Nos conclusions-clés
L’AIDE AU DÉVELOPPEMENT ACCORDEE A L’AFRIQUE SUBSAHARIENNE A CONNU UNE AUGMENTATION HISTORIQUE CES DIX DERNIERES ANNEES, NOTAMMENT PENDANT LES CINQ ANNEES QUI ONT SUIVI GLENEAGLES
Depuis 2000, l’aide au développement accordée à l’Afrique subsaharienne a augmenté de 14,819 milliards d’euros (19,628 milliards de dollars), comparé à la diminution de 1,359 milliard d’euros (1,8 milliard de dollars) enregistrée entre 1990 et 2000. Les pays du G7 et de l’UE ont largement contribué à cette embellie en allouant respectivement 11,796 milliards d’euros (15,625 milliards de dollars) et 7,134 milliards d’euros (9,45 milliards de dollars) à la région depuis 2000. Ces hausses se sont accélérées dans les cinq années qui ont suivi Gleneagles. L’effort consenti depuis 2005 représente 63% du montant de l’augmentation observée depuis 2000 (soit 9,395 milliards d’euros ou 12,444 milliards de dollars). Cette accélération a été davantage marquée pour les pays du G7, où plus des deux-tiers de la hausse (68%, soit 8,06 milliards d’euros ou 10,68 milliards de dollars) s’est produite après 2005.
DEPUIS 2000, LES RESULTATS DÉMONTRENT QU’INVESTIR DANS LE DÉVELOPPEMENT EST UNE MÉTHODE QUI A FAIT SES PREUVES
L’accroissement de l’aide au développement couplé aux efforts africains a aidé à accomplir des progrès significatifs dans de nombreux pays d’Afrique subsaharienne pendant la décennie qui vient de s’écouler. Depuis 2000:
- Près de 750 000 vies d’enfants ont été sauvées grâce au renforcement des actions de lutte contre le paludisme dans 34 pays endémiques de la région;
- 46,5 millions d’enfants supplémentaires ont été scolarisés dans l’enseignement primaire en Afrique subsaharienne;
- Près de 4 millions de personnes dans la région ont eu accès à un traitement antirétroviral qui contribue à l’allongement et à l’amélioration de la vie des séropositifs;
- La production agricole dans 17 pays d’Afrique subsaharienne a enregistré une hausse de 50%.
COMPTE TENU DU DEFICIT DE CERTAINS PAYS, LE G7 N’A ATTEINT QUE 61% DE SON ENGAGEMENT DE HAUSSE ENVERS L’AFRIQUE SUBSAHARIENNE EN 2010
Le G7 a accru le montant annuel de son aide au développement à l’Afrique subsaharienne de 8,453 milliards d’euros (11,197 milliards de dollars) entre 2004 et 2010, atteignant 61% de l’engagement de hausse de 13,761 milliards d’euro (18,227 milliards de dollars) promis en 2005. Les engagements tenus sont principalement le fruit des Etats-Unis, du Japon et du Canada qui ont dépassé leurs objectifs et du Royaume-Uni qui a quasiment atteint son objectif ambitieux. Ensemble, l’Allemagne et l’Italie ont manqué la cible de 5,36 milliards d’euros (7,11 milliards de dollars) et la France de 1,01 milliard d’euros (1,34 milliard de dollars).
L’accord de Gleneagles a mis l’accent sur l’Afrique subsaharienne, région la moins susceptible d’atteindre les OMD : près de la moitié des engagements de hausse pour l’aide au développement étaient destinés à la région. L’engagement spécifique de l’UE à Gleneagles d’allouer la moitié de toute hausse de l’aide au développement à l’Afrique subsaharienne n’a fait que renforcer cette tendance. Les chiffres définitifs montrent que le G7, en tant que groupe, a enregistré à ce sujet une meilleure performance que d’autres groupes de bailleurs de fonds (Etats-Unis et Japon en tête). Entre 2004 et 2010, 43% des hausses globales du G7 ont été allouées à l’Afrique subsaharienne contre 28% pour l’UE-15 et 36% pour les pays du Comité d’aide au développement de l’OCDE (CAD). Compte tenu de l’engagement spécifique de l’UE envers la région, sa performance médiocre est particulièrement préoccupante et sera à améliorer lorsque les prochaines aides au
développement seront allouées.
INDIVIDUELLEMENT, CERTAINS EFFORTS DES PAYS DU G7 POUR ATTEINDRE LEURS OBJECTIFS D’AIDE AU DÉVELOPPEMENT SONT À LOUER, D’AUTRES À BOUDER
Certains pays du G7 se sont conduits en vrais chefs de file en atteignant leurs objectifs envers l’Afrique subsaharienne à l’horizon 2010, alors que d’autres ont échoué.
