculteurs récoltent sur leurs terres. De plus, cette technique est peu coûteuse et ne nécessite pas l’utilisation de techniques complexes, ce qui permet aux petits agriculteurs d’y avoir facilement accès. Le système utilise des plantes disponibles localement et s’intègre bien dans les systèmes traditionnels de plantations multiples en Afrique.

« J’ai bénéficié d’améliorations majeures » se félicite Emai Ikapolok David, un agriculteur du district de Teso-Nord au Kenya. « Avant, je récoltais 50kg sur un terrain de 0.4 ares, mais maintenant grâce à la technique de « pousser-tirer », je récolte 540kg de maïs sur la même parcelle. La fertilité de mon sol s’est améliorée et il y a moins de striga (une mauvaise herbe) et d’insectes térébrants (nuisibles perceurs de tiges) dans le jardin ».
La communauté éprouve également un plus grand sentiment de sécurité. « Les cas de vols ont diminué car tout le monde a assez à manger » affirme Eric Odhiambo, le chef adjoint de Ginga, dans le district de Siaya.
Cependant, les agriculteurs d’Afrique sub-saharienne et de la planète doivent maintenant faire face à de nouvelles menaces à cause du changement climatique. Les cultures de la région étant pluviales (non-irriguées), cela crée une hausse de l’incertitude et par conséquence une hausse des demandes concernant la technique du « pousser-tirer », afin de permettre aux plantes de mieux résister aux conditions climatiques de plus en plus irrégulières.
En mars 2011, ICIPE a lancé le projet ADOPT (adaptation et dissémination de la technique du pousser tirer au changement climatique). Le projet d’un montant de 2,9 millions d’euros, financé par l’Union européenne, a pour objectif de créer une forme de « pousser-tirer » résistant à la sécheresse et concernera un million d’agriculteurs d’ici à 2020.
« Grâce au financement que nous avons reçu de la part de l’UE, nous avons pu approfondir nos recherches et impliquer plus d’agriculteurs et plus de pays » affirme Zeyaur Khan, le coordinateur du projet ADOPT d’ICIPE. « Grâce à nos recherches, nous avons trouvé des plantes « pousser-tirer » qui sont plus efficaces que celles que nous utilisions auparavant » a-t-il ajouté, « elles peuvent survivre à des périodes de sécheresse plus longues ».
Le projet ADOP va bénéficier directement à plus de 50 000 petits producteurs de céréales et propriétaires de bétail. Il va également permettre d’améliorer la disponibilité de la nourriture pour plus d’un demi-million de personnes vivant dans des régions sèches et vulnérables au changement climatique au Kenya, en Tanzanie et en Ethiopie.
Les résultats sont impressionnants. « La mise en place et l’adoption de ces plantes « pousser-tirer » adaptées à la sécheresse a permis de tripler les rendements » a précisé Zeyaur Khan. « Sur le long terme, cela va aussi permettre de renforcer la fertilité des sols. Les agriculteurs n’auront plus besoin d’utiliser d’engrais ».
Sans le financement de l’UE, il affirme qu’ICIPE n’aurait pas pu adapter cette technique au changement climatique. « Les autres donateurs ne financent que la technique traditionnelle, c’est pourquoi ce financement est très important à la fois pour nous, mais également pour les pays dans lesquels nous travaillons et pour les petits agriculteurs qui doivent faire face à de longues sécheresses et qui ne peuvent pas produire suffisamment de nourriture pour eux même ».
A propos d’ICIPE
Le Centre International de physiologie et d’écologie des insectes (ICIPE) est un institut international de recherches basé à Nairobi, au Kenya. Sa mission est de lutter contre la pauvreté, d’améliorer la sécurité alimentaire et la situation sanitaire des populations vivant dans les pays du Sud, en créant et développant des outils et des stratégies pour contrôler les arthropodes nuisibles et ceux qui sont utiles, le tout en préservant les ressources naturelles. Ils se basent pour cela sur la recherche et le renforcement des capacités des populations.
Pour en savoir plus sur ICIPE, visitez leur site internet : http://www.icipe.org (en anglais)
Pour en savoir plus sur la technique du « Pousser-tirer » : http://www.push-pull.net (en anglais également)
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