- LE ROYAUME -UNI a fait preuve de ses capacités de meneur pendant cette période de cinq ans, en remplissant 86% de ses engagements ambitieux destinés à l’Afrique subsaharienne, enregistrant une hausse de 1,92 milliards d’euros (2,55 milliards de dollars).
- LES ETATS-UNIS ont également enregistré une hausse spectaculaire en termes d’aide au développement dans la région, en atteignant 121% des engagements promis à Gleneagles, soit une augmentation de 3,23 milliards d’euro (4,28 milliards de dollars).
- LE CANADA et LE JAPON ont atteint leur cible, qui était relativement modeste. Le Canada a augmenté son aide au développement de la région de 588 millions d’euros (779 millions de dollars), soit 197% de ses engagements de hausse. Le Japon a rempli 126% de son objectif, soit une hausse totale de 1,2 milliards d’euro (1,6 milliard de dollars) consacré à la région entre 2004 et 2010. Au sein du G7, le Japon et le Canada ont consacré la majeure partie de leurs hausses de 2004-10 à l’Afrique subsaharienne (140% et 62% respectivement).
- LA FRANCE a augmenté le montant de son aide au développement de 0,819 milliard d’euros (1,086 milliard de dollars), soit 45% du total des engagements de hausse promis.
- L’ALLEMAGNE n’a atteint que 23% de ses promesses de hausse à la fin 2010, soit une augmentation de 739 millions d’euros (979 millions de dollars). Parmi les pays du G7, l’Allemagne a consacré la deuxième part la plus faible des hausses de développement à l’Afrique subsaharienne (18%) entre 2004 et 2010.
- La mauvaise performance de L’ITALIE continue de saper la crédibilité des efforts collectifs du G7 et l’UE en Afrique subsaharienne. Le montant consacré par l’Italie à l’aide au développement dans la région a enregistré une baisse de 59 millions d’euros (78 millions de dollars) depuis 2004. L’Italie aurait immédiatement dû mettre en œuvre le ‘piano di rientro’ (plan de relance) promis par le président Silvio Berlusconi en 2009.
- L’UE-15 (dont quatre membres du G7) s’est engagée à accroître l’aide au développement à l’Afrique subsaharienne de 14,271 milliards d’euros (18,902 milliards de dollars) entre 2004 et 2010. Toutefois, avec une hausse de seulement 4,938 milliards d’euro (6,541 milliards de dollars), l’UE n’a rempli que 35% de son engagement. Près de 40% de l’augmentation provenait d’un seul pays, le Royaume-Uni. Il est cependant important de noter que certains membres de l’UE-15 sont régulièrement de bons élèves. Quatre pays – le Danemark, le Luxembourg, les Pays-Bas et la Suède – ont notamment maintenu leur objectif du ratio de l’APD/RNB à 0,7% ou plus. Seuls le Danemark et le Luxembourg ont atteint l’objectif officiel défini par l’UE pour l’Afrique subsaharienne.
L’APRÈS-GLENEAGLES : DE LA NÉCESSITÉ D’ENGAGEMENTS COLLECTIFS CLAIRS POUR UNE VÉRITABLE PRISE DE RESPONSABILITÉ
Grâce à Gleneagles, des engagements très divers en matière d’aide au développement ont pu être rassemblés autour d’un même but. Ainsi, le sommet du G8 est devenu un rendez-vous annuel au cours duquel les responsabilités de chacun sont passées en revue. C’est ce sens de la responsabilité mutuelle qui a permis un véritable passage à l’action, tel que démontré par les résultats supérieurs du groupe du G7 comparé à l’UE et au CAD. Le G7 a effectivement mieux tenu ses engagements en matière de hausse de l’APD (avec un résultat de 61 %, contre 35 % pour l’UE et 56 % pour le CAD). Même conclusion pour ce qui a été d’ériger l’Afrique subsaharienne en priorité (avec 43 % des augmentations du G7 allouées à cette région, contre 28 % pour l’UE et 36 % pour le CAD).
Alors que les coupes budgétaires sont légions et les priorités mondiales en opposition, il est d’autant plus vital qu’il y ait une prise de responsabilité quant aux engagements en faveur du développement. Sans objectif global ni rendez-vous annuel rassemblant le monde autour de l’évaluation des progrès, il sera plus difficile d’instaurer un sens de la responsabilité mutuelle.
Parmi les engagements partagés se poursuivant après l’horizon 2010, citons la promesse de l’UE de parvenir à 0,7 % d’APD/ RNB d’ici à 2015. Et si l’UE s’est engagée à consacrer 50 % des augmentations au continent africain, la part des ressources allouées à l’Afrique subsaharienne n’a pas encore été fixée (il est tout de même à préciser qu’il est prévu d’octroyer 0,15 % du RNB aux pays les plus pauvres, dont la plupart se trouvent en Afrique subsaharienne). Ce changement de vision vers une prise en compte du continent africain dans sa globalité signifie que les pays d’Afrique du Nord à l’importance géopolitique croissante (à l’instar de l’Egypte, de la Tunisie et de la Lybie) feront désormais partie du groupe des pays comptabilisés dans l’objectif. ONE s’inquiète de ce changement, et craint qu’en élargissant la région de l’Afrique subsaharienne pour y inclure l’Afrique du Nord, la priorité qu’était devenue au cours des dix dernières années la réduction de la pauvreté par le biais de l’aide au développement ne se retrouve au second plan.
Au sein du G7, les engagements pris par les trois pays non-membres de l’UE ont soit expiré ou ont été dépassés avant l’heure (dans le cas du Japon). Le Canada et le Japon ont besoin de nouveaux objectifs plus ambitieux. Les Etats-Unis, quant à eux, se sont dotés d’objectifs sectoriels mais n’ont pas de plan d’action complet visant à une augmentation de l’aide au développement pour l’Afrique subsaharienne. Un certain nombre de bailleurs de fonds qui ne sont membres ni du G8 ni de l’UE (tels que l’Australie et la Corée du Sud) ou qui ne dépendent pas du CAD (tels que la Chine ou l’Afrique du Sud) ont également pris des engagements en matière d’aide au développement.
Le paysage actuel est donc de plus en plus varié et complexe. D’où la nécessité pour tous les partenaires du développement de s’approprier la nouvelle recommandation du CAD sur les « bonne pratiques pour la prise d’engagements » et les Principes TRACK de ONE. En vertu des Principes TRACK, les engagements des bailleurs de fonds doivent être transparents, axés sur les résultats, clairs quant au degré d’additionnalité et de conditionnalité, et audités via un mécanisme indépendant afin de s’assurer que les promesses sont effectivement tenues.
L’INNOVATION DANS LE FINANCEMENT : POUR UNE PLUS GRANDE MOBILISATION DES RESSOURCES NÉCESSAIRES À L’ACCOMPLISSEMENT DES OMD
Pour atteindre les OMD, il sera nécessaire de débloquer bien plus de ressources qu’à l’heure actuelle. Or l’aide au développement pourrait devenir de plus en plus imprévisible dans les cinq prochaines années. Les partenaires du développement devraient davantage aller à la recherche de mécanismes novateurs de financement du développement pour compléter leurs engagements actuels d’aide publique au développement. De tels mécanismes innovants ont déjà permis de mobiliser pour le développement près de 43 milliards d’euros (57 milliards de dollars) entre 2000 et 2008 (tant par le biais de bailleurs de fonds que d’obligations à destination de la diaspora).7 En faisant preuve de créativité dans leur démarche, les différents acteurs se sont notamment appuyés sur l’IFFIm (Facilité internationale de financement pour l’immunisation) avec son émission d’obligations pour l’achat de vaccins. Ils ont également eu recours à une garantie de marché pour la création d’un nouveau vaccin antipneumococcique. Autre méthode : la mobilisation de ressources auprès des consommateurs afin de financer des programmes de fonds mondiaux, via Product (RED).
Les G8 et G20 devraient identifier les opportunités qui permettront de capitaliser sur les réussites de 2011. Plusieurs propositions novatrices de financement pourraient recevoir le soutien d’une majorité de pays du G20 et permettraient ainsi de lever d’importants nouveaux fonds pour le développement. Par exemple, combiner réduction des coûts d’envois d’argent et émission d’obligations en devise locale à destination de la diaspora permettrait de lever 5,02 à 9,28 milliards d’euro (6,65 à 12,3 milliards de dollars) supplémentaires chaque année pour l’Afrique subsaharienne. La taxe sur les transactions financières pourrait quant à elle rapporter 97 milliards d’euros (128,4 milliards de dollars) si elle était mise en place en Europe (la part de ce montant qui serait consacrée au développement serait peut-être moindre). Les retombées exceptionnelles issues de la vente d’or par le Fonds monétaire international pourraient générer 2,1 milliards d’euros (2,79 milliards de dollars), qui seraient potentiellement alloués aux pays à ressources limitées. En s’appuyant sur les mécanismes novateurs de financement de la santé dont l’efficacité n’est plus à prouver, tel le lancement d’une nouvelle garantie de marché pour les vaccins et l’élargissement des programmes d’échanges de créances, il serait possible de lever 5,28 milliards d’euros (7 milliards de dollars) pour des investissements en matière de santé mondiale.
EN CES TEMPS DE COUPES BUDGÉTAIRES, IL EST PLUS PRIMORDIAL QUE JAMAIS DE S’ASSURER DE L’UTILISATION OPTIMALE DES FONDS
Le manque de mise à jour des données rend d’autant plus difficile l’évaluation globale des progrès accomplis en vue d’atteindre les engagements pris en 2005 et 2008 dans le cadre des Forums de haut niveau pour l’efficacité de l’aide tenus à Paris et à Accra. Néanmoins, les dernières données disponibles montrent que les pays du G7 continuent d’être largement à la traîne et qu’ils sont loin d’atteindre les objectifs fixés. Sont particulièrement à blâmer les avancées lentes dans l’utilisation de systèmes par pays et dans la coordination du travail pour éviter toute fragmentation. Certes, les bailleurs du G7 ont presque atteint leur engagement de 2001, visant au déliement de l’aide pour les Pays pauvres très endettés (PPTE). Mais l’aide liée demeure ancrée, tant dans les politiques que dans la pratique. La part croissante des prêts dans le cadre de l’APD est tout aussi inquiétante (de 8,4 % en 2005 à 13,6 % en 2009). Ceci est d’autant plus alarmant que de nombreux pays à ressources limitées continuent de faire face à une dette au poids insoutenable, et ce en dépit d’amples efforts en vue d’un allègement de la dette par le biais de l’initiative PPTE et Allègement de la dette multilatérale (IADM).
Des évolutions positives sont tout de même à relever. Certains bailleurs de fonds (notamment le Royaume-Uni, les Etats-Unis et le Canada) s’efforcent d’identifier les résultats visés par le biais de leurs investissements consacrés au développement. Il s’agit donc ici d’engagements axés sur les résultats, l’impact devenant ainsi une priorité, au lieu de se concentrer sur les moyens. Cela permet aussi d’encourager à la conception de programmes novateurs afin d’optimiser les résultats. De tels engagements devront être aussi clairs et responsables que les engagements pris dans le cadre de l’APD. Suivi et évaluation solides seront également nécessaires afin que les citoyens des pays en développement prennent mieux leur développement en main.
Lors du quatrième Forum de haut niveau qui se tiendra à Busan cette année, les pays devraient définir des normes claires de suivi et d’évaluation des résultats. Ils devraient aussi s’orienter vers plus de transparence pour les flux d’aide au développement ainsi que pour les budgets et statistiques concernant les pays en développement. Ils devraient également travailler de concert avec les bailleurs de fonds non-membres du CAD afin d’assurer une large participation aux normes et aux engagements en matière d’efficacité de l’aide.
FONDER DE NOUVEAUX PARTENARIATS SUR LA TRANSPARENCE ET LA RESPONSABILITÉ
Au cours des dix dernières années, les partenariats de l’Afrique avec les pays des BRIC (Brésil, Russie, Inde et Chine), ainsi qu’avec d’autres économies émergentes et le secteur privé ont connu une croissance exponentielle. Certes, les répercussions sur l’Afrique seront plus le fait de l’augmentation des échanges commerciaux et de l’investissement, ainsi que des changements dans les normes de gouvernance mondiale (par exemple, celles régissant les industries extractives). Mais les économies émergentes tendent également à s’affirmer en tant que bailleurs de fonds. Des pays tels que le Brésil, l’Inde, la Chine, l’Arabie Saoudite et la Russie n’ont eu de cesse d’augmenter leur aide bilatérale au cours des dernières années, ainsi que leurs contributions aux initiatives et mécanismes multilatéraux. De nombreux pays travaillent à l’amélioration de leur capacité statistique et à la création d’agences d’aide au développement qui soient efficaces (notamment par le biais de l’initiative en faveur d’un engagement renforcé du CAD).
Tous ces débuts de relations représentent de nouvelles ressources pour les pays africains, ainsi que des opportunités de partage des connaissances et d’instauration d’un nouveau dialogue entre les pays. Ces nouveaux partenariats, s’ils s’appuient sur une plus grande transparence et un meilleur respect des normes mondiales régissant l’aide au développement, s’en verront d’autant plus renforcés et durables. Les bailleurs de fonds non-membres du CAD devraient également travailler avec le CAD et les autres partenaires pour fixer un calendrier de communication des chiffres de l’APD. Deux pays du G20 (l’Arabie Saoudite et la Turquie) sont d’ores et déjà entrés en action à cet égard. De plus, les bailleurs non-membres du CAD devraient travailler de concert avec les pays africains afin d’établir des lignes directrices et des objectifs communs pour l’ensemble de leurs partenariats en matière d’aide, de commerce et d’investissement. Sans oublier l’établissement d’engagements au service du développement qui soient clairs et la participation aux forums mondiaux sur l’efficacité de l’aide.
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